vendredi 31 mai 2019

Le retour du Jeune Prince d'A.G. Roemmers

I'm a poor lonesome cowboy ...
Le retour du Jeune Prince d'A.G. Roemmers (City Edition, 176 pages, 2019)

Incipit :
Chapitre premier
Je roulais seul dans mon automobile sur une route de Patagonie (une terre qui, dit-on, tiendrait son nom d'une tribu indigène aux pieds immenses) quand j'aperçus un objet  l'aspect singulier sur le bas-côté.

Il y a un lien évident avec Le petit Prince. Qui n'est plus petit, mais jeune. C’est un conte, écrit comme tel, qui est dans le prolongement de l’œuvre de Saint-Exupéry. Prétexte à proposer une réflexion dans l’air du temps, et qui ne déparerait pas dans le rayon Développement Personnel ou dans une librairie chrétienne. Même si j’ai toujours un peu de mal avec une relative pauvreté littéraire, les messages de bonne conscience, teintés d’une certaine naïveté, qui me rappelle Paulo Coelho, ou l’auteur de la Grande Vie (Christian Bobin), cet ouvrage propose une réflexion sur la vie, qu’il est possible certes de lire dans de très nombreux autres ouvrages, mais qui répond je pense à un besoin de nos sociétés individualistes, alors pourquoi pas celui-là en relation avec Le Petit Prince ? Maintenant cela n’atteint pas la portée poétique de l’original, indissociable de ses illustrations. Un peu trop léger à mon goût, quoiqu'un peu de positivité ne fait pas de mal non plus, mais d'un autre côté lire la philosophie classique, les stoïques ou des réflexions plus poussées sur le bonheur comme dans Happy vous apportera bien plus, selon moi. Mais l'un n'exclut pas l'autre.

La vie, ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. Sénèque

Note : AA

Harry Potter and the Half-Blood Prince by J. K. Rowling

불타오르네
Fire Fire Fire Fire
BTS
Harry Potter and the Half-Blood Prince by J. K. Rowling (Bloomsbury, 560 pages, 2005)

Incipit :

Chapter 1: The Other Minister

It was nearing midnight and the Prime Minister was sitting alone in his office, reading a long memo that was slipping through his brain without leaving the slightest trace of meaning behind. He was waiting for a call from the President of a far distant country, and between wondering when the wretched man would telephone, and trying to suppress unpleasant memories of what had been a very long, tiring, and difficult week, there was not much space in his head for anything else.

Ahhh relire une première édition, après toutes ces années. Bref. Non mais sérieux, j'aurais pas cru prendre autant de plaisir à relire Harry. Quelle joie d'avoir une mémoire d'huître, le suspense fonctionne ainsi de nouveau. Et puis comme j'ai tout de même un peu de mémoire (si, si en cherchant bien), je vois les personnages sous un œil nouveau.  Les relectures font toujours cet effet, et la saveur est différente mais plus profonde. C'est là qu'on commence à découvrir les horcruxes ... quelle excellente idée ! Bon la fin est terrible, je m'en suis à peine remis. Je pensais que cette mort arrivait dans le suivant donc forcément j'ai été surpris. J'avais commencé une analyse textuelle avec l'outil Tropes, mais je ne suis pas le seul à y avoir pensé. Bref, la magie opère toujours et j'en suis ravi !!!!

L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité, seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine, seul l’amour le peut.  
Martin Luther King

Note : AAAAAAAAAA....AAAAAA

Le Dernier Pharaon de Schuiten Van Dormael Gunzig Durieux

L'Ermite errant
Le Dernier Pharaon, une aventure de Blake et Mortimer d'après E.P. Jacobs de François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig, Durieux  (Blake Mortimer, 92 pages, 2019)

J’ai flashé sur cette BD pour de multiples raisons. Blake et Mortimer sont des souvenirs chers, il y a donc un aspect nostalgie que je ne peux occulter. Il y a Schuiten parmi les auteurs et je suis un grand fan de sa série Les cités obscures. La couverture est très belle. Et voilà, encore un achat impulsif, que je regrette partiellement. Certes le dessin est très beau mais je ne retrouve pas le style, le rythme, qui a toujours perduré plus ou moins depuis la disparition d’E.P. Jacobs. L’aspect nostalgie n’a pu opérer. D’autant que j’ai trouvé les rapports entre Blake et Mortimer assez froids, forcés. Enfin le scénario ne m’a pas vraiment captivé. Je ne sais pas ce que j’en attendais, mais pas cela. Bon ce n’est pas dramatique non plus. Reste de belles planches et la possibilité de l’apprécier ultérieurement, peut-être même en ayant relu Le Mystère de la Grande Pyramide. Ce n’est pas la première fois que je suis déçu en lisant une série reprise par d’autres auteurs. Spirou et Fantasio a été saccagé de nombreuses fois, comme je regrette l’époque de Franquin. Maintenant, ce n’est pas grave je relis les classiques et laissent aux autres d’apprécier ces nouveaux auteurs qui s’adressent à une autre cible que moi.

Une parole sage est plus cachée que l’émeraude. Pourtant on la trouve auprès d’humbles serviteurs qui broient le grain.
Ptahhotep

Note : AA

samedi 25 mai 2019

L'Art délicat de la scène de ménage de J. M. Erre

Cène de ménage entre Jésus et Judas
L'Art délicat de la scène de ménage de J. M. Erre (L’œil du Prince, 138 pages, 2019)

Incipit :
ACTE I
Scène I
Didascalie
JULIETTE
Tu pourrais faire attention !
ALEX
Je suis désolé.

Tous les fans absolus de ce blog connaissent J. M. Erre. J’en ai lu plusieurs et le plus récent est « Qui a tuél’homme-homard ? ». Cette fois cet auteur facétieux qui excelle dans l’art de la dérision s’est laissé aller à écrire une pièce de théâtre et se paie le luxe de jouer avec mise en abyme et déconstructions diverses, explosant le quatrième mur, celui de la structure théâtrale mais aussi de celui qui sépare le réel de l’illusion, c'est moins profond que le quatrième mur de Sorj Chaladon mais ce n'est pas l'objectif non plus. Il revisite la grotte de Platon à sa manière jubilatoire, mélangeant les genres dans un feu d’artifice contemporain. Il joue de l’illusion de l’illusion, avec la mise en scène du placard, à la fois symbole du théâtre de boulevard mais aussi d’un genre prisé par quelques illusionnistes, de ceux qui utilisent des boites justement. Illusion tout n'est qu'illusion (Qui cadre parfaitement avec ma lecture en cours Entretiens sur la multitude du monde entre Jean-Claude Carrière et Thibault Damour) Moi qui suit aussi dans Harry Potter, je fais le lien avec la boite à disparition/apparition, vieux rêve de téléportation à la Star Trek, et qui sert de tunnel, de cheval de Troie. C’est la suspension du jugement (Suspension of disbelief, terme utilisé par Catherine Tramell dans Basic Instinct je crois, ou suspension consentie de l'incrédulité, j'aurais plutôt dit suspension de la crédulité mais bon, au final je préfère suspension du jugement, c'est tout à fait personnel) qui est remise en cause mais qui est aussi mise en scène, il y a suspension du jugement sur la suspension du jugement, elle aussi illusion. Il y a un aspect colimaçon ou fractal, où l’on peut toujours être en retrait et analyser puis analyser l’analyse, puis analyser l’analyse de l’analyse et ainsi de suite. Je crois que c’est Kant, ou Nietzsche, je ne sais plus (En tout cas c’est dans les CDs de Luc Ferry, écoutés en voiture, sur l’un de ces philosophes) qui parlait d’une régression infinie des jugements, et qu’à ce titre il n’y avait pas de vérité absolue, chaque analyse pouvant faire l’objet d’une analyse, à l’infini, infini qui relève du divin (Nicolas deCues), de la docte ignorance. C’est une pièce très bien écrite, drôle, brillante, inventive, qui me rappelle l'écriture ciselée de Yasmina Reza (Art ou Le dieu du carnage), et si j’ai l’occasion de la voir jouer je n’hésiterais pas une seconde. Cela a intérêt à être bien joué, je serais exigeant. Je vous laisse, j'ai une scène de ménage à préparer avec ma femme.

Un coup de foudre à peu près réciproque peut se transformer en passion durable à condition de l'entretenir à coups de voyages, de beuveries et de scènes de ménages gratuites.
Frédéric Beigbeder

Note : AAAAAAAAA