jeudi 25 juillet 2019

Le sacré et le profane de Mircea Eliade

L'espace courbé de l'origine du monde
Le sacré et le profane de Mircea Eliade (Idées/Gallimard, 186 pages, 1965)

Incipit :
L'espace sacré et la sacralisation du Monde

Homogénéité spatiale et hiérophanie. 

 Pour l'homme religieux, l'espace n'est pas homogène : il présente des ruptures, des cassures : il y a des portions d'espace qualitativement différentes des autres.

Il s'agit d'une introduction, accessible, claire, concise, qui montre, au travers de différentes formes de religiosité de peuples anciens, antiques mais aussi de l'homme moderne areligieux, qu'il y a deux espaces, l'un sacré et l'autre profane. Que cet espace sacré est particulier, que c'est un espace choisi, organisé, toujours en lien avec une ouverture en direction du ciel. Que cet espace est hors temps, que pour l'homme religieux il représente le réel. Tout ce livre démontre le profondeur de ce constat. Il y a des liens très forts entre soi, la maison et le cosmos, et surtout les étapes de transition, de passage, que les initiations, celles des rituels, de la liturgies mais aussi et surtout celle de la vie même sont intimement liés aux rythmes de la Nature et ses transitions intrinsèques, naissance, mort, renaissance, que chaque religion explore à sa manière mais où on retrouve un substrat commun et intemporel. Un livre éblouissant qui m'a rassuré sur certains points. Par exemple pour Harry Potter, je voyais chaque ouvrage (Sept volumes, sept comme par hasard ...) comme une forme d’initiation, et donc que ces différentes initiations émaillaient l'initiation de sa Vie entière. Que le passage par la trappe pour rejoindre le monde intérieur du Basilic était un passage par une porte étroite, pour y rencontre la mort puis une renaissance etc. etc. Un livre éclairant sur des sujets fondamentaux. Excellente introduction. En plus je l'ai eu d'occasion à 50 cents ... une affaire pour un sujet aussi signifiant. En faisant quelques recherches pour lire d'autres ouvrages de l'auteur, j'ai été surpris de tomber sur Impostures et pseudo-science : L’œuvre de Mircea Eliade par Daniel Dubuisson, ce qui m'a amené à en chercher plus (Oui, je ne puis acheter tous les ouvrages qui m'intéressent, et celui de Dubuisson m'intrigue ...) et c'est sur la fiche wikipedia de Mircea Eliade que j'ai pu avoir quelques détails. Effectivement quelques polémiques, le nationalisme de Mircea Eliade, bien à droite quand même (genre extrême), mais à une époque troublée, antisémite aussi semble-t-il, associant la franc-maçonnerie au bolchevisme (!?), ce qui me parait assez débile, mais bon il me manque certainement des bases sur ces sujets, admirateur de René Guénon qu'il considère comme le plus grand penseur du XXème siècle, rien que ça, ok etc. Cela ne remet pas en cause ma lecture sur Le sacré et le profane. Même si j'aimerais en savoir beaucoup plus avec l'ouvrage de Dubuisson. Finalement tout cela me semble confus et complexe pour me faire une idée claire, équilibrée et juste. Disons que je continuerais à lire Mircea Eliade, sans faire l'impasse sur la complexité du personnage, ni du contexte historique de l'époque. Disons que l'ignorer me semble une option moins pertinente que de le lire.

L'individu isolé, sorti de la dualité élémentaire est un être perdu, un errant. Il ne constitue pas une unité, mais le débris dépareillé d'une totalité vivante.

L'Homme et le sacré (1939) de Roger Caillois

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA

mercredi 24 juillet 2019

Le Nom de la Rose d'Umberto Eco

Rosa, rosae, rosam
Le Nom de la Rose d'Umberto Eco (Grasset, 505 pages, 1985) suivi de Apostille au Nom de la rose page 509 à 544.

Incipit :
 Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.

