lundi 30 septembre 2019

Semiotics A graphic Guide by Paul Cobley & Litza Jansz

This is not a pipe, nor a wolf
-> Introducing SeMiotics A Graphic Guide by Paul Cobley & Litza Jansz (Icon Books Ltd, 176 pages, 2012)

Incipit étendu :
If you go to the right cocktail parties, or hang around the foyers of the right cinemas, or read the right Sunday colour supplements, or watch the right late night arts programmes on TV, then you will know that "semiotics" is a valuable buzzword.


Déjà j'aime bien apprendre en m'amusant. Et la présentation bande-dessinée me rappelle, il y a fort longtemps, ce même type d'ouvrage à la bibliothèque d'Amiens. La raison est que j'ai une approche visuelle, j'aime les schémas, les synoptiques, l'architecture, les graffitis ... heu pardon je m'égare. Bon là cela parle de signes, forcément on s'attend à voir plein de dessins, en plus la couverture rappelle Magritte, un de mes peintres fétiches.C'est ludique donc.  Bref, cela fait sens avec d'autres lectures comme Le nom de la Rose, ou encore Le Signe d'Umberto Eco, et plus globalement mes lectures sur la linguistique et le langage. Mais aussi ma lecture presque terminée de Roland Barthes (par Roland Barthes, autoréférentiel à souhait). Sans parler du MOOC sur l'Art Contemporain dont les vidéos sont disponibles ici, 59 vidéos sur l'Art après la métaphysique par John David Ebert. Et, cela va de soi, avec les peintures que je réalise. Ce livre n'est pas qu'une introduction, c'est culturel, historique, référencé et ne manque pas d'humour. Les aspects postmodernes m'amusent beaucoup, il y a un peu d'onanisme intellectuel je trouve, mais bon ce n'est que mon avis partiel et partial. Ce livre donne le vocabulaire de base, quelques aspects historiques, les personnages clés (Saussure, Pierce, Jakobson etc.), les concepts, et propose une réflexion sur la sémiotique (à distinguer de la sémiologie mais bon franchement ...). L'annexe qui indique des lectures pour approfondir m'a fait rêver. Mais voilà, dépenses minimums donc je vais devoir lire mes 7845 livres en retard qui s'empilent autour du lit, c'est ma femme qui va être contente. Bon j'ai la flemme ce soir, je suis crevé. Alors pas d'insert d'une de mes peintures et pas de citation. Faudra chercher vous-même. Non, ne me remerciez pas.

Note : AAAAAAA

samedi 21 septembre 2019

La clé USB de Jean-Philippe Toussaint

Travail à la mine
La clé USB de Jean-Philippe Toussaint (Les Éditions de Minuit, 191 pages, 2019)

Incipit :
Un blanc, oui. Lorsque j'y repense, cela a commencé par un blanc. A l'automne, il y a eu un blanc de quarante-huit heures dans mon emploi du temps, entre mon départ de Roissy le 14 décembre en début d'après-midi et mon arrivée à Narita le 16 décembre à 17h15.

