mercredi 24 juillet 2019

Le Nom de la Rose d'Umberto Eco

Rosa, rosae, rosam
Le Nom de la Rose d'Umberto Eco (Grasset, 505 pages, 1985) suivi de Apostille au Nom de la rose page 509 à 544.

Incipit :
 Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.

L'Incipit commence fort, avec le prologue de l'évangile selon Jean. Cela avec les sept jours dans l'abbaye, comme les sept jours de la création dans la Genèse et on comprend dès le départ qu'Umberto Eco instille une structure religieuse empreinte de rituels liturgiques. J'ai pu apprendre la journée type d'un moine et des horaires qui découpe son temps de matines à complies. Il y a longtemps, des années même, que je devais lire ce livre et je retardais. J'avais vu le film de Jean-Jacques Annaud et cela me posait souci de lire un livre une fois l'histoire connue. Je préfère en général avoir lu, si l'ouvrage existe, avant une éventuelle visualisation. Et puis je ne l'avais qu'en poche. Or je l'ai trouvé à la ressourcerie en broché, plus lisible pour mes yeux fatigués (mais pas encore similaires à ceux du vénérable Jorge). Et dès que j'ai commencé j'ai plongé, les aspects méta et de mise en abyme (Par exemple, il s'agirait d'un manuscrit retrouvé, rapporté par plusieurs tiers avant d'en arriver au narrateur de l'histoire, Adso, masques sur lesquels l'auteur revient dans son apostille). Et puis c'est un livre brillant, érudit, à la construction ciselée, à la narration qui m'a envouté complètement. Découpé selon le temps monastique, sur sept jours, un nombre fort qui rappelle la création du monde dans la genèse, avec comme personnage central cette bibliothèque labyrinthe avec divers chausses-trappes, empreinte de mystère et de rapports mathématiques. Le labyrinthe semble connexe et suivre de la main un mur sans jamais le lâcher devrait ramener au point de départ, et l'apostille revient sur la classification des différents labyrinthes. L'Histoire aussi bien que les médiations de Guillaume, ou du narrateur, Adso, sont des enchevêtrements labyrinthiques aussi, ce que confirme l'auteur dans son apostille parlant même de rhizomes. J'aime aussi les enquêtes policières, et il y a des liens forts avec Sherlock Holmes, Le chien des Baskerville, qui donne le nom propre, l'aspect de Guillaume, mais aussi sa démarche déductive, ici bien plus explicitée et crédible. Enquêteur. Démarche de de recherche de la vérité, plus détaillée que chez Conan Doyle, même démarche labyrinthique de la pensée que celle de se déplacer dans l’Édifice. Linéaments de la pensée au service de la vérité, en tout cas de la raison, même si le résultat n'est pas à la hauteur de celle espérée par Guillaume, ultime pied de nez d'Umberto Eco. Les considérations religieuses, spirituelles, métaphysiques,  et philosophique qui parsèment le récit rend cette lecture passionnante, voire éblouissante. Les controverses, ici sur la pauvreté du Christ, rappelleront La controverse de Valladolid (Sur une question très différente, quant à l'humanité des Aztèques) et l'art de se prendre la tête lorsque des considérations éthiques rentrent en conflit avec des considérations de pouvoir et de richesse, les derniers en général finissant par gagner d'une manière ou d'une autre. Le titre est tout un programme qui a surtout évoqué au départ rosa, rasae, rosam, mes premiers pas en latin, en sixième. C'est très très loin tout ça. Cela ne m'a pas dérangé d'être parfois perdue dans les passages latin ou en allemand. L'apostille est aussi passionnante : genèse de l'écriture du roman, humour pince sans rire, réflexions méta sur l'écriture et ses divers courants. Humm, je pense mettre ce livre dans les chefs d’œuvre, en tout cas les miens. J'ai retrouvé l'Umberto Eco sémiologue, celui des signes, des réflexions sur le langage, ses réflexions sur le faux (Un de ses ouvrages) ou encore les limites de l'interprétation (Un de ses ouvrages). Je vais peut-être relire Le pendule de Foucault. J'ai à peine effleuré la densité de cet ouvrage (Le Nom de la Rose, pas le Pendule), lisez-le vous ne le regretterez pas. J'ai aussi l'impression que le traducteur mérite toute notre estime. Hé oui malheureusement je ne lis pas l'italien. Je m'excuse je suis un peu redondant dans l'article et il reste certainement des fautes, mais quand il y a canicule je suis moins alerte ...

Un rêve est une écriture, et maintes écritures ne sont que des rêves 
(p. 444)

Redoute, Adso, les prophètes et ceux qui sont disposés à mourir pour la vérité, car d'ordinaire ils font mourir des multitudes avec eux, parfois à leur place 
(p. 496) 

Gott ist ein lautes Nichts, ihn rührt kein Nun noch Hier
(p. 505)

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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