mardi 16 juillet 2019

A Monk's Guide to a Clean House and Mind by Shoukei Matsumoto

Guide pour maniaque obsessionnel
A Monk's Guide to a Clean House and Mind by Shoukei Matsumoto (Penguin Books, 129 pages, 2018)

Incipit :
I'm a Buddhist monk at Kyomoji Temple in Kamiyacho, Tokyo, Japan. I entered Kyomoji Temple in 2003, becoming a monk in the Jodo Shinshu Hongwanji sect.

Un guide exhaustif sur l'art du nettoyage dans les temples bouddhistes, art exercé par les moines. L'idée fondatrice étant que nettoyer son espace de vie est aussi se nettoyer l'esprit. On y retrouve vivre l'instant présent, purifié des scories des regrets du passé et des inquiétudes de l'avenir, vivre pleinement ce que l'on fait, être présent à soi-même. C'est avoir une conscience exacerbé de soi, de son environnement et donc des autres, on y retrouve alors le profond respect pour autrui. Il y a la recherche de l'Unité, de faire un avec le monde, là c'est l'idée importante de l'interdépendance à l’œuvre. Nulle surprise que cette recherche d'unité s'étende à la Nature, à ses rythmes, à l'appréciation de ses changements, aussi bien de sa variété, que des cycles des saisons. Il y a une recherche d'économie comme chez les minimalistes. Pas de gâchis, pas de consommation inutile, recyclage à tous les étages, pollution minimale, respect des animaux. Un système cohérent, complet, qui ne conviendra qu'à ceux qui en apprécie l'approche holistique. Un livre reposant, qui est en accord avec mes recherches actuelles. Les petits dessins sont adorables. Bréviaire pour les obsessionnels de la propreté et de l'hygiène. Amusant je regarde la série Monk, avec l'excellent Tony Shalhoub, et il s'appelle Monk !!!! Ha ha ha, on pourrait croire que le titre parle de ce personnage, qui aurait écrit un guide sur la propreté ... ok, ok, un rien m'amuse ...


La propreté est l'image de la netteté de l'âme.  
Montesquieu.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

vendredi 12 juillet 2019

Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin

Le sello fane
Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin (Folio, 288 pages, 2014)

Incipit :
Lorsque, comme moi, on ne sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes, et des pèlerins plus ou moins solitaires qui l'entretiennent en y laissant l'empreinte de leurs pas.

Oui, oui, je sais, encore un livre sur Compostelle. Que voulez-vous ... Mais à part un guide, je ne compte plus lire dessus, c'est bon je suis saturé, faut que je vois autre chose. Bon le livre. Tout d'abord un beau titre, avec certainement un clin d’œil à Mortelle randonnée ? Je ne sais. Mais l'idée d'un chemin immortel est assez parlant, quelque chose qui traverse le temps. L'auteur m'a surpris sur plusieurs points, déjà c'est la première fois que je lis que le chemin de Compostelle est propice à la drague (p. 30). Ah. Bon, ok. Et puis l'auteur a des comparaisons peu flatteuse du pèlerin, en premier lieu sujet à la clochardisation (p. 47) ce qui, au regard de clochards véritables vivant dans l'indigence la plus totale (par exemple autour de la cathédrale d'Orléans), est assez indécent. Parce que l'auteur a déféqué dans un parc et ne s'est pas lavé un jour ou deux il estime qu'il y a clochardisation. Trop habitué aux réunions d'ambassadeur sans doute, assez éloigné de personnes vraiment dans le besoin. Il compare aussi les pèlerins à des cafards (p. 50). Un déchet aussi (p. 106). Il compare même, à travers un sous-entendu pour moi sans équivoque, un hospitalero à un kapo ou un nazi (p. 130), en tout cas un gardien de camp de déportation (!), atteignant le point Godwin avec les honneurs, c'en est même stupéfiant. D'un autre côté la population locale (espagnole donc) est comparée à ... des tueurs (p. 137). Il s'agace des personnes prenant des notes (p. 88) alors que, franchement, qu'est-ce que cela peut bien lui faire ? Alors j'apprécie le côté direct, sincère et honnête mais tout de même je trouve que l'auteur manquait de quelque chose. Il y a même de lourdes incohérences, car d'un côté il a un ipad ?! (p. 80) puis dit faire le max pour avoir un sac léger (mochila). Page 141 il prend vraiment son cas pour une généralité et croit énoncer des vérités, des jugements définitifs sur "le" pèlerin. Mais petit à petit, par exemple p. 67 il y a que le connais-toi toi même implique de devenir étranger à ce que l'on était avant, pas mal, même si c'est le miroir du Deviens ce que tu es, et surtout à partir de la page 181 il y a un réel début de prise de conscience, je dirais même de spiritualité, par exemple page 208, le Principe, essentiel, ou encore page 269 le chemin qui réenchante le monde. Mis à part que j'ai trouvé l'auteur un peu plaigneux, cela reste une lecture inspirante et qui m'a offert une vision personnelle, normal pour un témoignage direz-vous, avec des passages assez bien écrit. Bref, je suis plutôt content de cette lecture. L'auteur révèle plus de lui-même que le chemin même, c'est en fait le principe, il le reconnait lui-même. Bref, il faut le faire ce chemin plutôt que lire dessus, c'est la différence entre la connaissance livresque et ce que Dan Millman dans Le guerrier pacifique appelle la réalisation, vivre quelque chose que lire sur ce quelque chose, exactement ce que dit le personnage joué par Robin Williams à Will Hunting joué par Matt Damon, la scène sur le banc. Donc j'arrête les lectures sur le Chemin et pense plutôt à faire un bout de chemin, un jour prochain.


Il vaut mieux marcher sur une tortue réveillée que sur un patin à roulettes endormi.
François Cavanna

L'enfant marche joyeux, sans songer au chemin ; il le croit infini, n'en voyant pas la fin.
Alfred de Musset

Si un homme veut être sûr de son chemin, qu'il ferme les yeux et marche dans l'obscurité.
Saint Jean de la Croix

It's a jungle out there
Disorder and confusion everywhere
No one seems to care
Well I do
Randy Newman


Note : AAAAAA

dimanche 7 juillet 2019

Vertige du Cosmos de Trinh Xuan Thuan

Je suis le vortex.
Je suis la spirale.
L'être ou le néant ?
Vertige du Cosmos. Une brève histoire du ciel de Trinh Xuan Thuan (Flammarion, 464 pages, 2019)

Incipit :
Grâce à mon métier d'observateur du cosmos, j'ai la grande chance d'aller dans des endroits d'une beauté exceptionnelle, loin du bruit et de la fureur humaine. Les observatoires sont des lieux magiques où l'astronome peut communier avec le ciel et recueillir la lumière cosmique grâce aux «grands yeux» que sont les télescopes.
Encore une réussite. Je viens de lire récemment Le cosmos et le lotus, et je ne me lasse pas de cet auteur. On retrouve, surtout à la fin des passages redondants entre ces deux ouvrages, mais cela permet de réviser. Le sous-titre Une brève histoire du ciel, rappelle comme en écho Une brève histoire du temps de Stephen Hawking (que j'ai lu en anglais il y a assez longtemps, A brief history of time). Ce livre, richement illustré, de vestiges antiques, d'artéfacts ou encore de schémas explicatifs, porte excellement bien son titre. Effectivement c'est vertigineux. Au delà de l'archéoastronomie qui remet en place, pour ne pas dire réhabilite nos ancêtres, qui étaient bien plus doués qu'on ne le pensait (On peut citer trois exemples majeurs : Stonehenge, les amérindiens, l'Afrique), c'est la connaissance de plus en plus poussée du ciel, du cosmos, qui laisse pantois. Il y a effectivement communion et cela sur de multiples plans. L'auteur rappelle que nous sommes poussières d'étoiles (et né poussières nous y retournerons ...), il montre au travers de l'histoire humaine le lien indéfectible avec ce ciel, faisant le lien avec notre terre, que ce soit Stonehenge clairement lié au couple Soleil/Lune (Mais pas les étoiles, mais aussi funéraire), ou cette voûte étoilée Navajos en plein désert ou encore les Medecine Wheel. Je connaissais le serpent Kukulcan Maya (peut-être dans Campbell, je ne sais plus trop) où, lors des solstices, l'onde lumineuse crée une ombre solaire ondoyante le rendant vivant, connectant le haut de la pyramide à la terre où la tête su serpent repose, comme une comète venue ensemencer notre planète de la Vie. Il (L'auteur, pas Kukulcan) rappelle à juste titre les trois étapes de notre vision du monde, l'Univers magique, l'Univers mythique puis l'Univers scientifique, le passage progressif su sacré au profane et en quoi cela revient à marcher sur un seul pied. Une belle épopée, toute basée sur un élément fondamental : la lumière, qui est aussi notre limite, nous ne pouvons observer plus loin qu'à 47 milliards d'année-lumière, c'est notre horizon. Les conceptions modernes vers la moitié du livre jusqu'à la fin explore cette quête humaine sans fin avec des interrogations spirituelles, l'auteur faisant à nouveau le lien avec les fondements du bouddhisme (P.402 interdépendance, page 404 unité de l'Univers, avec le pendule de Foucault, et bien sûr l'impermanence). Un voyage enchanteur sur le ciel sous tous de multiples aspects, culture, science, foi, histoire, archéologie, civilisations. Et puis j'ai compris comment on mesurait les distances des étoiles, notamment grâce aux céphéides, phares de l'espace, génial, non ? Un livre magique qui touche au merveilleux et saura vous émerveiller, par un arpenteur du monde. Merci Trinh.

L'ancienne alliance est rompue : l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres.
Jacques Monod, Le Hasard et la nécessité

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA puissance 5000

vendredi 5 juillet 2019

En avant, route ! d'Alix de Saint-André

C'est la vraie marche.
En avant, route !
Arthur Rimbaud
En avant, route ! d'Alix de Saint-André (Folio, 352 pages, 2011)

Incipit :
 Le 14 juillet 2003, ma cousine Cricri et moi-même étions dans le très typique village de Saint-Jean-Pied-De-Port, au Pays basque, attablées devant une nappe à carreaux rouges et blancs typique, en train d'avaler du fromage et du jambon typiques avec un coup de rouge typique aussi, en fin d'après-midi, sous la menace d'un orage de montagne, bien noir mais presque tiède.

Et voilà, un livre de plus sur Compostelle. Un peu obsessionnel, non ? C'est marrant car Alix de Saint-André a choisi un titre qui fait référence à Rimbaud (Un texte sur la démocratie) mais aussi au cri de ralliement des pèlerins : ultréïa, traduit vaguement en "en avant", l'idée d'aller au delà de soi et des montagnes. En fait l'auteur a fait plusieurs fois le chemin de Compostelle, la partie espagnole, puis les 100 derniers kilomètres et enfin le chemin plus aboutie qui consiste à partir ... de chez soi ! Au début j'étais un peu déçu car bon que la partie espagnole, ou les 100 derniers km, mais bon la troisième partie m'a rassuré sur l'intention de l'auteur. Après, je ne l'ai pas fait ce chemin, à part dans la tête, là je le fais à chaque lecture, guide et romans. Mais littérairement cela donne trois tons différents et trois approches, la dernières optant pour le portrait de pèlerins rencontrés. Il y a quelques passages qui expriment la personnalité de l'auteur, des évènements qui ne sont pas directement liés au chemin, comme le suicide d'une amie proche. Cela donne un côté tarabiscoté avec des imprévus, comme le chemin de Compostelle finalement. Plus témoignage que roman, même si je pense que c'est un peu romancé, ce qui ne me pose pas de souci, que Le vestibule des causes perdues. Là j'ai commencé Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin, une autre approche encore. Le premier a sous-entendre que le Chemin de Compostelle c'est en fait un chemin de drague (!). Peut-être, mais de tout ce que j'ai lu c'est la première fois qu'il y a une telle comparaison générale aussi définitive, même si le témoignage de François Dermaut, dans ses carnets, va en ce sens, mais c'est un seul témoignage. Page 240 il y a cette belle phrase que j'ai noté, L’œil du poète est magicien et alchimiste, jouant de nos illusions et transformant notre réel. Comme Rufin, Alix de saint-André parle de radinerie permanente (p. 267) mais plus sous l'angle du pèlerin qui doit se contenter de peu (Ce qu'elle dit de la pauvreté page 303) que d'une volonté d'être pingre à tout prix. Page 304 elle différencie l'essence du chemin par rapport à des vacances, et c'est assez juste. Page 307 elle associe Yin et Yang au Bouddhisme, je doute beaucoup de la pertinence d'une telle comparaison, le Yin et le Yang, le Taijitu, étant le taoïsme d'origine chinoise et antérieur au bouddhisme, de l'Inde. Mais l'image biblique de brûler le vieil homme en soi est pas mal du tout (page 338). Et voilà, il n'y a plus canicule alors je prends le temps d'exploiter mes quelques notes. Ah oui il y a aussi crédentiale dans ce livre alors que dans plein de sites lié à Compostelle c'est une crédencial. Possible que ce soit un anglicisme, credential étant les éléments pour s'authentifier par exemple. Peu importe. Un livre pas mal pour qui veut s'imprégner de l'esprit du chemin, sous réserver de ne pas prendre ce témoignage pour vérité absolue ou ce qu'il vous adviendrait si vous vous y aventuriez. A nouveau il faut le vivre et non le lire pour en apprécier toute la profondeur et la quintessence.

Tout est écrit dans les sons. Le passé, le présent et le futur de l'homme. Un homme qui ne sait pas entendre ne peut écouter les conseils que la vie nous prodigue à chaque instant. Seul celui qui écoute le bruit du présent peut prendre la décision juste.
Paulo Coelho dans Le pèlerin de Compostelle

Note : AAAAAA