lundi 10 juin 2019

Le héros aux mille et un visage de Joseph Campbell

Avoir la grosse tête ?
Le héros aux mille et un visage. La référence incontournable sur les mythes et le voyage du héros de Joseph Campbell (J'ai Lu, 634 pages, 2008)

Incipit :
Que nous écoutions avec une réserve amusée les incantations obscures de quelque sorcier congolais aux yeux injectés de sang, ou que nous lisions, avec le ravissement d'un lettré, de subtiles traductions des sonnets mystiques de Lao-Tseu ; qu'il nous arrive, à l'occasion, de briser la dure coquille d'un raisonnement de Saint-Thomas d'Aquin ou que nous saisissions soudain le sens lumineux d'un conte de fées esquimaux - sous des formes multiples, nous découvrons toujours la même histoire merveilleusement constante. Partout, la même allusion l'accompagne avec une persistance provocante : allusion à l'expérience qui reste à vivre, plus vaste qu'on ne le saura ou qu'on ne le dira jamais.

Quel livre fabuleux. Il nous apporte autant qu'il nous interroge. Il élargit nos perceptions autant qu'il en rappelle les limites. Il nous rappelle l'essence de notre humanité qui, de tout temps, a essayé d'expliciter le monde. Avec des points communs qui révèlent notre unité dans notre diversité. Cela permet de dépasser les visions dogmatiques pour en revenir à des points essentiels. Au travers ces diverses explorations des mythes on sent une vérité indicible commune à tous et à toutes. Cette vérité ne peut être révélée en tant que telle, c'est un cheminement au travers d'un ou plusieurs mythes mais, pour qui souhaite la chercher et par là-même se dépasser, elle finit par émerger pour chacun, selon sa culture, ses perceptions, sa compréhension. La conclusion du livre est saisissante, elle rappelle combien nos sociétés modernes se sont coupé de la nature, de ses mythes, et comment cela mène à la décadence. Cela rejoint en substance le constat de Michel Onfray. Relire Homère est insuffisant, nous nous sommes coupés de la culture grecque, du latin, des humanités. D'une certaine manière Harry Potter nous fait renouer avec la mythologie et peut nous amener à relire Homère. Grâce lui soit rendu. Le succès d'Harry Potter répond vraisemblablement à un besoin auquel les mythes d'autrefois répondaient. C'est symptomatique de nos sociétés en perte de sens qui font le succès des ouvrages de développement personnels et des sectes. La constat de Joseph Campbell l'explicite avec talent, culture et brio. Et quand je parle d'Homère, je pourrais tout aussi bien parler des Védas, du Šâhnâme, du livre des Morts, du Bhagavad-Gita, pour n'en citer que quelques-uns. Ce livre n'est pas qu'une compilation d'extraits, c'est une analyse comparée des mythes qui en recherche l'essence, de celle qui permet d'en dépasser la simple addition. Certaines phrases simples, bouddhistes ou de courants religieux, font désormais sens. Seules elles seraient restées cryptiques, mais à l'éclairage d'un mythe, ou mieux, dans le cas de cet ouvrage, de nombreux mythes divers (Indiens, scandinaves, néo-zélandais, incas, égyptiens etc.) cela montre la profondeur de certaines pensées, qu'il faut rattacher à des expériences personnelles, du vécu, afin d'en percevoir toute la richesse et profondeur. A la fin est aussi rappelé que les mythes ne sont que des habits de la vérité, ce qui rejoint la science qui habille le réel de modèles. Les habits, comme les modèles ne sont que des formes extérieures. C'est aussi un vade-mecum de pensées et de réflexions spirituelles brillantes. Un livre magnifique. Une lecture essentielle et indispensable.

Connaître les autres, c'est sagesse. Se connaître soi-même, c'est sagesse supérieure.
Lao-Tseu

Comment définir la méditation ? Comme la sagesse à la recherche de la sagesse.
Shunryu Suzuki

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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