Un roman à l'ambiance d'espionnage. C'est bien écrit, l'ambiance est très bien rendue (suspense, sentiment d'oppression, de surveillance généralisée) et les thématiques bien exploitées : traces numériques, confiance numérique, grandes quantités de données qui se promènent sur de simples objets, le téléphone comme fil à la patte, à la fois médiateur pour se connecter au réseau "virtuel" et outil de pistage. Jeux des apparences, qu'elles soient économiques, éthiques, sociales ou techniques. L'incipit fait état de cette opposition apparente, entre la précision chirurgicale de l'horodatage de l'espace-temps borné de son absence et en contrepoint le "blanc" où il laissait le moins de traces possibles. Entre vide et plein. Ce plein de données qui est le big data, denrées rares parfois, où le mineur de Zola se transforme en mineur de crypto-monnaie, cette dernière garantie par des livres de comptes chiffrés (blockchain), où on passe à côté de l'essentiel, vivre. Quelques erreurs factuelles comme page 74 sur les adresses IP. L'auteur clairement a simplifié grandement la réalité. Non les ordinateurs n'ont pas une adresse ip fixe. De surcroît elles ne sont pas toutes accessibles, il y a les plans d'adressage privé et public. Les premiers sont inaccessibles par essence, mais il y a des techniques de contournement plus ou moins complexes. Mais cela n'enlève rien au roman et ce n'est pas gênant finalement. C'est suite à un Masque et la plume que j'ai été amené à lire ce livre, et surtout que j'avais eu l'impression que la fin réservait une surprise. Je devais être particulièrement bouché ou alors dans une expectative excessive car la fin, m'enfin, m'a laissé sur ma faim. Je dirais même qu'une déception notable a envahi mes synapses. Je suis passé à côté de quelque chose ...  comme le héro du livre finalement. Mais je m'attendais tellement à quelque chose que ce quelque chose m'a semblé futile et désappointé je fus. Certes c'est bien fait mais au final j'aurais pu me passer de cette lecture. Bon ok la fin m'a fortement déçu. C'est plat alors que tout l'ouvrage faisait monter un suspense assez dense. Il y a bien une chute à la fin de l'ouvrage, la chute de mon intérêt. D'un autre côté cela correspondait au moment où la lecture se terminait. Mais en même temps j'aime bien que perdure quelque chose au delà, une fois avoir clos un livre. Raté. J'ai commencé Le continent de la douceur d'Aurélien Bellanger pour me réconforter (Et ça marche, pour l'instant). J'aime beaucoup cet auteur même si je n'ai lu que ses deux premiers romans (La théorie de l'information, lu avant le commencement de ce blog et L'aménagement du territoire). Faudra que je lise son Grand Paris.
Tab n°15 : Transmutation I

 Voici un autre tableau, Transmutation I. Initialement Transmutation, mais comme depuis j'en ai fait un autre ... Aux couteaux. Mais sans les lancer. Les couleurs, en séchant, sont moins vives et c'est bien dommage. Le bleu en particulier s'est fortement assombri. Il va me falloir expérimenter un peu plus. Acrylique, 30x40 cm, peinture Abstract de Sennelier. Cela peut faire penser au feu primordial du Big Bang ou à celui des alchimistes dans leur Athanor. Ils voulaient transmuter le plomb en or, ce que les physiciens dans leur athanor géant, les accélérateurs de particules, ont pu faire (Mais cela coûte un bras). N'était-ce pas d'une intuition tout bonnement incroyable ? En tout cas peindre me semble être un dialogue avec moi-même et me rapproche des artistes (les vrais) car je me pose dorénavant des questions que je ne me posais pas et j'apprécie aussi mieux leur travail maintenant que je perçoit certaines difficultés. J'expose à Beaubourg en fin d'année, vous êtes invités. Naaaan je déconne ! J'ai laissé la place à Christian Boltanski. Je pense que vous êtes gagnant. De rien.

La science du beau est une drôlerie inventée par les philosophes pour la plus grande hilarité des artistes
Émile Zola

Note : AAAA

dimanche 15 septembre 2019

Le paradigme de l'art contemporain de Nathalie Heinich

Les paradigmes artificiels
Le paradigme de l'art contemporain. Structure d'une révolution artistique par Nathalie Heinich (Gallimard NRF, 369 pages, 2014)

Incipit :
«Quand as-tu fait creuser ta tombe dans l'espace du Consortium ? Longtemps après le cheval suspendu ?», demande Catherine Grenier, conservatrice et directrice adjointe du Musée national d'art moderne, à l'artiste Maurizio Cattelan, dans le livre d'entretiens qu'elle a réalisé avec lui : quelque chose, décidément, a changé au royaume de l'art.

