dimanche 7 avril 2019

La poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier

De Gruyter Mouton for President !
La poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier (Le Tripode, 157 pages, 2017)

Incipit :
Alexandre Vialatte a donné de l'homme une définition éternelle autant qu'irréfutable : «Animal à chapeau mou qui attend l'autobus 27 au coin de la rue de la Glacière». On peut tout aussi bien le concevoir comme le seul être susceptible de poésie, le seul capable de jongler avec les mots dans un but esthétique car le seul à en avoir à sa disposition : le seul aussi, sans doute, qui sache porter à l'infinie diversité du monde une attention gratuite et bienveillante. Dans ce sens où la poésie est gaîté et se fond dans le rêve, l'humour et la curiosité, le grand Alexandre est indépassable.
Hymne d'amour aux langues du monde entier de la part d'un collectionneur atypique des grammaires des langues les plus rares, les plus complexes, les plus méconnues. Démarche anthropologique qui tente de percevoir au travers des langues inventées par les humains, les visions du monde perçues au travers elles. C'est relativisé dans Le langage ou dans Le prisme des langues, néanmoins on imagine la sensibilité d'un peuple au travers sa langue et sa grammaire. Ce livre offre un éclairage sur les difficultés du métier de traducteur, transposition plutôt que traduction. Livre qui comble ma marotte du moment, à savoir le langage, la linguistique et la sémiologie.  Il s’agit donc d’un complément ludique de la part d’un passionné avéré, qui, en sus, a été le traducteur de L’homme qui savait la langue des serpents, un livre qui m’a marqué à plus d’un titre. C’est sur la suggestion d’une amie, aux conseils toujours avisés et attentionnés, que j’ai acquis cet ouvrage, poussé par une curiosité sans défaut. Alors que j’étais déjà bien installé dans la lecture d’Une langue venue d’ailleurs de Mizubayashi (Une autre recommandation de la personne susnommée, il est vrai sans l’usage de son patronyme) j’ai entamé, dès sa réception, La poésie du gérondif. Comme disait Oscar Wilde, je crois (Oui je pourrais chercher sur Google mais bon), « Je résiste à tout, sauf à la tentation ». Et voilà que j’ai terminé ce livre de M. Minaudier avant celui de Mizubayashi, alors que ce dernier est pour moi également une belle découverte récente. Mon tropisme orienté vers le langage a joué mais c’est peut-être l’humour des notes de bas de page (Assez fournies, peut-être 25% de l’ouvrage) qui m’ont conquis. Son amour immodéré pour l’éditeur De Gruyter Mouton, dont, à ma grande honte je n’avais jamais entendu parler ou prêté attention auparavant, est un régal. Ses envolées lyriques encensant cet éditeur sont très amusantes. Sans aucune prétention j’ai l’impression qu’il a le même type d’humour que moi, mais il semble bien plus doué pour l’écriture que mes logorrhées sans fin. Surpris de son ressenti à propos de l’Espéranto, que je connais un peu, j’ai compris sa logique et la raison profonde de son attachement pour les langues complexes. Pour lui plus on communique avec une langue, plus cette dernière a un intérêt quelconque car non spécifique d’une pensée singulière et donc d’une vision du monde toute particulière. Plus l’éloignement est grand entre une langue connue, maîtrisée, intégrée et celle qui dénote d’une conception, dans sa construction même et surtout sur les aspects grammaticaux, différente, et plus son intérêt est majeur. Une reconnaissance absolue pour la différence, pour le particularisme, pour l’altérité, ce qui induit in fine un amour pour autrui du fait même de sa différence par ce qui fait son essence, le langage, car l’homme est langage. N’est-ce pas un message d’une grande humanité ? Un mélange jubilatoire entre poésie, linguistique, langage, humour, passion partagée. Des langues diverses que l’auteur nous fait découvrir au détour d’une règle qui se différencie de nos langues occidentales. J’ai bien aimé aussi la présentation, les phrases sur les bords de pages, la bibliographie, et l’éditeur Tripode, aux couvertures magiques.

Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. 
Roland Barthes.

Note : AAAAAA





2 commentaires:

  1. Jean-Pierre Minaudier trouve le moyen de baver sur l'espéranto.
    Si ce qu'il écrit à propos des autres langues est du même niveau, il y a lieu de douter de son honnêteté et de son savoir réel puisqu'il y a deux fautes dans l'exemple qu'il donne de l'espéranto.
    S'il en est de même à propos de langues qui sont tout aussi inconnues d'un très large public que de l'espéranto, il peut faire croire n'importe quoi. J'ai écrit une suite de commentaires à ce sujet dans un article intitulé :
    Groteskeco / Grotesquitude — Heinz Wismann... Barbara Cassin... Jean-Pierre Minaudier...
    Le point commun de certains personnages qui ont accès aux médias est de tomber dans le grotesque dès qu'il s'agit de donner un avis sur l'espéranto.
    Ces auteurs pensent-ils s'illustrer par le colportage de préjugés ?
    http://www.ipernity.com/blog/32119/4734616

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  2. Bonjour, merci pour votre commentaire. Je suis en accord avec vous, notamment sur l'avis de certaines personnes, brillantes par certains côtés, mais qui peuvent tomber dans la critique facile, infondée, mal argumentée ou de simple mauvaise foi. Umberto Eco n'est pas non plus exempt de ce biais. D'où ma surprise concernant l'avis de Minaudier sur l'esperanto. Néanmoins l'ouvrage est intéressant par ailleurs et vaut le détour pour tout amoureux des langues. Je pense que tout un chacun peut se faire un avis et séparer le bon grain de l'ivraie. Le problème une fois de plus est l'ignorance. Merci pour la référence à votre blog cela m'a aiguillé sur un ouvrage d'Umberto Eco que je ne connaissais pas. Je vous souhaite une excellente journée

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