dimanche 28 avril 2019

A mind at play by Jimmy Soni & Rob Goodman

Are you talkin' to me ?
A mind at play. How Claude Shannon invented the information age by Jimmy Soni & Rob Goodman (Simon & Schuster paperbacks, 365 pages, 2017)

Incipit :
The thin, white-haired man had spent hours wandering in and out of meetings at the International Information Theory Symposium in Brighton, England, before the rumors of his identity began to proliferate.
Wahou, quelle très belle biographie, qui rend honneur à son sujet. A la fois les aspects scientifiques d'un changement de paradigme notable sur le traitement de l'information, sur sa nature réelle, et comment l'appréhender, mais aussi l'histoire d'un génie, d'un chercheur, d'un curieux, d'un bricoleur. Le mot bricoleur m'ennuie car tinkering en anglais n'a pas les mêmes connotés négatifs que bricoler en français. Une personnalité un peu névrosée, humble, à l'esprit brillant. Une lumière qui va vaciller (Alzheimer) comme l'écrivent les deux auteurs, pour un esprit toujours en joie (A part un bref passage limite de dépression), ce qui est rare, semble-t-il, parmi les chercheurs. Le mot courage (p. 277) est même évoqué alors qu'il est rarement associé aux mathématiciens et autres ingénieurs. J'aime beaucoup que Claude ait été comparé à Maurits Cornelis Escher (p. 278) dont je suis un admirateur depuis longtemps. Amusant que les auteurs estiment que tout "vrai" mathématicien ou informaticien ait un jour essayé de jongler avec au moins trois balles. Ce qui est mon cas (*wink*). J'avais aussi une version de The Ultimate Machine avec une main de squelette (Arf arf), qui doit trainer quelque part dans mon bureau, qui porterais bien le même nom que la maison de Claude : Entropy house. Et puis un de mes premiers programme en C, il y a bien longtemps, était un logiciel de compression de données utilisant l'algorithme LZW (Liv Zempel Welch) bien que Welch ne soit pas ici cité (je ne sais pourquoi), et Claude a ouvert cette voie sur cette compression particulière. Dans la richesse de ce livre j'y entraperçoit de la philosophie antique, page 257, le connait-toi toi-même, p. 263 le discours lié au prix Kyoto mélangeant entreprenariat et Zen (!), ou encore p. 260, le changement de perspective et à l'instar d'Alice traversant le miroir et changeant de dimension, permet de percevoir le monde différemment, de le transformer radicalement. Un peu comme l'expérience à la Maison de la Magie de Blois, il y a quelques années, où, en portant des lunettes miroir 45° (Diagon Alley ? diagonally car la diagonale c'est à 45°) on voyait le plafond lunaire donnant ainsi l'impression de marcher sur une planète inconnue, le sol étant en réalité normal. Génial !!! J'aime beaucoup le code caché sur sa pierre tombale (p. 272). Seul le curieux est ainsi récompensé, seul celui qui fait l'effort de chercher trouve, seul celui qui a encore le courage d'aller au delà peut aller au delà justement (Oui La Palice en rougit de bonheur). En plus une formule cachée, cela fait rêver, non ?. Ce n'est pas la formule de Dieu, mais celle de Claude, voilà tout. Claude qui a su garder une âme d'enfant et s'intéresser à des choses qu'un scientifique "standard" considèrerais comme superflu, indigne de lui, frivole. Il a eu l'énorme chance d'être dans une époque qui laissait aller à la rêverie, au temps libre pour s'adonner à ses passions, un peu comme une part de temps libre chez Google pour projet personnel, sauf qu'à Bell Labs c'était tout le temps (!). Moi qui aime bien les codes, Claude a travaillé pendant la seconde guerre mondiale en cryptographie ... Son attrait pour les jeux d'argent me parlent, lui la roulette, moi plutôt le Poker Texas Hold'em. Wouha la vie de rêve, la maison de rêve, emplie de gadgets ... une vie riche, passionnée et passionnante ... Bref, cette biographie m'a émue, transporté, fait voyager dans les étoiles. Claude is my new God. Oui, c'est vrai, je me permet de l'appeler Claude. Je n'ai pas son génie, mais je me sens extrêmement proche de lui, à mon échelle. Cela aussi a contribué à faire de cette biographie un moment de grand bonheur. Un hommage éblouissant pour "l'esprit ingénieur", que beaucoup de jeunes devrait lire, étudier. Un exemple à suivre.