Le monde de  l'art contemporain, pensé par une sociologue. On entre avec elle dans les coulisses du monde, plutôt fermé, de l'art contemporain, on suit les différents axes développés sur celui-ci, que ce soit l'analyse de sa structure, de son discours, de sa démarche, de son modèle économique et juridique.  C'est suite à l'écoute d'un podcast de France Culture (L'Art contemporain n'est-il qu'un discours ?, La Grande Table, 12 mars 2014)  que j'ai été amené à lire ce livre. Dans cet essai sociologique l'auteur prévient de sa tentative de neutralité, plutôt réussie ("jugement d'observateur" page 17) sur des jugements qui pourraient être de valeurs personnelles et forcément subjectifs, idéologiquement orientés, et cela aura nui au propos. Ce qui est bien vu car cet ouvrage offre ainsi les clés pour comprendre ce monde à part avec le moins de préjugés possible. L'auteur fait un postulat : à l'instar de la révolution scientifique (d'après l'ouvrage La structure des révolutions scientifiques de Kuhn, utilisé comme sous-titre) nous avons affaire avec l'art contemporain à une révolution, et donc un changement de paradigme. Et l'ensemble de l'ouvrage est une analyse en profondeur de ce nouveau paradigme, sous de multiples facettes : critères d'évaluation, positionnement dans le champ culturelle et sociétal, nouveaux défis (Problèmes du stockage, de la restauration d’œuvres éphémères, les contrats de location pour des œuvres immatérielles, le système d'assurance pour des œuvres qui peuvent être soumises aux contraintes juridiques liées à des immeubles, la pérennité des œuvres, les droits d'auteurs associés etc.), c'est très complet, très étendu et j'imaginais mal à quel point cela avait des ramifications dans pleins de domaines qu'on n'associe pas d'emblée à l'art. On comprend entre autre que l'art contemporain c'est l'exploration des limites sous tout ses aspects, renforcé par des contraintes comme l'originalité à tout prix. La structuration des jeux de pouvoir a notamment évolué depuis l'art moderne. Les aspects d'entre soi, du monde de l'argent, des affaires, du luxe, de la mode sont bien synthétisé et modélisés. Au point que cela devient une valeur d'investissement pour les edge-funds garantissant des retour sur investissements substantiels. Un livre foisonnant et éclairant pouvant servir de base pour un échange voire un débat apaisé et constructif sur un sujet assez clivant. Il est surprenant de constater qu'une carrière d'artiste dans ce domaine se détermine assez tôt dès les études des Beaux-Arts où savoir se vendre, se placer, devient une composante de plus en plus prégnante. Cet essai abonde dans le sens d'Annie Lebrun (Ce qui n'a pas de prix), vertement critiquée par Nicolas Bourriaud (Dans le magazine Beaux Arts de septembre 2019 page 42) mais ce dernier le fait de manière un peu courte, simpliste et faiblarde. Un commentaire de lecteur du livre d'Annie Lebrun sur Amazon.fr est bien plus riche que cet article de la revue Beaux Arts, un comble. C'est limite de la "défense de classe", ce qui est assez cocasse. Et cette réaction confirme, d'une certaine manière, comme exemple supplémentaire s'il en fallait, ce qui est analysé dans ce livre de Nathalie Heinich. En lisant ce livre m'est revenu à l'esprit Les précieuses ridicules et Le Tartuffe de Molière. Je ne saurais dire pourquoi. Il y a aussi cet artiste qui voulait son œuvre immatérielle et cela incluait également le règkement. Pas de récépissé, pas de facture non plus, ce qui peut poser des soucis légaux. Bizarrement le paiement devait être en liquide. Donc des billets. Ce qui n'est guère immatériel. Un virement aurait été plus approprié, qu'en pensez vous ?. A nouveau m'est revenu en tête Le Tartuffe de Molière. Bizarre, non ? Mais l'exploration des limites n'exclue pas celle de la bêtise. Dans l'art contemporain, je dirais même au contraire, tant le vulgaire, le kitsch, l'appât du gain, sont pour certains d'entre eux, comme Jeff Koons, revendiqués et assumés. Ils se nourrissent même des critiques. C'est de la pub gratuite, et n'entame en rien leur cote.

Tab n° 11 : Abstract Ego

Un livre donc très intéressant, éclairant, avec nombre de propos pertinents, très illustrés d’anecdotes, mais vous n'y trouverais pas de reproductions d’œuvres, ce qui n'est pas grave à l'heure d'internet mais surtout parce que l'art contemporain n'est pas bien représenté par une photo et qu'il est en grande partie un discours, l'objet et même l'installation n'étant plus l'intérêt principal, ce qui est parfaitement démontré ici, et qui peut particulièrement surprendre. J'en profite pour insérer ici mon onzième tableau, à l'acrylique, 30x40cm, sur toile. Dans la thématique des color fields chère à Rothko, mais à part la thématique générale je me suis laissé aller pour le reste, choix des coloris, des glacis, et de quelques détails. C'est une peinture plus vive que si j'avais utilisé la marque Amsterdam. Là c'est la  marque Abstract de chez Sennelier, peinture fine, plus pigmentée. Le tableau rend beaucoup mieux dans le salon que sur photo. Comme quoi cela confirme qu'il faut voir les œuvres en vrai dans les musées. J'espère pouvoir aller à Beaubourg en fin d'année pour voir l'expo de Christian Boltanski que j'aime beaucoup.