L'Incipit commence fort, avec le prologue de l'évangile selon Jean. Cela avec les sept jours dans l'abbaye, comme les sept jours de la création dans la Genèse et on comprend dès le départ qu'Umberto Eco instille une structure religieuse empreinte de rituels liturgiques. J'ai pu apprendre la journée type d'un moine et des horaires qui découpe son temps de matines à complies. Il y a longtemps, des années même, que je devais lire ce livre et je retardais. J'avais vu le film de Jean-Jacques Annaud et cela me posait souci de lire un livre une fois l'histoire connue. Je préfère en général avoir lu, si l'ouvrage existe, avant une éventuelle visualisation. Et puis je ne l'avais qu'en poche. Or je l'ai trouvé à la ressourcerie en broché, plus lisible pour mes yeux fatigués (mais pas encore similaires à ceux du vénérable Jorge). Et dès que j'ai commencé j'ai plongé, les aspects méta et de mise en abyme (Par exemple, il s'agirait d'un manuscrit retrouvé, rapporté par plusieurs tiers avant d'en arriver au narrateur de l'histoire, Adso, masques sur lesquels l'auteur revient dans son apostille). Et puis c'est un livre brillant, érudit, à la construction ciselée, à la narration qui m'a envouté complètement. Découpé selon le temps monastique, sur sept jours, un nombre fort qui rappelle la création du monde dans la genèse, avec comme personnage central cette bibliothèque labyrinthe avec divers chausses-trappes, empreinte de mystère et de rapports mathématiques. Le labyrinthe semble connexe et suivre de la main un mur sans jamais le lâcher devrait ramener au point de départ, et l'apostille revient sur la classification des différents labyrinthes. L'Histoire aussi bien que les médiations de Guillaume, ou du narrateur, Adso, sont des enchevêtrements labyrinthiques aussi, ce que confirme l'auteur dans son apostille parlant même de rhizomes. J'aime aussi les enquêtes policières, et il y a des liens forts avec Sherlock Holmes, Le chien des Baskerville, qui donne le nom propre, l'aspect de Guillaume, mais aussi sa démarche déductive, ici bien plus explicitée et crédible. Enquêteur. Démarche de de recherche de la vérité, plus détaillée que chez Conan Doyle, même démarche labyrinthique de la pensée que celle de se déplacer dans l’Édifice. Linéaments de la pensée au service de la vérité, en tout cas de la raison, même si le résultat n'est pas à la hauteur de celle espérée par Guillaume, ultime pied de nez d'Umberto Eco. Les considérations religieuses, spirituelles, métaphysiques,  et philosophique qui parsèment le récit rend cette lecture passionnante, voire éblouissante. Les controverses, ici sur la pauvreté du Christ, rappelleront La controverse de Valladolid (Sur une question très différente, quant à l'humanité des Aztèques) et l'art de se prendre la tête lorsque des considérations éthiques rentrent en conflit avec des considérations de pouvoir et de richesse, les derniers en général finissant par gagner d'une manière ou d'une autre. Le titre est tout un programme qui a surtout évoqué au départ rosa, rasae, rosam, mes premiers pas en latin, en sixième. C'est très très loin tout ça. Cela ne m'a pas dérangé d'être parfois perdue dans les passages latin ou en allemand. L'apostille est aussi passionnante : genèse de l'écriture du roman, humour pince sans rire, réflexions méta sur l'écriture et ses divers courants. Humm, je pense mettre ce livre dans les chefs d’œuvre, en tout cas les miens. J'ai retrouvé l'Umberto Eco sémiologue, celui des signes, des réflexions sur le langage, ses réflexions sur le faux (Un de ses ouvrages) ou encore les limites de l'interprétation (Un de ses ouvrages). Je vais peut-être relire Le pendule de Foucault. J'ai à peine effleuré la densité de cet ouvrage (Le Nom de la Rose, pas le Pendule), lisez-le vous ne le regretterez pas. J'ai aussi l'impression que le traducteur mérite toute notre estime. Hé oui malheureusement je ne lis pas l'italien. Je m'excuse je suis un peu redondant dans l'article et il reste certainement des fautes, mais quand il y a canicule je suis moins alerte ...

Un rêve est une écriture, et maintes écritures ne sont que des rêves 
(p. 444)

Redoute, Adso, les prophètes et ceux qui sont disposés à mourir pour la vérité, car d'ordinaire ils font mourir des multitudes avec eux, parfois à leur place 
(p. 496) 

Gott ist ein lautes Nichts, ihn rührt kein Nun noch Hier
(p. 505)

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

mardi 16 juillet 2019

A Monk's Guide to a Clean House and Mind by Shoukei Matsumoto

Guide pour maniaque obsessionnel
A Monk's Guide to a Clean House and Mind by Shoukei Matsumoto (Penguin Books, 129 pages, 2018)

Incipit :
I'm a Buddhist monk at Kyomoji Temple in Kamiyacho, Tokyo, Japan. I entered Kyomoji Temple in 2003, becoming a monk in the Jodo Shinshu Hongwanji sect.

