vendredi 30 août 2019

A corps et acrylique : naissance

Lumière & joie de moi-même (Acrylique, 1 tableau 30x40 cm, 25 août 2019)

Tab n°1 : Lumière et Joie



Oui ce blog privilégie la lecture (.. et autres pensées !! ha ha bien joué non ?). Donc le langage. Et donc le langage visuel ? Des signes visuels ?  Ce que ne dédaignerait pas Umberto Eco ni le groupe Mu. Je disais dans un précédent article que je découvrais de nouvelles choses. Il s'agit de la peinture acrylique. Peindre c'est aussi s'interroger sur l'art et son appréciation, découvrir un nouveau langage et pouvoir parler de choses indicibles, autant que faire se peut. Dépasser la vision binaire j'adore/je déteste et explorer différents états. Il y en a plusieurs, disons quatre. L’état « j’aime j’aime pas » ne se résume pas à cela, c’est un axe, du Wahou épaté, capté, au Oulala je déteste avec toute une palette de nuances entre les deux, y compris cela m’intrigue, il y a quelque chose mais je ne vois pas quoi etc. C’est un état important, nous ne sommes pas des machines mais un amas d’émotions, et le premier regard touche l’âme, c’est un ressenti immédiat, pulsionnel, reptilien. L’autre état est l’état culturel, c’est l’amoncellement de savoirs, sur l’histoire des arts en général, un en particulier, les échanges avec des amis, les lectures de revues, des cours, les visites d’expositions, bref du vécu autour de l’art en général, longue sédimentation de connaissances mélangées à des émotions et de l’intérêt intellectuel, c’est aussi la connaissance intime d’un groupe, d’un auteur, faire partie d’un groupe de fan, et la socialisation qui va avec, bref c’est assez vaste, touffu et complexe, autant l’état « j’aime j’aime pas » est fulgurant que celui de l’état de culture est lié au temps, à la mémoire,, à un mélange longuement décanté. L’autre état que je vois est celui de la technique, le comment de la construction, de l’échafaudage, la structure, la composition, l’agencement, la rythmique, la gestuelle, ce sera le solfège pour la musique mais aussi la structure d’un opéra, ses codes (qui relèvent aussi de la culture et est un reflet de la société), il est même possible d’aimer un air de violon pour sa technicité, sa difficulté à le réaliser, savoir que seul quelques individus en sont capables, même si esthétique est difficulté ne sont pas obligatoirement corrélés (Vaste sujet que je ne développerais pas ici). Il y a peut-être aussi l’état intellectuel, celui qui va analyser, déstructurer et prendre plaisir à ce processus. Il est bien entendu que tous ces états décrits se mélangent dans des proportions variées et mouvantes. Il en résulte lorsqu’on prend le temps devant un tableau d’une vision agrégeant ces différents états. C'est un calcul global et immédiat, un peu comme l'ordinateur quantique. Je ne sais si ce mélange est plus intense qu’un seul de ces états, s’il est plus dense, plus édifiant que si un seul état était "développé", que le premier état par exemple. Je pense intuitivement que oui, que le multi-état enrichit et épaissit notre être. Je pense qu’acquérir de la technique va développer mon état technique et donc un nouvel angle pour apprécier la peinture, ce qui va ainsi nourrir mon état culture et modifier probablement mon état « j’aime j’aime pas » en quelque chose de plus ramifié, bref pratiquer c’est se découvrir, c’est être, c'est se développer, c'est déployer ses ailes. D’où l’intention de peindre un jour, ce qui me trottait dans la tête depuis des années mais rien ne se déclenchait, pas de masse critique, d’autres enjeux plus immédiats à envisager. Mais cet été après des échanges avec un ami, une visite de galerie d’Art (Soulages et Hartung), puis la découverte délicieuse qu’un de mes collègues venait de s’y mettre, et vraisemblablement que le moment était venu après cette fin d’année de travail difficile, de recherches plus intensives de spiritualité, cela s’est déclenché. Je vais même relire Du spirituel dans l’Art et dans la peinture en particulier de Kandinsky, je l'ai commencé il y a deux jours J’ai regardé plusieurs vidéos pour me faire une idée, en particulier le canal youtube d’Anthony Chambaud, son site web et ses conseils en livret, et je potasse quelques ouvrages sur l’Art abstrait, dont « Abstract Painting: The Elements of Visual Language » de Jane Davies, qui fait écho à Arnaud Desjardins, qui rappelle, dans Bienvenue sur la voie que le langage est symbolique et qu’en tant que tel un mot ne recouvre pas exactement une définition, mais qu’il dépend du contexte, de l’idée que s’en fait le locuteur, etc. Idem pour le langage visuel. Et les éléments abstraits aussi bien que figuratifs sont les briques d’un langage comme les éléments d’une équation que manipule le mathématicien, il n’est donc guère étonnant que Cédric Villani dans son livre Théorème vivant s’ébahissent devant la beauté d’une formule. Je n’ai pas trop envie de faire du figuratif, de faire une chien, une tasse ou un paysage. D’une certaine manière je sais déjà le résultat à peu de chose près. Je ne trouve pas cela excitant. Cela ne laisse pas de part à l'instinct, à la découverte, c'est purement esthétique d'un certain point de vue. Pas assez de liberté selon moi. J’ai beaucoup d’affinités avec Anthony Chambaud, qui m’a, de surcroît, fourni deux éléments déclencheurs lors de la réalisation d’une peinture abstraite : lâcher-prise et libérer ses pulsions. Cela me parle grave. C’est un peu Rorschach à l’envers. On produit la tâche d’encre qui nous révèle plutôt que d’interpréter celle d’un autre. Produire la tâche d’encre est se révéler à soi-même, c’est essentiellement un travail sur soi, de soi, peut-être même en partie pour soi dans une boucle rétro-active. Certaines peintures laisseront libre, ouvert à la sérendipité, à la contingence, d’autres seront réfléchies à l’avance mais ne proviendront ni l’une ni l’autre totalement d’un chaos aléatoire, il y a un germe au départ. Ce n’est pas du bruit que l’on produit mais une symphonie. Une symphonie très personnelle, qui pourrait entrer en  résonance chez certains. Il y aussi une part spirituelle et d’art thérapie, deux éléments qui signifient quelque chose pour moi, que je ne vais pas développer ici. Sur youtube on trouve de quoi faire des peintures « automatiques », notamment avec le technique du pouring, mais même si le résultat est assez bluffant cet aspect « automatique » ne m’attire guère. Il faut bien commencer un jour, j’ai voulu faire simple et compliqué et, comme le dit Anthony Chambaud, il faut savoir s’arrêter à temps, ne pas charger la toile. Il est recommandé de travailler au début sur du 20x20, mais j’ai l’impression qu’il s’agit d’un timbre-poste, j’ai besoin d’un peu d’espace, j’ai opté pour le 30x40. Son petit nom est « Lumière & Joie ». J’avais d’abord pensé à des titres un peu barré comme « Décomposition asthmatique hydrofuge» ou «  Naissance eschatologique astringente» dans l’esprit de mes photos mais au final je suis toujours subjugué en lisant Trinh Xuan Thuan de voir et comprendre comment la lumière nourrit aussi bien son métier d’astrophysicien qu’elle est source de vie par notre étoile, et qu’elle nous permet en plus de remonter le temps, qu'enfin, sans être exhaustif, que c’est une des quinze constantes de notre Univers. C’est aussi le Fiat Lux de la Genèse, le big bang des scientifiques, signe annonciateur de notre accouchement cosmique, l'un des raisons de cette giclée de rouge sur la toile. Joie car cette première peinture a été une intense source de joie justement, de sérénité aussi, avec l’usage de couleurs primaires, primales, me connectant peut-être aux joies ressenties par mes frères et sœurs de la grotte de Lascaux il y a 18 000 ans bien après du Grand Bond en avant (Voir Le labyrinthe des os) mais tout de même à mon échelle cela me connecte à eux, à mon passé paléolithique. N’avons-nous pas quelques gènes de Neandertal ? Et cela m’a permis de découvrir qu’une autre amie, Véronique, faisait depuis des années de l’art plastique. Il n’y a pas de hasard, qu’une suite infini de coïncidences signifiantes qu’il nous suffit de lire. Et puis il m’arrive de côtoyer Hervé Gouzerh et la prochaine fois que je le croise, je devrais pouvoir lui poser quelques questions plus abouties, plus abouties que celles ne dépassant guère l’état « j’aime j’aime pas » justement. Je me retrouve à un carrefour où différents chemins, spiritualité, écriture, lectures, etc se retrouvent, me sentant de plus en plus complet d’une certaine manière.

