dimanche 11 août 2019

Le Mythe du péché originel de Daniel Béresniak

Cela va encore être pour ma pomme
Le Mythe du péché originel de Daniel Béresniak (Âge du Verseau/édition du rocher, 154 pages, 1997)


Incipit :
Le mythe du péché originel dépasse largement le clivage croyant/non-croyant. Il s'inscrit dans une représentation universelle des origines : un état parfait, celui du commencement, est remis en cause par un accident et la finalité de l'histoire serait le rétablissement du paradis perdu.

Encore un ouvrage acheté à la ressourcerie, je me rappelle l'avoir pioché avec un autre gros ouvrage (Histoire générale de Dieu de Gérald Messadié). Oui je continue d'explorer. Alors en fait je pensais que le mythe en question serait traité comme de la mythologie, voire un peu d'histoire. Mais c'est ici un peu plus connoté imposture, tromperie. Cela part également d'un étonnement : la méconnaissance des textes fondateurs, de la part des croyants notamment, la soumission envers ceux qui savent ou qui vous disent quoi penser, assaisonné d'un déni envers une interprétation plus juste, de celle qui s'appuierait sur les textes les plus d'origine, ou en tout cas lu avec un esprit critique, sans surinterprétation etc. Et en fait les textes, d'origine hébraïque en particulier, sont peu lu, on garde pour acquis les textes traduits, même mal, voire les traductions de l'hébreu vers le grec puis vers le latin puis vers le français ..., avec leurs défauts, leurs petits et grands arrangements, bref ce qui renforce le statuquo, la soi-disant Tradition (!?), le patriarcat ou les jeux de pouvoir en place. S'ensuit une déconstruction de la genèse, s'appuyant sur des traductions plus littérales comme la Bible Chouraqui.  C'est un peu ce que disait la conférence d'Armand Abécassis que j'avais pu voir en ligne. Béresniak insiste sur les contradictions, les mauvaises interprétations dues à des traductions erronées comme celles décrites dans un thriller grand public, L'Ultime secret du Christ. L'auteur rappelle qu'il n'y pas pas forcément volonté de nuire ou d'induire en erreur mais aussi qu'il y a du conformisme, de la libre interprétation (en vigueur à l'époque, la traduction, au sens moderne, est très récente) imprégné des idéaux de la société, du zeitgeist. Et que selon les moments les penseurs, y compris Saint-Augustin, étaient aussi interprété selon le crédo de l’Église. Il rappelle la traduction erronée qui a menée à la Virginité de Marie, le serpent "rusé" au lieu du serpent "nu", au point que certaines recommandations à l'usage des filles, encore au XIXème siècle, leur rappelaient, entre autre, que la curiosité était un vilain défaut. Et ce qui frappe l'auteur c'est le déni des croyants eux-mêmes, certains ne connaissant tout simplement pas la bible, d'autres se satisfaisant de traductions éloignée des textes fondateurs, ou de ce qu'on leur en a dit, finalement confortant peut-être leur vision du monde, sans se poser de question plus avant, la défaite de la pensée. La facilité en somme. L'auteur rappelle les mythes anciens qui ont été repris et ont coloré la Bible, comme le déluge des mythes sumériens. A ma grande surprise, il revisite les rites d’Éleusis, que je ne connaissais pas, le pythagorisme/orphisme etc. au point que je me demandais où il voulait en venir, pour s'insurger contre le prêt-à-penser/prêt-à-porter, ce qui donne à la fois de l'énergie au texte, un aspect militant pour une libre pensée, et un souci de véracité et de cohérence, bref c'est génial. Il montre comment le mythe du péché originel a servi le pouvoir en place, y compris celui de l'église, qu'il est antérieur en esprit, par sa spécificité à la culpabilité, au Christianisme, ce dernier l'ayant repris à son compte. Il relie aussi comment la violence peut découler d'interprétation non pas erronée mais prise au pied de la lettre, ouvrant vers une tolérance de bon aloi, un peu cliché tout de même, mais tout à fait salvateur. Ce livre est bien plus que ces brèves remarques, et après avoir lu Bienvenue sur la voie, j'y ai retrouvé un esprit similaire, la quête de sens, sans fin. Humm j'aime bien cet auteur, il est clair, argumenté, touche à des sujets qui m'intéressent fort, a un esprit ouvert, constructif, il me plait bien ce gars là, comme Arnaud Desjardins en fait.



L'hérétique n'est pas celui que le bûcher brûle, mais celui qui l'allume.
Francis Bacon

Le siècle est fou. Fou de lâchetés, de démissions, de mensonges, d'impostures et de laideur, et ce qu'on appelle "crise de civilisation" n'est en vérité que le refus apeuré de toute hauteur.
Jean Cau

La crédulité se forge plus de miracles que l'imposture ne peut en inventer.
Joseph Joubert
 


Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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