   Aujourd’hui, nul besoin d’aller à l’université, de se balader avec son portfolio, de faire de la lèche aux galeries et leurs nuées de prétentieux, pas besoin non plus de coucher avec quelqu’un d’influent. Tout ce qu’il faut, c’est quelques idées et une connexion haut débit!
 BANKSY
 
Je ne représente rien, je veux que la couleur joue et parle seule 
Marc CHAGALL
 
Ne craignez pas la perfection. Vous n’y parviendrez jamais 
Salvador DALI
 
L’abstraction rend un son plus pur. 
Wassily KANDINSKY
Note : AAAAAAAAAA


dimanche 8 septembre 2019

Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss

Piercing Workbook
Tristes tropiques. Le grand livre de l’ethnologie contemporaine de Claude Lévi-Strauss (Pocket, 504 pages, 1955 pour l'édition originale)

Incipit :
Je hais les voyages et les explorateurs.

Un livre en partie auto-biographique, en partie récit de voyage, en partie ethnologique et philosophique. Au début du XXème siècle, principalement descriptif des tribus sud américaine du Brésil. C'est un ouvrage très bien écrit, une langue soutenue, littérairement de bon niveau. On peut même considérer Lévi-Strauss comme écrivain, un écrivain sensible, observateur, intuitif, poétique, créatif. Il offre des propos pertinents sur de nombreux sujets, sur l'aliénation, sur la réécriture de l'Histoire, sur le désastre écologique en cours (déjà) et à venir (déjà), prophétisant la même trajectoire que la décadence des tribus amazoniennes qui subissent les coups de la modernité. Un regard acéré sur les pouvoirs, sur ce qui se perd, sur l'imposture des comptes-rendu de voyage d'autres ethnographes, etc. Une pensée complexe au service de la compréhension de l'Autre et donc de soi-même et de sa fonction, ce qui est brillamment démontré dans la dernière partie de l'ouvrage, peut-être celle qui est la plus intéressante car synthétise les pensées de l'auteur, et qui vient pertinemment mettre en relief les témoignages des parties précédentes. Cette conclusion brillante, c'est une synthèse d’une partie de mes interrogations, un regard incisif, très critique parfois, d’une tragique lucidité la plupart du temps. Une pensée rhizomique des plus plaisantes, puissante, mais pourtant claire, même si parfois quelques phrases m’ont demandées plusieurs relectures afin de m’imprégner de la profondeur de pensée de l’auteur. Un livre dense, qui parle de notre humanité, un livre essentiel qui aide à la pensée complexe. L’auteur se montre cruel parfois, notamment sur l’Islam en fin d’ouvrage, mais y compris sur lui-même. Il synthétise en quelques phrases son expérience et sa pensée et ces phrases sont des étincelles dans la nuit tant elles concentrent une connaissance, cette dernière parsemant l’ensemble de l’ouvrage. Il y a clairement quelque chose de ce livre, quelque chose de profond, qui touche l’âme, parce qu’il parle de nous en fin de compte. Un regard éclairant sur les difficultés inhérentes à l'ethnographie, à l'ethnographe à la limite du paradoxe, mais qui invite à l'humilité et à la prudence lorsqu'on se met en juge des Autres. Il ne s'agit pas tant de tolérance ou de relativisme que de dépasser ces eux écueils. Il y a plusieurs exemple de sa lucidité, que ce soit sur la colonisation ou le tourisme de masse qui défigure le littoral et de leur évolution au cours du temps, déliquescence qui rejoint la décadence du monde. Page 142 : "Aujourd'hui, le souvenir du grand hôtel de Goiania en rencontre d'autres dans ma mémoire qui témoignent, aux deux pôles du luxe et de la misère, de l'absurdité es rapports que l'homme accepte d'entretenir