jeudi 29 août 2019

La passe-miroir livre 2 : Les disparus du Clairedelune de Christelle Dabos

Tchou tchou au 9 3/4
La passe-miroir livre 2 : Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos (Gallimard jeunesse, 704 pages, 2018)

Incipit :
Ophélie était aveuglée. Dès qu'elle risquait un regard par dessous son ombrelle, le soleil l'assaillait de toute part : il tombait en trombe du ciel, rebondissait sur la promenade en bois verni, faisait pétiller la mer entière et illuminait les bijoux de chaque courtisan.


Fin du suspense lié au cliffhanger de la fin du premier tome, puis un début relativement tranquille mais après le suspens repart de plus belle, devient diablement tangible, l’histoire se densifie, s'intensifie, se mystérifie, l’univers imaginé par l’auteur se complexifie avec grâce. Jeu des apparences, du savoir paraître, des hypocrisies. Jeu de pouvoir, intrigues aux ramifications retorses. Des personnages qui évoluent et offrent des aspects nouveaux, en particulier Thorne, d'une beauté tragique. Ophélie est malmenée, se trouve au milieu d'un maelström, mais elle s’affranchit de son chaperon, de sa mère, de son « conjoint », de la pression sociale, du pouvoir de l’esprit de famille, de Dieu, pour être in fine elle-même. C’est une anarchiste au sens politique (pas au sens dénaturé et commun de c'est le bordel), ni Dieu ni Maître, qui prend ses propres décisions, qui se libère, le tout avec bienveillance et compassion, une anarchiste bouddhiste en somme, qui est attentive aux autres et à elle-même, et qui cherche à être cohérente, congruente pourrait-on dire, son pouvoir de passe-miroir lui sert d’avertissement, elle se doit d'être transparente à elle-même pour se dépasser, belle image liée à son pouvoir de Passe-miroir, mûrir, c''est-à-dire non d'avoir à trouver un sens mais de donner un sens à sa vie. Comme Harry Potter l’héroïne fait preuve de courage, d'indépendance, de maturité, suivant en cela tous les bons codes des contes pour nous faire grandir en même temps qu'elle, pour un monde qu'elle veut meilleur, sans sacrifier aux siens et trouvant toujours du bien dans les autres. L'histoire développe également une belle parabole sur le libre-arbitre. Un livre majestueux qui confirme la trajectoire asymptotique débutée dans le premier volume et tend vers l'excellence. Le jeu des illusions en strates apparences sociale / apparences sensorielles /  apparences mentales roucoule aussi bien dans la grotte de Platon que sur les plates-bandes de Matrix ou les méandres syncopées de Dune, mais surtout joue la symphonie poétique d'un hymne à la liberté.

L'homme est une marionnette conscience qui a l'illusion de la liberté
Félix Le Dantec

Note : AAAAAAAAA cosinus (Alpha)
 

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