vendredi 12 juillet 2019

Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin

Le sello fane
Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin (Folio, 288 pages, 2014)

Incipit :
Lorsque, comme moi, on ne sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes, et des pèlerins plus ou moins solitaires qui l'entretiennent en y laissant l'empreinte de leurs pas.

Oui, oui, je sais, encore un livre sur Compostelle. Que voulez-vous ... Mais à part un guide, je ne compte plus lire dessus, c'est bon je suis saturé, faut que je vois autre chose. Bon le livre. Tout d'abord un beau titre, avec certainement un clin d’œil à Mortelle randonnée ? Je ne sais. Mais l'idée d'un chemin immortel est assez parlant, quelque chose qui traverse le temps. L'auteur m'a surpris sur plusieurs points, déjà c'est la première fois que je lis que le chemin de Compostelle est propice à la drague (p. 30). Ah. Bon, ok. Et puis l'auteur a des comparaisons peu flatteuse du pèlerin, en premier lieu sujet à la clochardisation (p. 47) ce qui, au regard de clochards véritables vivant dans l'indigence la plus totale (par exemple autour de la cathédrale d'Orléans), est assez indécent. Parce que l'auteur a déféqué dans un parc et ne s'est pas lavé un jour ou deux il estime qu'il y a clochardisation. Trop habitué aux réunions d'ambassadeur sans doute, assez éloigné de personnes vraiment dans le besoin. Il compare aussi les pèlerins à des cafards (p. 50). Un déchet aussi (p. 106). Il compare même, à travers un sous-entendu pour moi sans équivoque, un hospitalero à un kapo ou un nazi (p. 130), en tout cas un gardien de camp de déportation (!), atteignant le point Godwin avec les honneurs, c'en est même stupéfiant. D'un autre côté la population locale (espagnole donc) est comparée à ... des tueurs (p. 137). Il s'agace des personnes prenant des notes (p. 88) alors que, franchement, qu'est-ce que cela peut bien lui faire ? Alors j'apprécie le côté direct, sincère et honnête mais tout de même je trouve que l'auteur manquait de quelque chose. Il y a même de lourdes incohérences, car d'un côté il a un ipad ?! (p. 80) puis dit faire le max pour avoir un sac léger (mochila). Page 141 il prend vraiment son cas pour une généralité et croit énoncer des vérités, des jugements définitifs sur "le" pèlerin. Mais petit à petit, par exemple p. 67 il y a que le connais-toi toi même implique de devenir étranger à ce que l'on était avant, pas mal, même si c'est le miroir du Deviens ce que tu es, et surtout à partir de la page 181 il y a un réel début de prise de conscience, je dirais même de spiritualité, par exemple page 208, le Principe, essentiel, ou encore page 269 le chemin qui réenchante le monde. Mis à part que j'ai trouvé l'auteur un peu plaigneux, cela reste une lecture inspirante et qui m'a offert une vision personnelle, normal pour un témoignage direz-vous, avec des passages assez bien écrit. Bref, je suis plutôt content de cette lecture. L'auteur révèle plus de lui-même que le chemin même, c'est en fait le principe, il le reconnait lui-même. Bref, il faut le faire ce chemin plutôt que lire dessus, c'est la différence entre la connaissance livresque et ce que Dan Millman dans Le guerrier pacifique appelle la réalisation, vivre quelque chose que lire sur ce quelque chose, exactement ce que dit le personnage joué par Robin Williams à Will Hunting joué par Matt Damon, la scène sur le banc. Donc j'arrête les lectures sur le Chemin et pense plutôt à faire un bout de chemin, un jour prochain.


Il vaut mieux marcher sur une tortue réveillée que sur un patin à roulettes endormi.
François Cavanna

L'enfant marche joyeux, sans songer au chemin ; il le croit infini, n'en voyant pas la fin.
Alfred de Musset

Si un homme veut être sûr de son chemin, qu'il ferme les yeux et marche dans l'obscurité.
Saint Jean de la Croix

It's a jungle out there
Disorder and confusion everywhere
No one seems to care
Well I do
Randy Newman


Note : AAAAAA

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