dimanche 15 septembre 2019

Le paradigme de l'art contemporain de Nathalie Heinich

Les paradigmes artificiels
Le paradigme de l'art contemporain. Structure d'une révolution artistique par Nathalie Heinich (Gallimard NRF, 369 pages, 2014)

Incipit :
«Quand as-tu fait creuser ta tombe dans l'espace du Consortium ? Longtemps après le cheval suspendu ?», demande Catherine Grenier, conservatrice et directrice adjointe du Musée national d'art moderne, à l'artiste Maurizio Cattelan, dans le livre d'entretiens qu'elle a réalisé avec lui : quelque chose, décidément, a changé au royaume de l'art.

Le monde de  l'art contemporain, pensé par une sociologue. On entre avec elle dans les coulisses du monde, plutôt fermé, de l'art contemporain, on suit les différents axes développés sur celui-ci, que ce soit l'analyse de sa structure, de son discours, de sa démarche, de son modèle économique et juridique.  C'est suite à l'écoute d'un podcast de France Culture (L'Art contemporain n'est-il qu'un discours ?, La Grande Table, 12 mars 2014)  que j'ai été amené à lire ce livre. Dans cet essai sociologique l'auteur prévient de sa tentative de neutralité, plutôt réussie ("jugement d'observateur" page 17) sur des jugements qui pourraient être de valeurs personnelles et forcément subjectifs, idéologiquement orientés, et cela aura nui au propos. Ce qui est bien vu car cet ouvrage offre ainsi les clés pour comprendre ce monde à part avec le moins de préjugés possible. L'auteur fait un postulat : à l'instar de la révolution scientifique (d'après l'ouvrage La structure des révolutions scientifiques de Kuhn, utilisé comme sous-titre) nous avons affaire avec l'art contemporain à une révolution, et donc un changement de paradigme. Et l'ensemble de l'ouvrage est une analyse en profondeur de ce nouveau paradigme, sous de multiples facettes : critères d'évaluation, positionnement dans le champ culturelle et sociétal, nouveaux défis (Problèmes du stockage, de la restauration d’œuvres éphémères, les contrats de location pour des œuvres immatérielles, le système d'assurance pour des œuvres qui peuvent être soumises aux contraintes juridiques liées à des immeubles, la pérennité des œuvres, les droits d'auteurs associés etc.), c'est très complet, très étendu et j'imaginais mal à quel point cela avait des ramifications dans pleins de domaines qu'on n'associe pas d'emblée à l'art. On comprend entre autre que l'art contemporain c'est l'exploration des limites sous tout ses aspects, renforcé par des contraintes comme l'originalité à tout prix. La structuration des jeux de pouvoir a notamment évolué depuis l'art moderne. Les aspects d'entre soi, du monde de l'argent, des affaires, du luxe, de la mode sont bien synthétisé et modélisés. Au point que cela devient une valeur d'investissement pour les edge-funds garantissant des retour sur investissements substantiels. Un livre foisonnant et éclairant pouvant servir de base pour un échange voire un débat apaisé et constructif sur un sujet assez clivant. Il est surprenant de constater qu'une carrière d'artiste dans ce domaine se détermine assez tôt dès les études des Beaux-Arts où savoir se vendre, se placer, devient une composante de plus en plus prégnante. Cet essai abonde dans le sens d'Annie Lebrun (Ce qui n'a pas de prix), vertement critiquée par Nicolas Bourriaud (Dans le magazine Beaux Arts de septembre 2019 page 42) mais ce dernier le fait de manière un peu courte, simpliste et faiblarde. Un commentaire de lecteur du livre d'Annie Lebrun sur Amazon.fr est bien plus riche que cet article de la revue Beaux Arts, un comble. C'est limite de la "défense de classe", ce qui est assez cocasse. Et cette réaction confirme, d'une certaine manière, comme exemple supplémentaire s'il en fallait, ce qui est analysé dans ce livre de Nathalie Heinich. En lisant ce livre m'est revenu à l'esprit Les précieuses ridicules et Le Tartuffe de Molière. Je ne saurais dire pourquoi. Il y a aussi cet artiste qui voulait son œuvre immatérielle et cela incluait également le règkement. Pas de récépissé, pas de facture non plus, ce qui peut poser des soucis légaux. Bizarrement le paiement devait être en liquide. Donc des billets. Ce qui n'est guère immatériel. Un virement aurait été plus approprié, qu'en pensez vous ?. A nouveau m'est revenu en tête Le Tartuffe de Molière. Bizarre, non ? Mais l'exploration des limites n'exclue pas celle de la bêtise. Dans l'art contemporain, je dirais même au contraire, tant le vulgaire, le kitsch, l'appât du gain, sont pour certains d'entre eux, comme Jeff Koons, revendiqués et assumés. Ils se nourrissent même des critiques. C'est de la pub gratuite, et n'entame en rien leur cote.

Tab n° 11 : Abstract Ego

Un livre donc très intéressant, éclairant, avec nombre de propos pertinents, très illustrés d’anecdotes, mais vous n'y trouverais pas de reproductions d’œuvres, ce qui n'est pas grave à l'heure d'internet mais surtout parce que l'art contemporain n'est pas bien représenté par une photo et qu'il est en grande partie un discours, l'objet et même l'installation n'étant plus l'intérêt principal, ce qui est parfaitement démontré ici, et qui peut particulièrement surprendre. J'en profite pour insérer ici mon onzième tableau, à l'acrylique, 30x40cm, sur toile. Dans la thématique des color fields chère à Rothko, mais à part la thématique générale je me suis laissé aller pour le reste, choix des coloris, des glacis, et de quelques détails. C'est une peinture plus vive que si j'avais utilisé la marque Amsterdam. Là c'est la  marque Abstract de chez Sennelier, peinture fine, plus pigmentée. Le tableau rend beaucoup mieux dans le salon que sur photo. Comme quoi cela confirme qu'il faut voir les œuvres en vrai dans les musées. J'espère pouvoir aller à Beaubourg en fin d'année pour voir l'expo de Christian Boltanski que j'aime beaucoup.

   Aujourd’hui, nul besoin d’aller à l’université, de se balader avec son portfolio, de faire de la lèche aux galeries et leurs nuées de prétentieux, pas besoin non plus de coucher avec quelqu’un d’influent. Tout ce qu’il faut, c’est quelques idées et une connexion haut débit!
 BANKSY
 
Je ne représente rien, je veux que la couleur joue et parle seule 
Marc CHAGALL
 
Ne craignez pas la perfection. Vous n’y parviendrez jamais 
Salvador DALI
 
L’abstraction rend un son plus pur. 
Wassily KANDINSKY
Note : AAAAAAAAAA


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