avec le monde, ou plutôt qui lui sont de façon croissante imposés". On ne peut mieux parler de l'aliénation. Page 478 on peut découvrir que, selon l'auteur, la fonction même d'un temple est la place où affirmer notre liberté et explorer les limites de notre sensualité. Dit comme cela, au delà d'une surprise, car cela n'est pas ce à quoi me ferait penser un temple de prime abord, l'auteur nous invite à dépasser nos clichés, nos préjugés, par a confrontation de vécu, d'idées, mais surtout de la différence. Là aussi il ne s'agit pas que de tolérance. Mais pour en découvrir la substantifique moelle je vous inciterais à lire l'ouvrage dans son intégralité. Car je pourrais aussi citer cette phrase lumineuse (p. 490) : C'est alors que l'Occident a perdu sa chance de rester femme (J'y vois un lien fort avec Le mythe du péché originel)  Une très belle phrase qui conclut toute une analyse et un raisonnement, une phrase belle en elle-même mais qui peut paraître abstruse décorrélée de son contexte. De même p. 493, un vibrant hommage au bouddhisme : "Qu'ai-je appris d'autre, en effet, des maîtres que j'ai écoutés, des philosophes que j'ai lus, des sociétés que j'ai visitées et de cette science même dont l'Occident tire son orgueil, sinon des bribes de leçons qui, mises bout à bout, reconstituent la méditation du Sage au pied de l'arbre ?" Il ne fait qu'écrire ce que je pensais confusément tout bas. En ce sens ce livre est un recueil de sagesse pour moi. Il me correspond et me complète. Il tisse les liens avec mes autres réflexions, occupations et préoccupations. Dire que ce livre m'a enchanté serait en deçà de la réalité. Il y a des pages que je pourrais recopier dans leur entièreté (page 495 par exemple) et qui me rappelle Bienvenue sur la voie. La page 496 fait une digression sur l'entropie, s'interrogeant sur l'anthropologie qui serait de l'entropologie (Joli, non ?) mais dont la conclusion s'oppose à la vision de Trinh Xuan Thuan, dans Chaos et Harmonie par exemple. Ce dernier voit la vie, la conscience comme la force qui s'oppose à l'entropie justement. Mais je peux rejoindre l'auteur lorsqu'il dit : "Quant aux créations de l'esprit humain, leur sens n'existe que par rapport à lui, et elles se confondront au désordre dès qu'il aura disparu", qui rejoint (p. 495) "Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui", manque plus que la corde pour se pendre ... La page 497 m'a fournit l'idée d'un tableau symbolique (Donc pas abstrait / incompréhensible, ni trop figuratif ce qui ne m'enchante pas pour l'instant) je n'ose dire style Magritte que j'admire mais disons dans ce sens. Même si quelques rigolos estiment la pensée de Lévi-Strauss dépassée, soit-disant parce que depuis il y a eu la théorie des jeux, outil essentiel pour les ethnologues modernes, j'estime pour ma part qu'il y a bien plus qu'une "méthode" et que les pensées de l'auteur son aussi enrichissantes sinon plus que la méthode, dépassée ou pas, qu'il aurait fondé. Je ne puis que recommander chaudement la lecture de cet ouvrage qui est bien plus enrichissante que mon article réducteur qui rend compte insuffisamment de sa profondeur. J'aime bien l'excipit, un peu longue à citer, et qui se termine par chat. Tristes Tropiques porte terriblement bien son  nom. Il montre aussi la violence du monde, j'ajoute ma troisième peinture que je trouve appropriée pour ce livre.
Tab n°3 : Violences Urbaines



Car nous vivons dans plusieurs mondes, chacun plus vrai que celui qu'il contient, et lui-même faux par rapport à celui qui l'englobe.
Claude Lévi-Strauss (p. 495). 