The true spirit of delight, the exaltation, the sense of being more than man, which the touchstone of the highest excellence, is to be found in mathematics as surely as in poetry.
Bertrand Russell.

Note : AAAAAAAAA,

Jojo, le gilet jaune de Danièle Sallenave

La lutte déclasse, la classe des luttes
Jojo, le gilet jaune de Dnièle Sallenave (Tracts Gallimard, 42 pages, 2019)

Incipit :
Fin mars 2019. Il y a quatre mois maintenant que le mouvement des Gilets jaunes a commencé. Dès ses premières manifestations j'ai éprouvé pour lui un élan de sympathie, régulièrement renouvelé par le contraste réjouissant, à la télévision, entre leur assurance un peu maladroite et l'hostilité mal dissimulée des journalistes et de leurs invités.

Dès l'incipit le ton est donné. Une sympathie pour un mouvement, démocratique en son essence, et un regard biaisé des media de masse. On peut retrouver cette tonalité sur rezo.net ou encore Acrimed. Nulle surprise que la fabrique du consentement soit évoqué (Le travail de Noam Chomsky et Herman en 1988) page 30, que la devise "Liberté, Concurrence, Finance" remplace celle de la République, confortant ainsi les dires de Warren Buffet, la lutte des classes existent et nous l'avons gagnée (page 30). L'Histoire est écrite par les vainqueurs, non seulement les chefs de guerre (Napoléon, Hitler, Staline) mais aussi les représentants médiatiques (Roi, Président, responsables, etc.) alors qu'en vérité ce sont les gens dans leur ensemble qui réalisent réellement et concrètement (Poème de Brecht page 28) qui m'a évoqué Howard Zinn et son Histoire populaire des Etats-Unis. La classe aristocratique a été remplacée par une classe bourgeoise qui méprise et écrase toujours autant le peuple (Cf. 1789 : Silence aux pauvres d'Henri Guillemin) et qui se synthétise dans cette petite phrase d'un mépris écœurant et d'une bêtise crasse d'un Président des riches : Jojo le Gilet jaune, qui fait le titre éponyme de cet ouvrage. Cela rejoint le vocable des "Sans dents" (page 17) d'un autre Président. A se demander s'ils font un concours du plus cynique, du commentaire le plus con, de la recherche la plus indigne d'une parole présidentielle, perdue depuis longtemps, dont l'analyse, pour le moins superficielle et quand même assez dégueulasse dans l'esprit, entre en résonance abyssale avec leur supposé supériorité intellectuelle, dont on peut constater qu'elle est pour le moins surfaite. Tout ça pour ça. Toutes ces études pour ça. Tout ces beaux complets vestons pour s'abaisser à la médiocrité paradoxalement dénoncée mais où se vautre sans conscience son auteur. A force de briller l'arrogance rend aveugle. C'est utiliser sa connerie à ses dépends comme d'autres utilisent leur intelligence à leur dépend. Cette supériorité vole en éclat, le roi est nu, il ne reste que des ambitieux défendant leur classe, n'ayant aucune vision sociétale digne de ce nom.  Page 265 de A Mind At Play, une biographie de Claude Shannon, ce dernier estime que l'histoire telle que racontée dans l'enseignement Américain et donnant une prime étonnante aux politiciens et autre va-t-en guerre, comme Napoléon ou Hitler, était erronée. Bien sûr en tant qu'ingénieur il estimait plutôt ceux qui innovent, inventent, modifient en profondeur la vie de leur concitoyen et que l'histoire vue par le prisme quasi unique des Grands Hommes & Femmes politique étaient ainsi particulièrement réducteur, alors que Newton, Einstein, ou encore Galilée (La première vexation) avaient un plus grand impact.  Dommage qu'il cite en exemple Edison au lieu de Tesla. Quelque part il subit la même chose, on se souvient de commerciaux de génie comme Steve Jobs (dont j'ai lu la biographie par Walter Isaacson, en 2011 selon mes notes, et Steve Jobs n'en sort pas grandi, plus complexe, plus riche, plus humain, certes, mais loin de l'adulation, imméritée à mes yeux, dont il fait l'objet, totem/idole pour un fan club d'aveugles) ou Bill Gates, et on oublie les milliers d'ingénieurs derrière. Et qui connait aujourd'hui Claude Shannon ? Qui enseigne à l'école qui il est ? Pourtant le découvreur de la Théorie de l'Information qui irrigue notamment internet. Mais oui l'histoire telle qu'enseignée est une vision simpliste, réductrice qui occulte d'autres courants aussi important, voire plus, entre autre les découvreurs, les innovateurs, les scientifiques (Mais aussi qui oublie la spiritualité, quoi qu'on en pense). Mme Sallenave déconstruit aussi la vision des media, orientée, sensationnaliste, basée sur l'émotion (BFMTV le bruit et la fureur non stop !), le storytelling et la mise en avant d'a priori, de préjugés de classe et indexé sur l'audimat et l'autocensure pour ne pas déplaire à leurs soutiens financiers. Du journalisme pas suffisamment équilibré et professionnel, pour les media les plus emblématiques et leurs représentants sur chaise, une médiacratie déjà maintes fois dénoncée (Les chiens de garde d'Halimi ou le livre sur Les médiacrates de Nouailhac), à juste titre. Aucun regard distancié, grossissement de ce qui arrange les uns et les autres. L'auteur est nuancé, très fine dans ses analyses, très référencée, mais aucune remarque ne m'a réellement surpris. Cela a été dit et analysé maintes fois et pourtant le traitement des Gilets jaunes pâtit, une fois de plus, des mêmes travers. Ce n'est guère étonnant, il s'agit de la même lutte, entre ceux d'en haut et ceux d'en bas. Ce tract ne fait que rappeler des choses pour moi évidentes, et je pense pour tous, même les hypocrites ou les possédants. Ce qui est le plus étonnant est qu'il faille toujours le rappeler, car en fait il s'agit de gagner la guerre de l'information. Le problème est aussi bien plus profond, formation des élites, des journalistes, esprit critique des citoyens, juste répartition des richesses etc. C'est l'idéologie actuelle qui écrase tout et qui empêche de concevoir un monde plus juste avec une meilleure répartition. Ces riches qui s'étonnent (!?) que soit critiqué leur donation pour Notre-Dame, mais quid des autres cathédrales avant cet évènement hyper médiatisé ? Ils s'occupaient de l'entretien de la Cathédrale d'Amiens ou de Chartres ? Bien sûr que cela leur donne l'occasion de faire bonne figure, de redorer leur image ! L'opportunisme est tellement visible que cela en devient risible. Leur discours culpabilisant comme ils ne comprennent pas pourquoi ces critiques soient relève de la bêtise pure ou d'un déni d'une bêtise confondante. 26 milliardaires ont autant que la moitié de la planète la plus pauvre. Tout est dit dans l'iniquité. Le capitalisme est le hold-up du siècle, le vol organisé à l'échelle planétaire. Il y a bien un ruissellement (une des théories fumeuses des économistes) mais elle est vers le haut. Après le livre Le Capital au XXIème siècle de Piketty,  certains "intellectuels" et journalistes ont dit : ce n'est pas vrai, il n'y a pas captation de l'argent par quelques-uns. Quelques jours après un rapport de l'ONU ne faisait que dire en substance la même chose. Les riches sont de plus en plus riche et le reste .... Alors quand on lit dans Le Figaro (11/03/2019) "Comment échapper à l'impôt sur la richesse immobilière", en pleine crise des Gilets jaune, nous sommes dans la provocation, le déni, le mépris pur et simple. Et je pense même que c'est volontaire. Bon je vais m'arrêter là. Un tract qui interroge. C'est bien écrit, nuancé, avec en filigrane des références à trouver soi-même. Un tract à lire et relire et à diffuser. Pour en discuter et ne pas condamner un mouvement beaucoup plus riche (ha ha) que présenté par les média chiens de garde. L'appel au meurtre d'un philosophe et ancien ministre (page 9) a peu ému alors que l'appel au suicide des policiers par quelques haineux fait l'objet d'une comparution immédiate (NouvelObs) et d'une condamnation. Pas les mêmes conséquences selon que vous soyez d'en haut ou d'en bas ... La Fontaine n'a fait que dire la même chose depuis longtemps. Bonne lecture quand même ...

There is class warfare, all right, but it's my class, the rich class, that's making war, and we're winning. (C'est moi qui souligne)
Warren Buffet. CNN, 2005.
Note : AAAAAAAA

lundi 22 avril 2019

Le langage de la nuit d'Ursula K. Le Guin

Janus Saturnien ?
Le langage de la nuit d'Ursula K. Le Guin (Le Livre de Poche, 191 pages, 2016)

Incipit :
Une citoyenne de Mondath
 Un soir, j'avais peut-être douze ans, je parcourais les rayons de la bibliothèque du salon à la recherche d'un livre à lire, quand je trouvais un petit volume des éditions Modern Library, à la reliure de vieux cuir fatigué.
Un recueil de textes, réflexions, interventions, conférence, d'Ursula K. Le Guin et qui tente, entre autre, d'expliquer pourquoi le genre science-fiction est mal compris, considéré comme un sous-genre ou encore dénigré au point de le ranger dans la catégorie littérature jeunesse. Étant donné la qualité de cette dernière je ne vois pas cela d'un si mauvais œil, mais je m'égare. Des réflexions profondes qui me rappellent Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim ou encore les ouvrages de Joseph Campbell sur les mythes. Mais ce n'est pas une analyse systématique ou un essai, la forme est plus libre, et l'auteur partage aussi une partie de sa vie. Les premiers articles me paraissaient un peu léger mais la suite m'a rassuré. C'est le titre qui m'a attiré et un article sur la méfiance envers l'imaginaire, la fantasy ou la science-fiction. Comme j'ai un peu de mal à comprendre cet ostracisme je me suis dit que j'y trouverais peut-être des réponses. En fait non. Les qualités du genre me sont connues, les travers des détracteurs aussi. Ces derniers souvent résument la science-fiction à des vaisseaux spatiaux, ce qui est assez réducteur. Mais la partie concernant les mythes et leur utilité, là en revanche cela m'a fait réfléchir. Et puis le titre est très beau, le langage de la nuit ... Rien que cela et je pars déjà ... Cela m'a rappelé un des livres de Michel Onfray qui expliquait combien l'imaginaire était réprimé au travers de l'histoire, pour des raisons politique et religieuse. Bref.

L'histoire du christianisme ressemble à un récit de science-fiction. 
Emmanuel Carrère.

Note : AAAAAAA

Harry Potter and the Chamber of Secrets 20th anniversary house edition by J.K. Rowling

Vivement l'édition Pléiade !
Hermione for President !
Harry Potter and the Chamber of Secrets 20th anniversary house edition, Hufflepuff/Yellow edition by J.K. Rowling (Bloomsburry, 384 pages, 2018)

Incipit :
CHAPTER ONE
The Worst Birthday
Not for the first time, an argument had broken out over breakfast at number four, Privet Drive.

Je me suis un peu emballé, pensant que tout avait été réédité dans cette nouvelle collection aux jaquettes assez élaborées, chaque maison ayant son propre design avec des symboles particuliers, couverture rigide, gravures à l'intérieur (Trop rare à mon goût !). Que nenni ! Il va me falloir attendre à nouveau ... Peut-être moins longtemps que lorsque j'attendais qu'ils soient écrit ... mais quand même. Oui, ok, je pourrais les relire dans les éditions anglaises ou américaines que j'ai déjà mais non, ces nouvelles éditions me plaisent et je souhaite les lire dans leur nouvel habitat. Si jamais cela sort en pléiade alors je suis client de suite !!! Ce sera génial !! Mais bon on peut rêver ... Il y aurait certainement des personnes hostiles à cela. Bon je ne vais pas bouder mon plaisir, cette relecture a été un enchantement. Je vois d'autres choses que je ne voyais pas avant. Rubeus Hagrid est Charon sur le styx amenant de l'autre côté un Harry frappé mortelement mais encore vivant. Harry marqué par le mal, la marque du Diable, le péché originel né du serpent (Alain Finkielkraut page 109 de Philosophie et Modernité), il parle comme Eve la langue des serpents, cette voix intérieure, de l'inconscient, imagée par Tom Riddle, un ça concentré, et subit ce rite de passage comme décrit par Joseph Campbell, celui de la circoncision (Page 11 de The Hero with a thousand faces), où le Grand Père Serpent enlève un bout de la virilité à l'enfant bientôt adolescent. Là Harry y perd sa baguette, symbole phallique par excellence. La langue des serpents ... pas étonnant que le Basilik sorte de la bouche de Salazard Slytherin, cette longue langue de Kali, déesse, entre autre, de la destruction, mais aussi de la transformation, après le rite de passage bien sûr mais par le biais du ... Phénix. Les larmes de ce dernier sont celles du deuil de la perte de l'enfant, mais Harry, après être monté au ciel (L'Ascension), renait de ses cendres terrestres. Dommage que je sois une quiche en religion, il y a sûrement plein de choses que j'ai raté. Pas grave je le relirais un jour (En Pléiade ?). C'est aussi dans ce livre que le verbe slither, dans sa forme gérondif slithering, est utilisé (Deux fois si je ne m'abuse), avec un lien explicite avec les Slytherin renforçant cette proximité avec le serpent. C'est une des raisons pour lesquelles j'apprécie de lire dans la langue de l'auteur. Le phénix Fawkes m'a fait penser à Guy Fawkes et la conspiration des poudres, thème qu'on peut trouver dans V pour vendetta. Mais je ne me rappelle plus très bien.

To the well-organized mind, death is but the next great adventure
Albus Dumbledore

Note : AAAAAAAAAAA

Philosophie et modernité d'Alain Finkielkraut

Run Forest, run !
Philosophie et modernité d'Alain Finkielkraut (Les éditions de l'école Polytechnique,130 pages, 2009)

Incipit :
I
Rousseau et la question du mal

«Toute philosophie passe dans les faits. La spéculation la plus escarpée a les pieds dans la pratique de la vie et les principes mènent les hommes, et les plus bruts d'entre eux, la chaîne de la logique au cou», a écrit Jules Barbey D'Aurevilly.

Un recueil de cours d'Alain Finkielkraut à l'école Polytechnique où il enseigne. Des thèmes précis concernant notre modernité sont exploré au travers de chapitres thématiques. L'égalité, le ressentiment, Freud et la Psyché, Heidegger et la teckhnè, Carl Schmitt et la guerre, Levinas et l'éthique, ou encore Hannah Arendt et la question de l'histoire. C'est assez dense, mûrement réfléchi, très construit et, cela va de soit, très enrichissant. Cela nécessite de monopoliser toutes ses ressources et toute son attention, car chaque thème est traité de manière synthétique, cela est d'autant plus stimulant. Certains points noirs ne sont pas occultés, comme le nazisme d'Heidegger ou de Carl Schmitt. J'y ai retrouvé les trois vexations (Chapitre concernant Freud), auxquelles pourraient se rajouter celle de l'Intelligence Artificielle, depuis Big Blue et surtout dernièrement avec AlphaGo. Ce documentaire m'a bien fait ressentir qu'un changement de paradigme est en cours et que je suis en plein dedans.

La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien.
Charles Baudelaire

Note : AAAAAA

jeudi 18 avril 2019

Qui a tué l'homme-homard ? de J.M. Erre

Le cuistot ?
Qui a tué l'homme-homard ? de J.M. Erre (Buchet-Chastel, 359 pages, 2019)

Incipit :
Je vois la vie en monstre,
le blog de Winona Jane

Episode 1

Ma première fois, c'était avec un grand blond plus âgé que moi.

De retour triomphal et adulé du Club de Lecture, j'ai ramené cette perle d'humour sur les conseils avisés de sa Présidente attitrée, la Grande Catherine. Ce n'est pas le premier ouvrage de l'auteur que je lis, je me rappelais vaguement celui de Sherlock, mais ce blog, merci à lui, me rappelle aussi celui sur la fin du monde. Mais peu importe, ce mystère du tueur de l'homme-homard est un délice d'humour noir, deuxième degré, oserais-je dire pince-sans-rire (ha ha ha), qui en fera bisquer (ho ho ho) plus d'une et plus d'une. Loin des blagues de crustacé sauce armoricaine, l'auteur déploie l'humour que j'aime et se paie le luxe de mettre en scène une narratrice détective à roulette suivant en cela les quota handicap imposé mais pour mieux s'en moquer, et surtout nous faire réfléchir sous un angle moins policé et donc plus riche. J'ai éclaté de rire plusieurs fois (oui, j'ai l'humour facile mais quand même). Il y a un côté méta comme à chaque fois avec l'auteur, qui s'amuse des codes pour s'en jouer, s'en moquer, les détourner, offrant une parodie savoureuse et réussie du genre. Cela m'a distrait un temps de ma lecture de la biographie de Claude Shannon, de ma relecture d'Harry Potter (Je n'avais pas tout compris les trois premières fois), d'une réflexion pertinente du genre science fiction (Le langage de la nuit, quel beau titre, d'Ursula K. Le Guin), oui ok lire plusieurs livres en parallèle n'est pas raisonnable, mais cela en valait la peine. S'il est vrai que rire équivaut à manger un steak alors mon régime végan a été soumis à des contraintes insoutenables. Ce qui n'est guère trop gênant vu que je ne suis pas Végan. Oui, ok, pour l'humour je ne suis pas J.M. Erre, que voulez-vous ...

Mon frère, il est mort à l'étranger ; à Paris, précisément. La cause du décès était-elle précisée ? Il semblerait que ce soit un gros refroidissement.
Oscar Wilde dans L'importance d'être constant (1895)

Note : AAAAAAA

lundi 8 avril 2019

Une langue venue d'ailleurs d'Akira Mizubayashi

      どうもありがとう
Une langue venue d'ailleurs d'Akira Mizubayashi (Folio, 272 pages, 2013)

Incipit :
En 1983, je fis la connaissance de Maurice Pinguet, l'auteur de La mort volontaire au Japon (Gallimard, 1984). Je venais de rentrer de Paris où j'avais vécu trois ans et quelques mois.
Au travers d'une approche auto-biographique, un hymne d'amour à la langue française où l'on suit la trajectoire de ce mariage entre un homme et une langue seconde. Ce que j’apprécie, indépendamment de sa passion pour une langue autre au point d’être un locuteur proche d’un natif de la langue, avec cette poésie d’un accent légèrement du sud (Toulouse), c’est sa sincérité et son regard sur le monde. Je me sens assez proche de lui, ce qui induit, incidemment, un avis biaisé, subjectif cela va sans dire, mais avec une dérive propre à l’attachement qu’on porte sur l’objet en question. Je reste dans le cadre de mon centre d’intérêt du moment, le langage (Les langues, la linguistique, la sémiologie), et ce témoignage d’une personne ayant acquis une deuxième langue avec un investissement fort me touche car j’ai pris conscience, à ma mesure, de l’investissement nécessaire pour maîtriser un tant soit peu une autre langue. Ce qui m’a surpris et affligé c’est d’apprendre, dans Le prisme des langues je crois, que, de mémoire, 7 mois dans le pays équivaut à 7 ans d’apprentissage à l’école ! (Alors je mets un seul point d’exclamation mais une myriade s’imposerait de fait). Je me doute que rien ne vaut l’immersion, mais j’ai des soupçons que l’approche très scolaire n’est pas à la hauteur des enjeux. Néanmoins je me dis qu’avec Internet et l’accès à des ressources nombreuses, diverses et variées il est bien plus simple, pour qui s’en donne la peine, d’apprendre une langue de nos jours qu’il y a 20 ans (Pour ceux qui ne pouvaient voyager dans le pays, qui n’avait pas d’amis locuteur de la langue étudiée). Il y a de nombreux passages, assez intime, très touchant, où l'auteur se dévoile d'une manière courageuse je trouve. En ce sens il a raison de penser qu'écrire c'est manquer à la pudeur. Je vois bien de quoi il parle en disant cela. De plus cela résonne en moi d'autant mieux que ma fille vient de partir en Corée, à la découverte d'un pays qu'elle affectionne tant, au point d'en étudier la langue depuis plusieurs années et d'être particulièrement fan de K-Pop. Au travers elle je baigne dans le bonheur. L'auteur démontre aussi une maîtrise du langage assez étonnante et des réflexions qui m'ont enchantés. Guère étonnant que cet ouvrage ai reçu de nombreux prix. Ses remarques sur sa fille et son approche éducative, tout autant que sa proximité avec son animal de compagnie, ajoute à la poésie de l'ensemble.

La valeur de la vie ne peut se mesurer que par le nombre de fois où l'on a éprouvé une passion ou une émotion profonde.
Soichiro Honda


Note : AAAAAAA

dimanche 7 avril 2019

Harry Potter and the Philosopher's Stone 20th anniversary edition by J.K. Rowling

Hermione for President !
Harry Potter and the Philosopher's Stone, 20th anniversary, House Editions by J.K. Rowling (Bloomsbury Childrens Books, 368 pages, juin 2017)

Incipit :
Mr and Mrs Dursley, of number four, Privet Drive, were proud to say that they were perfectly normal, thank you very much.

Je ne présente pas la saga Harry Potter, tout le monde connait. Ma fille a acheté une édition du vingtième anniversaire (Déjà !), couverture rigide, jaquette avec blason de toute beauté et surtout quatre choix, un par maison, une couleur par maison, ici la Gryffindor Edition rouge. Je n'ai pu résister de le commander en anglais et de relire toute la saga. Plaisir de la relecture (La troisième au moins, peut-être la quatrième je ne sais plus), de la redécouverte de nombreuses choses oubliées car lues il y a plus de 10 ans (Déjà ! oui je me répète). Le plaisir de la lire en anglais aussi, ce qui m'a permis de recevoir un des tomes en américain (Car je précommandais parfois un an à l'avance ...), oui car étonnamment, il y a eu traduction en américain !! Certains termes étant purement "british" ils ont été adaptés (!) pour ce public. Alors là moi en tant que français je n'ai guère perçu les subtilités, et je trouve cela un peu curieux ... Mais pour approfondir l'étude de l'anglais et de ses deux dialectes (Anglais britannique et américain) cela serait intéressant, d'autant qu'un ouvrage existe sur le sujet (The Young American’s Unofficial Guide to the Very British World of Harry Potter de Dana Middleton). Et j'ai été comblé de relire The Philosopher's Stone, je l'ai relu avec ce même plaisir enfantin, cette même émotion simple, heureux de retrouver Harry, Hermione, Ron, Hagrid, Fred & Georges et les autres. Et puis franchement cette collection elle en jette. Je ne vais pas tout prendre en Grynffindor Edition/Red, je vais mixer un peu, le tome 2 je l'ai en Hufflepuff Edition/Yellow, et le troisième sera en Slytherin Edition/Green.  Pour le collectionneur cela va lui revenir cher s'il veut toute les couleurs (7x4 = 28 volumes !). Bref. Je savoure le plaisir d'entamer le tome 2 sous peu. Et puis il y a de nombreuses phrases empreintes de philosophie de vie et qui me rappellent mes lectures récentes.

It does not do well to dwell on dreams and forget to live.
 Albus Dumbledore, Harry Potter and the Philosopher's Stone

Note : AAAAAAAAAAA

La poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier

De Gruyter Mouton for President !
La poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier (Le Tripode, 157 pages, 2017)

Incipit :
Alexandre Vialatte a donné de l'homme une définition éternelle autant qu'irréfutable : «Animal à chapeau mou qui attend l'autobus 27 au coin de la rue de la Glacière». On peut tout aussi bien le concevoir comme le seul être susceptible de poésie, le seul capable de jongler avec les mots dans un but esthétique car le seul à en avoir à sa disposition : le seul aussi, sans doute, qui sache porter à l'infinie diversité du monde une attention gratuite et bienveillante. Dans ce sens où la poésie est gaîté et se fond dans le rêve, l'humour et la curiosité, le grand Alexandre est indépassable.
Hymne d'amour aux langues du monde entier de la part d'un collectionneur atypique des grammaires des langues les plus rares, les plus complexes, les plus méconnues. Démarche anthropologique qui tente de percevoir au travers des langues inventées par les humains, les visions du monde perçues au travers elles. C'est relativisé dans Le langage ou dans Le prisme des langues, néanmoins on imagine la sensibilité d'un peuple au travers sa langue et sa grammaire. Ce livre offre un éclairage sur les difficultés du métier de traducteur, transposition plutôt que traduction. Livre qui comble ma marotte du moment, à savoir le langage, la linguistique et la sémiologie.  Il s’agit donc d’un complément ludique de la part d’un passionné avéré, qui, en sus, a été le traducteur de L’homme qui savait la langue des serpents, un livre qui m’a marqué à plus d’un titre. C’est sur la suggestion d’une amie, aux conseils toujours avisés et attentionnés, que j’ai acquis cet ouvrage, poussé par une curiosité sans défaut. Alors que j’étais déjà bien installé dans la lecture d’Une langue venue d’ailleurs de Mizubayashi (Une autre recommandation de la personne susnommée, il est vrai sans l’usage de son patronyme) j’ai entamé, dès sa réception, La poésie du gérondif. Comme disait Oscar Wilde, je crois (Oui je pourrais chercher sur Google mais bon), « Je résiste à tout, sauf à la tentation ». Et voilà que j’ai terminé ce livre de M. Minaudier avant celui de Mizubayashi, alors que ce dernier est pour moi également une belle découverte récente. Mon tropisme orienté vers le langage a joué mais c’est peut-être l’humour des notes de bas de page (Assez fournies, peut-être 25% de l’ouvrage) qui m’ont conquis. Son amour immodéré pour l’éditeur De Gruyter Mouton, dont, à ma grande honte je n’avais jamais entendu parler ou prêté attention auparavant, est un régal. Ses envolées lyriques encensant cet éditeur sont très amusantes. Sans aucune prétention j’ai l’impression qu’il a le même type d’humour que moi, mais il semble bien plus doué pour l’écriture que mes logorrhées sans fin. Surpris de son ressenti à propos de l’Espéranto, que je connais un peu, j’ai compris sa logique et la raison profonde de son attachement pour les langues complexes. Pour lui plus on communique avec une langue, plus cette dernière a un intérêt quelconque car non spécifique d’une pensée singulière et donc d’une vision du monde toute particulière. Plus l’éloignement est grand entre une langue connue, maîtrisée, intégrée et celle qui dénote d’une conception, dans sa construction même et surtout sur les aspects grammaticaux, différente, et plus son intérêt est majeur. Une reconnaissance absolue pour la différence, pour le particularisme, pour l’altérité, ce qui induit in fine un amour pour autrui du fait même de sa différence par ce qui fait son essence, le langage, car l’homme est langage. N’est-ce pas un message d’une grande humanité ? Un mélange jubilatoire entre poésie, linguistique, langage, humour, passion partagée. Des langues diverses que l’auteur nous fait découvrir au détour d’une règle qui se différencie de nos langues occidentales. J’ai bien aimé aussi la présentation, les phrases sur les bords de pages, la bibliographie, et l’éditeur Tripode, aux couvertures magiques.

Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. 
Roland Barthes.

Note : AAAAAA