Un guide exhaustif sur l'art du nettoyage dans les temples bouddhistes, art exercé par les moines. L'idée fondatrice étant que nettoyer son espace de vie est aussi se nettoyer l'esprit. On y retrouve vivre l'instant présent, purifié des scories des regrets du passé et des inquiétudes de l'avenir, vivre pleinement ce que l'on fait, être présent à soi-même. C'est avoir une conscience exacerbé de soi, de son environnement et donc des autres, on y retrouve alors le profond respect pour autrui. Il y a la recherche de l'Unité, de faire un avec le monde, là c'est l'idée importante de l'interdépendance à l’œuvre. Nulle surprise que cette recherche d'unité s'étende à la Nature, à ses rythmes, à l'appréciation de ses changements, aussi bien de sa variété, que des cycles des saisons. Il y a une recherche d'économie comme chez les minimalistes. Pas de gâchis, pas de consommation inutile, recyclage à tous les étages, pollution minimale, respect des animaux. Un système cohérent, complet, qui ne conviendra qu'à ceux qui en apprécie l'approche holistique. Un livre reposant, qui est en accord avec mes recherches actuelles. Les petits dessins sont adorables. Bréviaire pour les obsessionnels de la propreté et de l'hygiène. Amusant je regarde la série Monk, avec l'excellent Tony Shalhoub, et il s'appelle Monk !!!! Ha ha ha, on pourrait croire que le titre parle de ce personnage, qui aurait écrit un guide sur la propreté ... ok, ok, un rien m'amuse ...


La propreté est l'image de la netteté de l'âme.  
Montesquieu.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

vendredi 12 juillet 2019

Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin

Le sello fane
Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin (Folio, 288 pages, 2014)

Incipit :
Lorsque, comme moi, on ne sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes, et des pèlerins plus ou moins solitaires qui l'entretiennent en y laissant l'empreinte de leurs pas.

Oui, oui, je sais, encore un livre sur Compostelle. Que voulez-vous ... Mais à part un guide, je ne compte plus lire dessus, c'est bon je suis saturé, faut que je vois autre chose. Bon le livre. Tout d'abord un beau titre, avec certainement un clin d’œil à Mortelle randonnée ? Je ne sais. Mais l'idée d'un chemin immortel est assez parlant, quelque chose qui traverse le temps. L'auteur m'a surpris sur plusieurs points, déjà c'est la première fois que je lis que le chemin de Compostelle est propice à la drague (p. 30). Ah. Bon, ok. Et puis l'auteur a des comparaisons peu flatteuse du pèlerin, en premier lieu sujet à la clochardisation (p. 47) ce qui, au regard de clochards véritables vivant dans l'indigence la plus totale (par exemple autour de la cathédrale d'Orléans), est assez indécent. Parce que l'auteur a déféqué dans un parc et ne s'est pas lavé un jour ou deux il estime qu'il y a clochardisation. Trop habitué aux réunions d'ambassadeur sans doute, assez éloigné de personnes vraiment dans le besoin. Il compare aussi les pèlerins à des cafards (p. 50). Un déchet aussi (p. 106). Il compare même, à travers un sous-entendu pour moi sans équivoque, un hospitalero à un kapo ou un nazi (p. 130), en tout cas un gardien de camp de déportation (!), atteignant le point Godwin avec les honneurs, c'en est même stupéfiant. D'un autre côté la population locale (espagnole donc) est comparée à ... des tueurs (p. 137). Il s'agace des personnes prenant des notes (p. 88) alors que, franchement, qu'est-ce que cela peut bien lui faire ? Alors j'apprécie le côté direct, sincère et honnête mais tout de même je trouve que l'auteur manquait de quelque chose. Il y a même de lourdes incohérences, car d'un côté il a un ipad ?! (p. 80) puis dit faire le max pour avoir un sac léger (mochila). Page 141 il prend vraiment son cas pour une généralité et croit énoncer des vérités, des jugements définitifs sur "le" pèlerin. Mais petit à petit, par exemple p. 67 il y a que le connais-toi toi même implique de devenir étranger à ce que l'on était avant, pas mal, même si c'est le miroir du Deviens ce que tu es, et surtout à partir de la page 181 il y a un réel début de prise de conscience, je dirais même de spiritualité, par exemple page 208, le Principe, essentiel, ou encore page 269 le chemin qui réenchante le monde. Mis à part que j'ai trouvé l'auteur un peu plaigneux, cela reste une lecture inspirante et qui m'a offert une vision personnelle, normal pour un témoignage direz-vous, avec des passages assez bien écrit. Bref, je suis plutôt content de cette lecture. L'auteur révèle plus de lui-même que le chemin même, c'est en fait le principe, il le reconnait lui-même. Bref, il faut le faire ce chemin plutôt que lire dessus, c'est la différence entre la connaissance livresque et ce que Dan Millman dans Le guerrier pacifique appelle la réalisation, vivre quelque chose que lire sur ce quelque chose, exactement ce que dit le personnage joué par Robin Williams à Will Hunting joué par Matt Damon, la scène sur le banc. Donc j'arrête les lectures sur le Chemin et pense plutôt à faire un bout de chemin, un jour prochain.


Il vaut mieux marcher sur une tortue réveillée que sur un patin à roulettes endormi.
François Cavanna

L'enfant marche joyeux, sans songer au chemin ; il le croit infini, n'en voyant pas la fin.
Alfred de Musset

Si un homme veut être sûr de son chemin, qu'il ferme les yeux et marche dans l'obscurité.
Saint Jean de la Croix

It's a jungle out there
Disorder and confusion everywhere
No one seems to care
Well I do
Randy Newman


Note : AAAAAA

dimanche 7 juillet 2019

Vertige du Cosmos de Trinh Xuan Thuan

Je suis le vortex.
Je suis la spirale.
L'être ou le néant ?
Vertige du Cosmos. Une brève histoire du ciel de Trinh Xuan Thuan (Flammarion, 464 pages, 2019)

Incipit :
Grâce à mon métier d'observateur du cosmos, j'ai la grande chance d'aller dans des endroits d'une beauté exceptionnelle, loin du bruit et de la fureur humaine. Les observatoires sont des lieux magiques où l'astronome peut communier avec le ciel et recueillir la lumière cosmique grâce aux «grands yeux» que sont les télescopes.
Encore une réussite. Je viens de lire récemment Le cosmos et le lotus, et je ne me lasse pas de cet auteur. On retrouve, surtout à la fin des passages redondants entre ces deux ouvrages, mais cela permet de réviser. Le sous-titre Une brève histoire du ciel, rappelle comme en écho Une brève histoire du temps de Stephen Hawking (que j'ai lu en anglais il y a assez longtemps, A brief history of time). Ce livre, richement illustré, de vestiges antiques, d'artéfacts ou encore de schémas explicatifs, porte excellement bien son titre. Effectivement c'est vertigineux. Au delà de l'archéoastronomie qui remet en place, pour ne pas dire réhabilite nos ancêtres, qui étaient bien plus doués qu'on ne le pensait (On peut citer trois exemples majeurs : Stonehenge, les amérindiens, l'Afrique), c'est la connaissance de plus en plus poussée du ciel, du cosmos, qui laisse pantois. Il y a effectivement communion et cela sur de multiples plans. L'auteur rappelle que nous sommes poussières d'étoiles (et né poussières nous y retournerons ...), il montre au travers de l'histoire humaine le lien indéfectible avec ce ciel, faisant le lien avec notre terre, que ce soit Stonehenge clairement lié au couple Soleil/Lune (Mais pas les étoiles, mais aussi funéraire), ou cette voûte étoilée Navajos en plein désert ou encore les Medecine Wheel. Je connaissais le serpent Kukulcan Maya (peut-être dans Campbell, je ne sais plus trop) où, lors des solstices, l'onde lumineuse crée une ombre solaire ondoyante le rendant vivant, connectant le haut de la pyramide à la terre où la tête su serpent repose, comme une comète venue ensemencer notre planète de la Vie. Il (L'auteur, pas Kukulcan) rappelle à juste titre les trois étapes de notre vision du monde, l'Univers magique, l'Univers mythique puis l'Univers scientifique, le passage progressif du sacré au profane et en quoi cela revient à marcher sur un seul pied. Une belle épopée, toute basée sur un élément fondamental : la lumière, qui est aussi notre limite, nous ne pouvons observer plus loin qu'à 47 milliards d'année-lumière, c'est notre horizon. Les conceptions modernes vers la moitié du livre jusqu'à la fin explore cette quête humaine sans fin avec des interrogations spirituelles, l'auteur faisant à nouveau le lien avec les fondements du bouddhisme (P.402 interdépendance, page 404 unité de l'Univers, avec le pendule de Foucault, et bien sûr l'impermanence). Un voyage enchanteur sur le ciel sous tous de multiples aspects, culture, science, foi, histoire, archéologie, civilisations. Et puis j'ai compris comment on mesurait les distances des étoiles, notamment grâce aux céphéides, phares de l'espace, génial, non ? Un livre magique qui touche au merveilleux et saura vous émerveiller, par un arpenteur du monde. Merci Trinh.

L'ancienne alliance est rompue : l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres.
Jacques Monod, Le Hasard et la nécessité

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA puissance 5000

vendredi 5 juillet 2019

En avant, route ! d'Alix de Saint-André

C'est la vraie marche.
En avant, route !
Arthur Rimbaud
En avant, route ! d'Alix de Saint-André (Folio, 352 pages, 2011)

Incipit :
 Le 14 juillet 2003, ma cousine Cricri et moi-même étions dans le très typique village de Saint-Jean-Pied-De-Port, au Pays basque, attablées devant une nappe à carreaux rouges et blancs typique, en train d'avaler du fromage et du jambon typiques avec un coup de rouge typique aussi, en fin d'après-midi, sous la menace d'un orage de montagne, bien noir mais presque tiède.

Et voilà, un livre de plus sur Compostelle. Un peu obsessionnel, non ? C'est marrant car Alix de Saint-André a choisi un titre qui fait référence à Rimbaud (Un texte sur la démocratie) mais aussi au cri de ralliement des pèlerins : ultréïa, traduit vaguement en "en avant", l'idée d'aller au delà de soi et des montagnes. En fait l'auteur a fait plusieurs fois le chemin de Compostelle, la partie espagnole, puis les 100 derniers kilomètres et enfin le chemin plus aboutie qui consiste à partir ... de chez soi ! Au début j'étais un peu déçu car bon que la partie espagnole, ou les 100 derniers km, mais bon la troisième partie m'a rassuré sur l'intention de l'auteur. Après, je ne l'ai pas fait ce chemin, à part dans la tête, là je le fais à chaque lecture, guide et romans. Mais littérairement cela donne trois tons différents et trois approches, la dernières optant pour le portrait de pèlerins rencontrés. Il y a quelques passages qui expriment la personnalité de l'auteur, des évènements qui ne sont pas directement liés au chemin, comme le suicide d'une amie proche. Cela donne un côté tarabiscoté avec des imprévus, comme le chemin de Compostelle finalement. Plus témoignage que roman, même si je pense que c'est un peu romancé, ce qui ne me pose pas de souci, que Le vestibule des causes perdues. Là j'ai commencé Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin, une autre approche encore. Le premier a sous-entendre que le Chemin de Compostelle c'est en fait un chemin de drague (!). Peut-être, mais de tout ce que j'ai lu c'est la première fois qu'il y a une telle comparaison générale aussi définitive, même si le témoignage de François Dermaut, dans ses carnets, va en ce sens, mais c'est un seul témoignage. Page 240 il y a cette belle phrase que j'ai noté, L’œil du poète est magicien et alchimiste, jouant de nos illusions et transformant notre réel. Comme Rufin, Alix de saint-André parle de radinerie permanente (p. 267) mais plus sous l'angle du pèlerin qui doit se contenter de peu (Ce qu'elle dit de la pauvreté page 303) que d'une volonté d'être pingre à tout prix. Page 304 elle différencie l'essence du chemin par rapport à des vacances, et c'est assez juste. Page 307 elle associe Yin et Yang au Bouddhisme, je doute beaucoup de la pertinence d'une telle comparaison, le Yin et le Yang, le Taijitu, étant le taoïsme d'origine chinoise et antérieur au bouddhisme, de l'Inde. Mais l'image biblique de brûler le vieil homme en soi est pas mal du tout (page 338). Et voilà, il n'y a plus canicule alors je prends le temps d'exploiter mes quelques notes. Ah oui il y a aussi crédentiale dans ce livre alors que dans plein de sites lié à Compostelle c'est une crédencial. Possible que ce soit un anglicisme, credential étant les éléments pour s'authentifier par exemple. Peu importe. Un livre pas mal pour qui veut s'imprégner de l'esprit du chemin, sous réserver de ne pas prendre ce témoignage pour vérité absolue ou ce qu'il vous adviendrait si vous vous y aventuriez. A nouveau il faut le vivre et non le lire pour en apprécier toute la profondeur et la quintessence.

Tout est écrit dans les sons. Le passé, le présent et le futur de l'homme. Un homme qui ne sait pas entendre ne peut écouter les conseils que la vie nous prodigue à chaque instant. Seul celui qui écoute le bruit du présent peut prendre la décision juste.
Paulo Coelho dans Le pèlerin de Compostelle

Note : AAAAAA