Cette citation ferait une bonne idée de tableau avec des cercles enchâssés ... je vais y réfléchir.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Keeper of the lost cities by Shannon Messenger

1.21 gigawatts ?!
Keeper of the lost cities by Shannon Messenger (Aladdin, 512 pages, 2013)

Incipit :
"Miss Foster !" Mr. Sweeney's nasal voice cut through Sophie's blaring music as he yanked her earbuds out by the cords.
J'ai tellement apprécié la série La Passe-Miroir (Tome 1, Tome 2, Tome 3) que j'étais frustré de devoir attendre le tome 4 en novembre et qu'il me fallait trouver un substitut rapidement. Mon dévolu s'est jeté sur une série prometteuse d'après les notations que j'ai pu consulter. Et de toute manière il me faut lire de l'anglais régulièrement pour entretenir alors la série de Shannon Messenger tombait à pic. Cela commence doucement, un peu comme le premier volume d'Harry Potter, puis cela prend de l'ampleur petit à petit, avec un mystère qui va en s'épaississant et qui ménage un cliffhanger m'incitant à lire le tome 2. Comme Ophélie dans La Passe-miroir, il s'agit ici d'une héroïne, Sophie. Elle découvre que sa famille n'est pas sa famille, qu'elle a été adoptée. Comme le suggère son nom de famille, Foster (Foster parents sont des parents adoptifs), mais il y a mieux, elle n'est pas humaine. C'est une elfe et son monde naturel sont les citées perdues, l'Atlantide et autres, qui ont été masquées aux humains (et ont créé les mythes que nous connaissons). Elle a aussi des dons particuliers, elle a notamment une mémoire eidétique (Humm cela m'arrangerait grave, mais bon petit oubli lors de la conception, sans doute) et un mystère plane autour de son existence même.  Elle va à l'école, elle à a plein de choses à apprendre sur les elfes et leurs pouvoirs, se fait des amis, du classique quoi, puis il y a des forces hostiles qui vont se déclarer. Enfin hostile, on sait pas trop. Les liens avec ses amis ou sa nouvelle famille adoptive sont bien amenés, c'est touchant, il y a quelques passages forts, émotionnellement, certainement parce que cela touche quelque chose de personnel. Je ne sais si la série tient sur la longueur mais ce premier volume est pas mal du tout.

Ce n'est pas la crainte de la folie qui nous forcera à laisser en berne le drapeau de l'imagination.
André Breton (Dans la préface du Manifeste du surréalisme, que je viens de commencer)

Note : AAAAAAA

lundi 2 septembre 2019

Le chaos et l'harmonie de Trinh Xuan Thuan

Mandelbrot for President !
Le chaos et l'harmonie. La fabrication du réel de Trinh Xuan Thuan (Folio Essais Gallimard, 603 pages, 2000)

Incipit :
Nous assistons en cette fin de XXe siècle à un véritable bouleversement dans notre façon de concevoir le monde.
Tab n°2 : Fluctuation Quantique
Un livre passionnant, comme tous les livres de Trinh. Chaos et harmonie sont intrinsèquement liés. Mieux que ça, s'il n'y avait que la perfection et pas une once de chaos alors nous ne serions pas là. Ce livre reprend les thématiques chères à l'auteur, qu'on retrouve même dans son dernier ouvrage Vertige du Cosmos, l'auteur brode sans fin avec à chaque fois un éclairage sur un point spécifique. Il y a des fulgurances comme la conséquence d'E=MC2, je suis matière mais aussi énergie, et donc en fait ... de la lumière ! Nous sommes constamment bercés dans la lumière (les ondes électromagnétiques comme la radio, le GSM) et des milliards de neutrino nous traversent à chaque secondes. Ce ne sont que quelques remarques parmi d'autres, que je connais pour la plupart mais que ne cessent de me surprendre. Mandelbrot, fractales, espaces chaotiques, l'auteur montre que le chaos est partout en fait, en nous, dans l'Univers, et que c'est lui qui est à l'origine du déséquilibre matière/antimatière et qui a permis la naissance de l'Univers ... Wouha ... énorme non ? Rien n'est maîtrisé ni maîtrisable, les phénomènes dits émergents sont concomitant au réel, et si tout ne part pas en vrille c'est parce que cela reste local. Ce livre est une excellente synthèse à la physique des particules, le monde, l'Univers et le reste. Il me faudrait déjà le relire. Mais je vais pencher pour en lire un autre du même auteur, consacré uniquement à la lumière justement. Pour ceux que cela intéresse, non je n'ai pas déjà abandonné la peinture ! Après un premier tableau, j'en ai fait un deuxième, Fluctuation Quantique (Acrylique, 30x40cm, 30 août 2019) alors là c'était pas la joie, plutôt l'agonie, le chant du cygne, bref en quelques mots je n'ai pu faire ce que j'avais en tête. Manque de maîtrise totale. Frustration. Cela se ressent un peu dans le résultat final, non ? Mais d'un autre côté pourquoi peindre ? Pour être célèbre (Faut peut-être pas déconner ...) ? Pour la gloire (Et ta sœur ?) ? Pour le fun ? Un petit peu mais il y a plus. Non, pas juste illustrer un article de temps à autre. Cela me pousse à d'autres réflexions. Mais j'en parlerais peut-être une autre fois. Encore qu'il est plus important que chacun y cherche quelque chose pour soi que de savoir ce que moi j'y vois. En ce qui me concerne cela illustre bien le chaos (la fluctuation quantique du bas du tableau) et l'harmonie (le cosmos du haut du tableau). J'y vois aussi plein d'autres choses mais au final c'est ce que cela peut vous apporter, vous révéler à vous-même qui prime sur ma vision, qui ne peut être que subjective et limitée  à mon essence et donc de peu d'intérêt pour vous.

Nous n'avons aucune idée de 96% du contenu de l'univers!
Le renard de Saint-Exupéry ne croyait pas si bien dire quand il confiait au Petit Prince:
"L'essentiel est invisible pour les yeux" 
Trinh Xuan Thuan

Note sur le livre de Trinh : AAAAAAAAAAA

dimanche 1 septembre 2019

La passe-miroir livre 3 : La mémoire de Babel de Christelle Dabos

Babel, où E.D. ?
La passe-miroir livre 3 : La mémoire de Babel de Christelle Dabos (Gallimard jeunesse, 496 pages, 2017)

Incipit :
L'horloge fonçait à toute allure. C'était une immense comtoise montée sur roulettes avec un balancier qui battait puissamment les secondes.

L'auteur arrive à se renouveler sans aucun problème. Cela semble tout simple pour elle. C'en est même fascinant. C'est là qu'on réalise que lorsqu'un monde imaginaire est suffisamment bien élaboré, construit, riche, alors il est possible de se projeter dans de très nombreuses histoires. Au point que j'ai été surpris d'apprendre que le quatrième volume, que j'attends avec impatience, sera le dernier. Il aurait été possible de faire sept volumes, comme pour Harry Potter, voire plus, soyons fou. Dès la fin du premier chapitre c'était parti. Quand aux dernières centaines de pages, j'ai lu au moins 4 heures d'affilée pour le terminer vendredi soir. Non que j'étais pressé particulièrement mais j'étais envouté et je voulais savoir ... Il y a plusieurs passages très touchants, que personnellement j'attendais sans être totalement sûr qu'ils arrivent. Une nouvelle arche, avec des références bibliques, Babel ce n'est pas rien comme symbole, sur la division, sur les langues et autres ramifications que l'auteur tisse avec délicatesse et subtilité. Ce n'est pas un secret, l'auteur a mis beaucoup d'elle dans cette saga. Je la perçoit à certains endroits et au travers de Victoire. Un corps capricieux et un double astral qui s'évade comme son esprit pour écrire cette histoire. L'histoire ne manque pas d'humour et là aussi c'est fait avec grâce, comme ce Mirage qui veut "sauver les apparences", ha ha trop drôle. Il aurait pu ne pas vouloir "perdre ses illusions" mais trop évident. Un livre chatoyant, touffu, étincelant de vie, d'émotions, de malice, de suspense. Babel est ce meilleur des mondes où certains mots sont proscrits, où l'histoire est réécrite, un peu comme dans 1984 d'Orwell ou Les falsificateurs d'Antoine Bello (Je n'ai lu que le premier) et qui m'évoque cet essai History : why it matters de Lynn Hunt. Au delà de ce genre de détails, il semble qu'il y ait plusieurs entités divines, c'est un peu gnostique sur les bords, avec un Dieu et un démiurge ? Une vision qui flirte avec la dualité, comme dans le roman La révolte des anges d'Anatole France. Peut-être en sauront nous plus dans la dernier volume. C'est un livre plutôt subversif, il serait certainement mis à l'index sur Babel ... Bref, cette série est de qualité, j'adore ! Ophélie for President !

Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que vent.

Il est des idées d’une telle absurdité que seuls les intellectuels peuvent y croire.

En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.

George Orwell

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA