dimanche 28 avril 2019

Jojo, le gilet jaune de Danièle Sallenave

La lutte déclasse, la classe des luttes
Jojo, le gilet jaune de Dnièle Sallenave (Tracts Gallimard, 42 pages, 2019)

Incipit :
Fin mars 2019. Il y a quatre mois maintenant que le mouvement des Gilets jaunes a commencé. Dès ses premières manifestations j'ai éprouvé pour lui un élan de sympathie, régulièrement renouvelé par le contraste réjouissant, à la télévision, entre leur assurance un peu maladroite et l'hostilité mal dissimulée des journalistes et de leurs invités.

Dès l'incipit le ton est donné. Une sympathie pour un mouvement, démocratique en son essence, et un regard biaisé des media de masse. On peut retrouver cette tonalité sur rezo.net ou encore Acrimed. Nulle surprise que la fabrique du consentement soit évoqué (Le travail de Noam Chomsky et Herman en 1988) page 30, que la devise "Liberté, Concurrence, Finance" remplace celle de la République, confortant ainsi les dires de Warren Buffet, la lutte des classes existent et nous l'avons gagnée (page 30). L'Histoire est écrite par les vainqueurs, non seulement les chefs de guerre (Napoléon, Hitler, Staline) mais aussi les représentants médiatiques (Roi, Président, responsables, etc.) alors qu'en vérité ce sont les gens dans leur ensemble qui réalisent réellement et concrètement (Poème de Brecht page 28) qui m'a évoqué Howard Zinn et son Histoire populaire des Etats-Unis. La classe aristocratique a été remplacée par une classe bourgeoise qui méprise et écrase toujours autant le peuple (Cf. 1789 : Silence aux pauvres d'Henri Guillemin) et qui se synthétise dans cette petite phrase d'un mépris écœurant et d'une bêtise crasse d'un Président des riches : Jojo le Gilet jaune, qui fait le titre éponyme de cet ouvrage. Cela rejoint le vocable des "Sans dents" (page 17) d'un autre Président. A se demander s'ils font un concours du plus cynique, du commentaire le plus con, de la recherche la plus indigne d'une parole présidentielle, perdue depuis longtemps, dont l'analyse, pour le moins superficielle et quand même assez dégueulasse dans l'esprit, entre en résonance abyssale avec leur supposé supériorité intellectuelle, dont on peut constater qu'elle est pour le moins surfaite. Tout ça pour ça. Toutes ces études pour ça. Tout ces beaux complets vestons pour s'abaisser à la médiocrité paradoxalement dénoncée mais où se vautre sans conscience son auteur. A force de briller l'arrogance rend aveugle. C'est utiliser sa connerie à ses dépends comme d'autres utilisent leur intelligence à leur dépend. Cette supériorité vole en éclat, le roi est nu, il ne reste que des ambitieux défendant leur classe, n'ayant aucune vision sociétale digne de ce nom.  Page 265 de A Mind At Play, une biographie de Claude Shannon, ce dernier estime que l'histoire telle que racontée dans l'enseignement Américain et donnant une prime étonnante aux politiciens et autre va-t-en guerre, comme Napoléon ou Hitler, était erronée. Bien sûr en tant qu'ingénieur il estimait plutôt ceux qui innovent, inventent, modifient en profondeur la vie de leur concitoyen et que l'histoire vue par le prisme quasi unique des Grands Hommes & Femmes politique étaient ainsi particulièrement réducteur, alors que Newton, Einstein, ou encore Galilée (La première vexation) avaient un plus grand impact.  Dommage qu'il cite en exemple Edison au lieu de Tesla. Quelque part il subit la même chose, on se souvient de commerciaux de génie comme Steve Jobs (dont j'ai lu la biographie par Walter Isaacson, en 2011 selon mes notes, et Steve Jobs n'en sort pas grandi, plus complexe, plus riche, plus humain, certes, mais loin de l'adulation, imméritée à mes yeux, dont il fait l'objet, totem/idole pour un fan club d'aveugles) ou Bill Gates, et on oublie les milliers d'ingénieurs derrière. Et qui connait aujourd'hui Claude Shannon ? Qui enseigne à l'école qui il est ? Pourtant le découvreur de la Théorie de l'Information qui irrigue notamment internet. Mais oui l'histoire telle qu'enseignée est une vision simpliste, réductrice qui occulte d'autres courants aussi important, voire plus, entre autre les découvreurs, les innovateurs, les scientifiques (Mais aussi qui oublie la spiritualité, quoi qu'on en pense). Mme Sallenave déconstruit aussi la vision des media, orientée, sensationnaliste, basée sur l'émotion (BFMTV le bruit et la fureur non stop !), le storytelling et la mise en avant d'a priori, de préjugés de classe et indexé sur l'audimat et l'autocensure pour ne pas déplaire à leurs soutiens financiers. Du journalisme pas suffisamment équilibré et professionnel, pour les media les plus emblématiques et leurs représentants sur chaise, une médiacratie déjà maintes fois dénoncée (Les chiens de garde d'Halimi ou le livre sur Les médiacrates de Nouailhac), à juste titre. Aucun regard distancié, grossissement de ce qui arrange les uns et les autres. L'auteur est nuancé, très fine dans ses analyses, très référencée, mais aucune remarque ne m'a réellement surpris. Cela a été dit et analysé maintes fois et pourtant le traitement des Gilets jaunes pâtit, une fois de plus, des mêmes travers. Ce n'est guère étonnant, il s'agit de la même lutte, entre ceux d'en haut et ceux d'en bas. Ce tract ne fait que rappeler des choses pour moi évidentes, et je pense pour tous, même les hypocrites ou les possédants. Ce qui est le plus étonnant est qu'il faille toujours le rappeler, car en fait il s'agit de gagner la guerre de l'information. Le problème est aussi bien plus profond, formation des élites, des journalistes, esprit critique des citoyens, juste répartition des richesses etc. C'est l'idéologie actuelle qui écrase tout et qui empêche de concevoir un monde plus juste avec une meilleure répartition. Ces riches qui s'étonnent (!?) que soit critiqué leur donation pour Notre-Dame, mais quid des autres cathédrales avant cet évènement hyper médiatisé ? Ils s'occupaient de l'entretien de la Cathédrale d'Amiens ou de Chartres ? Bien sûr que cela leur donne l'occasion de faire bonne figure, de redorer leur image ! L'opportunisme est tellement visible que cela en devient risible. Leur discours culpabilisant comme ils ne comprennent pas pourquoi ces critiques soient relève de la bêtise pure ou d'un déni d'une bêtise confondante. 26 milliardaires ont autant que la moitié de la planète la plus pauvre. Tout est dit dans l'iniquité. Le capitalisme est le hold-up du siècle, le vol organisé à l'échelle planétaire. Il y a bien un ruissellement (une des théories fumeuses des économistes) mais elle est vers le haut. Après le livre Le Capital au XXIème siècle de Piketty,  certains "intellectuels" et journalistes ont dit : ce n'est pas vrai, il n'y a pas captation de l'argent par quelques-uns. Quelques jours après un rapport de l'ONU ne faisait que dire en substance la même chose. Les riches sont de plus en plus riche et le reste .... Alors quand on lit dans Le Figaro (11/03/2019) "Comment échapper à l'impôt sur la richesse immobilière", en pleine crise des Gilets jaune, nous sommes dans la provocation, le déni, le mépris pur et simple. Et je pense même que c'est volontaire. Bon je vais m'arrêter là. Un tract qui interroge. C'est bien écrit, nuancé, avec en filigrane des références à trouver soi-même. Un tract à lire et relire et à diffuser. Pour en discuter et ne pas condamner un mouvement beaucoup plus riche (ha ha) que présenté par les média chiens de garde. L'appel au meurtre d'un philosophe et ancien ministre (page 9) a peu ému alors que l'appel au suicide des policiers par quelques haineux fait l'objet d'une comparution immédiate (NouvelObs) et d'une condamnation. Pas les mêmes conséquences selon que vous soyez d'en haut ou d'en bas ... La Fontaine n'a fait que dire la même chose depuis longtemps. Bonne lecture quand même ...

There is class warfare, all right, but it's my class, the rich class, that's making war, and we're winning. (C'est moi qui souligne)
Warren Buffet. CNN, 2005.
Note : AAAAAAAA

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