Est beau ce qui procède d’une nécessité intérieure de l’âme. Est beau ce qui est beau intérieurement.

L’artiste est la main qui par l’usage convenable de telle ou telle touche met l’âme humaine en vibration.

Créer une œuvre, c’est créer un monde.

Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement.

Wassily Kandinsky

jeudi 29 août 2019

La passe-miroir livre 2 : Les disparus du Clairedelune de Christelle Dabos

Tchou tchou au 9 3/4
La passe-miroir livre 2 : Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos (Gallimard jeunesse, 704 pages, 2018)

Incipit :
Ophélie était aveuglée. Dès qu'elle risquait un regard par dessous son ombrelle, le soleil l'assaillait de toute part : il tombait en trombe du ciel, rebondissait sur la promenade en bois verni, faisait pétiller la mer entière et illuminait les bijoux de chaque courtisan.


Fin du suspense lié au cliffhanger de la fin du premier tome, puis un début relativement tranquille mais après le suspens repart de plus belle, devient diablement tangible, l’histoire se densifie, s'intensifie, se mystérifie, l’univers imaginé par l’auteur se complexifie avec grâce. Jeu des apparences, du savoir paraître, des hypocrisies. Jeu de pouvoir, intrigues aux ramifications retorses. Des personnages qui évoluent et offrent des aspects nouveaux, en particulier Thorne, d'une beauté tragique. Ophélie est malmenée, se trouve au milieu d'un maelström, mais elle s’affranchit de son chaperon, de sa mère, de son « conjoint », de la pression sociale, du pouvoir de l’esprit de famille, de Dieu, pour être in fine elle-même. C’est une anarchiste au sens politique (pas au sens dénaturé et commun de c'est le bordel), ni Dieu ni Maître, qui prend ses propres décisions, qui se libère, le tout avec bienveillance et compassion, une anarchiste bouddhiste en somme, qui est attentive aux autres et à elle-même, et qui cherche à être cohérente, congruente pourrait-on dire, son pouvoir de passe-miroir lui sert d’avertissement, elle se doit d'être transparente à elle-même pour se dépasser, belle image liée à son pouvoir de Passe-miroir, mûrir, c''est-à-dire non d'avoir à trouver un sens mais de donner un sens à sa vie. Comme Harry Potter l’héroïne fait preuve de courage, d'indépendance, de maturité, suivant en cela tous les bons codes des contes pour nous faire grandir en même temps qu'elle, pour un monde qu'elle veut meilleur, sans sacrifier aux siens et trouvant toujours du bien dans les autres. L'histoire développe également une belle parabole sur le libre-arbitre. Un livre majestueux qui confirme la trajectoire asymptotique débutée dans le premier volume et tend vers l'excellence. Le jeu des illusions en strates apparences sociale / apparences sensorielles /  apparences mentales roucoule aussi bien dans la grotte de Platon que sur les plates-bandes de Matrix ou les méandres syncopées de Dune, mais surtout joue la symphonie poétique d'un hymne à la liberté.

L'homme est une marionnette conscience qui a l'illusion de la liberté
Félix Le Dantec

Note : AAAAAAAAA cosinus (Alpha)
 

dimanche 25 août 2019

Le Prophète de Khalil Gibran

Faux mage ou désert ?
Le Prophète de Khalil Gibran (Albin Michel, Spiritualités vivantes, 143 pages, 1990)

Incipit :
AL MUSTAPHA, l'élu et l'aimé, qui était l'ombre de son propre jour, avait attendu douze ans durant dans la ville d'Orphalese son bateau qui devait revenir et le ramener à l'île de sa naissance.
Un livre onirique, conte spirituel qui m'a rappelé certains passage poétique d'Ainsi parlait Zarathoustra. J'ai pris mon temps pour le lire, je suis même parfois resté quelques minutes sur quelques lignes (Oui je vire mystique, bientôt je vais léviter, j'économiserais en frais de transport). Il résume souvent en peu de mots des vérités fondamentales. Notre existence ? C'est la vie en quête de vie dans des corps qui craignent la tombe (p. 132). Pas mal non ? Ce livre est émaillé de perles de ce genre sur les sujets qui nous concernent tous, la vie, la mort, l'amour, la quête de sens. Je ne peux que recommander sa lecture. Encore un livre acheté à la Ressourcerie de Tavers (Les ateliers ligériens de leur doux nom d'artiste) Décidément il y a pas mal de découvertes récentes faite comme cela, par hasard de surcroît. Cela n'est-il pas éminemment plaisant ?  C'est un ouvrage assez court, pétri de sagesse, d'un ton de prophète comme le suggère le titre éponyme, avec une fin cyclique, sous forme de renaissance, qui résonne avec mes études sur le bouddhisme : Un court instant, un moment de repos sur le vent, et une autre femme me portera. Whaou c'est magnifique, non ? Ou alors je suis trop sensible en ce moment. Je ne cours pas vraiment après le temps mais je rejoue au Go, et j'ai un nouveau hobby, j'en parlerais peut-être une autre fois. Difficile donc de tout caser et cela peut expliquer la petite baisse de lecture, oui je vais tout de même pas lire plus vite (!?) pour autant ! Rien de grave cependant je me soigne. Et comme disait Gandhi lors d'une journée chargée à venir, au lieu de méditer une heure il méditait deux heures. Hummm. Pas bête.

Créer, voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère.
Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra
 
Deviens ce que tu es ; fais ce que toi seul peut faire.
Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra

Dans tout homme véritable se cache un enfant, un enfant qui veut jouer.
Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra

Note : AAAAAAAA

samedi 24 août 2019

La passe-miroir livre 1 : Les fiancés de l'hiver de Christelle Dabos

Lait fiant, c'est deux lits verts
La passe-miroir livre 1 : Les fiancés de l'hiver de Christelle Dabos (Gallimard jeunesse, 570 pages, 2016)

Incipit :
L'archiviste
 On dit souvent des vieilles demeures qu'elles ont une âme.

Autant dire que j'ai bien accroché, il ne m'a pas fallu de nombreuses pages pour vouloir en savoir plus. Imaginatif, sensible, je me suis vite attaché à Ophélie et son avenir. On découvre petit à petit l'univers assez original avec régulièrement des petites surprises. Rien de forcé c'est naturel, et au final on se prend au jeu de voir naviguer à vue mais surtout voir évoluer Ophélie, sa relation avec le mystérieux Thorn, son futur mari, et sa destinée sans pareil dans un monde curieux, dangereux. Il y a de la tension, du suspens, les intrigues de palais étant bien rendues avec des personnages secondaires mystérieux et létaux à souhait. C'est de la littérature jeunesse de qualité, une héroïne dont il me tarde de découvrir la suite des aventures (Oui car ma fille était récemment absente et partie avec le volume 2 alors qu'elle l'a déjà lu !!! Tsss tsss elle s'embête pas). L'auteur se paye le luxe de passer en filigrane une critique sociale et religieuse, qui peut se résumer à l'abus de pouvoir, la lutte des classes, les manipulations dans un monde d'illusions,  de paraître, mais surtout de ce qu'est la liberté au final, est-ce se soumettre pour "en être" et n'être au final que des marionnettes, ou se différencier, être soi, être vrai et se réaliser pleinement ? Celui qui a le pouvoir est-il un marionnettiste ou vit-il dans un monde d'illusions agencées pour lui complaire, et finalement être esclave ? Bon on peut se poser plein d'autres questions.  En fait le destin d'Ophélie tourne autour de thématiques plus profondes qu'on pourrait le croire au premier abord. C'est peut-être pour cette raison que cette série est appréciée et a du succès. Bon j'ai un peu tardé à rédiger cet article et depuis j'ai bien entamé le deuxième tome ... je lis même tard. Est-ce bien raisonnable ? De plus j'ai mis de côté mes autres lectures en cours (Tristes tropiques, Le livre de la vie et de la mort tibétain, Le prophète, Chaos et harmonie) forcément à un moment donné je vais les finir dans une période de temps courte et cela va donner l'illusion que je lis des gros pavés en quelques jours. Ha ha ha. Bon et puis j'ai une nouvelle passion (Encore une ? Oui papa. Tu te disperses. Oui papa. Touche à tout touche à rien. Oui papa. Bon papa, j'ai 78 ans je fais ce que je veux), si cela donne des choses à peu près potables j'en reparlerais ici, cela me servira même d'illustration. Sinon vous n'en saurez jamais rien. Frustrés ? Hé oui on fait pas ce qu'on veut dans la vie (Oui c'est pas cohérent avec ce que j'ai dit plus haut, que voulez vous la vie n'est qu'incohérence qu'on recouvre d'une fine couche de logique et de rationnel, pour faire beau dans les salons).

Tout pouvoir qui n'est pas personnel n'existe pas.
 Grégoire Lacroix

Moins on a de pouvoir, plus on aime à en user.
John Petit-Senn

Note : AAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 11 août 2019

Le Mythe du péché originel de Daniel Béresniak

Cela va encore être pour ma pomme
Le Mythe du péché originel de Daniel Béresniak (Âge du Verseau/édition du rocher, 154 pages, 1997)


Incipit :
Le mythe du péché originel dépasse largement le clivage croyant/non-croyant. Il s'inscrit dans une représentation universelle des origines : un état parfait, celui du commencement, est remis en cause par un accident et la finalité de l'histoire serait le rétablissement du paradis perdu.

Encore un ouvrage acheté à la ressourcerie, je me rappelle l'avoir pioché avec un autre gros ouvrage (Histoire générale de Dieu de Gérald Messadié). Oui je continue d'explorer. Alors en fait je pensais que le mythe en question serait traité comme de la mythologie, voire un peu d'histoire. Mais c'est ici un peu plus connoté imposture, tromperie. Cela part également d'un étonnement : la méconnaissance des textes fondateurs, de la part des croyants notamment, la soumission envers ceux qui savent ou qui vous disent quoi penser, assaisonné d'un déni envers une interprétation plus juste, de celle qui s'appuierait sur les textes les plus d'origine, ou en tout cas lu avec un esprit critique, sans surinterprétation etc. Et en fait les textes, d'origine hébraïque en particulier, sont peu lu, on garde pour acquis les textes traduits, même mal, voire les traductions de l'hébreu vers le grec puis vers le latin puis vers le français ..., avec leurs défauts, leurs petits et grands arrangements, bref ce qui renforce le statuquo, la soi-disant Tradition (!?), le patriarcat ou les jeux de pouvoir en place. S'ensuit une déconstruction de la genèse, s'appuyant sur des traductions plus littérales comme la Bible Chouraqui.  C'est un peu ce que disait la conférence d'Armand Abécassis que j'avais pu voir en ligne. Béresniak insiste sur les contradictions, les mauvaises interprétations dues à des traductions erronées comme celles décrites dans un thriller grand public, L'Ultime secret du Christ. L'auteur rappelle qu'il n'y pas pas forcément volonté de nuire ou d'induire en erreur mais aussi qu'il y a du conformisme, de la libre interprétation (en vigueur à l'époque, la traduction, au sens moderne, est très récente) imprégné des idéaux de la société, du zeitgeist. Et que selon les moments les penseurs, y compris Saint-Augustin, étaient aussi interprété selon le crédo de l’Église. Il rappelle la traduction erronée qui a menée à la Virginité de Marie, le serpent "rusé" au lieu du serpent "nu", au point que certaines recommandations à l'usage des filles, encore au XIXème siècle, leur rappelaient, entre autre, que la curiosité était un vilain défaut. Et ce qui frappe l'auteur c'est le déni des croyants eux-mêmes, certains ne connaissant tout simplement pas la bible, d'autres se satisfaisant de traductions éloignée des textes fondateurs, ou de ce qu'on leur en a dit, finalement confortant peut-être leur vision du monde, sans se poser de question plus avant, la défaite de la pensée. La facilité en somme. L'auteur rappelle les mythes anciens qui ont été repris et ont coloré la Bible, comme le déluge des mythes sumériens. A ma grande surprise, il revisite les rites d’Éleusis, que je ne connaissais pas, le pythagorisme/orphisme etc. au point que je me demandais où il voulait en venir, pour s'insurger contre le prêt-à-penser/prêt-à-porter, ce qui donne à la fois de l'énergie au texte, un aspect militant pour une libre pensée, et un souci de véracité et de cohérence, bref c'est génial. Il montre comment le mythe du péché originel a servi le pouvoir en place, y compris celui de l'église, qu'il est antérieur en esprit, par sa spécificité à la culpabilité, au Christianisme, ce dernier l'ayant repris à son compte. Il relie aussi comment la violence peut découler d'interprétation non pas erronée mais prise au pied de la lettre, ouvrant vers une tolérance de bon aloi, un peu cliché tout de même, mais tout à fait salvateur. Ce livre est bien plus que ces brèves remarques, et après avoir lu Bienvenue sur la voie, j'y ai retrouvé un esprit similaire, la quête de sens, sans fin. Humm j'aime bien cet auteur, il est clair, argumenté, touche à des sujets qui m'intéressent fort, a un esprit ouvert, constructif, il me plait bien ce gars là, comme Arnaud Desjardins en fait.



L'hérétique n'est pas celui que le bûcher brûle, mais celui qui l'allume.
Francis Bacon

Le siècle est fou. Fou de lâchetés, de démissions, de mensonges, d'impostures et de laideur, et ce qu'on appelle "crise de civilisation" n'est en vérité que le refus apeuré de toute hauteur.
Jean Cau

La crédulité se forge plus de miracles que l'imposture ne peut en inventer.
Joseph Joubert
 


Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAA