samedi 19 octobre 2019

The Mysterious Benedict Society and The perilous journey by Trenton Lee Stewart

Ohé les gars de la marine !
The Mysterious Benedict Society and The perilous journey by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 464 pages, 2009)

Incipit :
On a bright September morning, when most children his age were in school fretting over fractions and decimal points, a boy named Reynie Muldoon was walking down a dusty road.

Le volume trois de la saga. Cela me permet de patienter pour le volume 4 de la Passe-miroir. C'est vraiment de la bonne littérature jeunesse, de l'aventure, des personnages attachants, des moments périlleux, des moments de pure émotion. Le méchant est bien méchant mais pas trop, pour ne pas générer d'attaque cérébrale chez les moins de 12 ans (ni chez moi d'ailleurs). Le méchant s'est échappé à la fin du tome 1, The Mysterious Benedict Society, et là il revient, encore plus méchant. Pourquoi ? PARCE QUE. Mais les quatre compères ne se laissent pas faire, ils suivent un parcours d'énigme, style rally, et chacun aura sa part, l'union fait la force !!! Une fin haletante ! J'adore !!! Alors que je patauge dans le dernier Millenium (The Girl who lived twice), une bouse immonde, un étron stellaire, je souffre à chaque chapitre tellement c'est chiant, même l'anglais ne me motive pas suffisamment. Il est fort quand même ce Lagercrantz, pour atteindre un tel niveau de nullité, je lui reconnais même du génie dans ce domaine. Hé bien ce livre jeunesse, à côté, est une perle rare. C'est même indécent de le comparer à Lagercrantz. Cela fait trois semaines que je m'inflige Lagercrantz alors que ce volume 2 de La société mystérieuse Bénédicte, je l'ai dévoré en quelques jours. Y'a pas photo comme on dit chez les jeunes de moins de 20 ans. Enfin, les jeunes de moins de 20 ans des années 80. J'attends le volume 3 avec impatience. Dire qu'il me reste Millenium à finir. Courage ...

Note : AAAAAAAA

Introducing Postmodernism - A graphic guide by Richard Appignanesi & Chris Garratt

Bob'art !
Introducing Postmodernism - A graphic guide by Richard Appignanesi & Chris Garratt (Icon books Ltd, 192 pages, 2013)

Incipit :
The origins of 'postmodernism'.
Sir, - The first use of the termn "postmodernism" (Letters, February 19) is before 1926, and extends to the 1870s, when it was used by the British artist John Walkins Chapman, 1917 when used by Rudolph Pannwitz.

J'aime beaucoup cette série de guide illustré, comme pour la sémiotique. Cela porte bien son nom d'introduction, cela rappelle l'origine, multiple, les différentes appréciation du concept et son évolution au cours du temps. Un concept bien en accord avec notre temps, la société de consommation, la publicité, la communication, les réseaux informatiques et son corollaire la société hyper-médiatique, la déconstruction, l'art contemporain etc. Ces deux derniers éléments sont emblématiques par leur exploration des limites et la remise en cause de tout et n'importe quoi et la perte de repère qui, avant, était assez claire. Cela donne en tout cas des clés de lecture de notre modernité, fut-elle post. Cela permet aussi de s'habituer à une prose inventive, mélangeant différents concepts, cela fait même un peu art contemporain, on déconstruit, on joue avec l'axe paradigmatique, on jongle avec signifiant/signifié, et après on est surpris et béat au centre de ruines sémiotiques fumantes, errant sur le pourtour asthmatique d'un tore asynchrone. Oui, il est temps que je prenne des vacances.

Nous façonnons nos outils et par la suite nos outils nous façonnent.
Marshall McLuhan (Trouvé dans le MOOC L'Art et la création numérique de la fondation Orange)

 Note : AAAAAAAAAA

A la première personne d'Alain Finkielkraut

"Je", deux rôles
A la première personne d'Alain Finkielkraut (Gallimard, 128 pages, 2019)

Incipit :
Parce que, malgré mes efforts pour ralentir le galop du temps, j'avance irrémédiablement en âge et aussi, je l'avoue, parce que je souffre des épithètes inamicales parfois accolées à mon nom, le moment m'a semblé venu de faire le point et de retracer mon parcours sans faux-fuyants ni complaisance.

Ayant à peine terminé La défaite de la pensée, je me suis laissé tenté par ce livre qui venait de sortir. Il y aurait beaucoup à en dire. Mais surtout mon souhait aurait été d'avoir Alain Finkielkraut en face de moi pour échanger sur quelques points avec lesquels je ne suis pas du tout d'accord et où j'aimerais des précisions. L'auteur n'est pas toujours simple à suivre, je n'ai pas son vécu, son savoir, ses connaissances et sa puissance de raisonnement. Mais j'apprécie son honnêteté intellectuelle et le fait qu'il essaye toujours d'argumenter avec sincérité. Tout le monde ne peut en dire autant. Malheureusement je l'ai il y a au moins une semaine, et j'ai terminé d'autres livres. Je n'ai pas pris la peine de prendre des notes, j'ai surtout discuté avec mon épouse sur les points qui me chagrinaient. Toujours intéressant de lire cet auteur pour moi car il me pousse à réfléchir. Là aussi je fais court, j'ai une peinture à terminer. Hé oui les journées ne font que 24h et je ne peux faire tout ce que j'aimerais. Quel rapport avec le livre ? Aucun.

Note : AAAAAA

Sans Atout et le cheval fantôme de Boileau-Narcejac

Hé Manu, tu montes ?
Sans Atout et le cheval fantôme de Boileau-Narcejac (Folio Junior, 176 pages, 2007)

Incipit :
Le Voyage
- François, regarde comme elle est faite, cette valise ! ... Si tu veux emporter des livres, ne les mets pas sur tes chemises. Allez, donne-moi ça ! Je me demande combien de temps encore il faudra être derrière toi ... Où as-tu fourré tes chaussettes ? ... François, tu pourrais répondre.
- Oui, maman.

Je m'aperçois que j'aime beaucoup les romans jeunesse. Mais pour celui-là il y a une autre raison. Je l'ai lu au collège. Sur les conseils de Guillaume, un handicapé moteur qui adorait Sans Atout et qui me l'a fait découvrir. Outre que cela m'a rappelé cet évènement, je voulais savoir si, après tant d'années, relire ce livre évoquerais en moi des souvenirs ou si même je me souvenais de l'histoire. Alors en fait un peu, une sorte de familiarité lointaine et diffuse. Retrouver ce type d'histoire de mon enfance est aussi une manière de me ressourcer, je ne saurais dire pourquoi, peut-être parce que on y retrouve un monde protégé d'une certaine manière, en dépit du suspense de l'histoire, une histoire classique comme je les aime, qui date d'un passé peut-être révolu à une époque, la nôtre, où la technologie, l'ordinateur, les téléphones portables doivent forcément pointer le bout de leur nez. Je dois être nostalgique. C'est donc cela. Un sentiment réconfortant. Ah oui, le livre est sympa. Et puis je fais court, j'ai du retard. Quelques évènements ont perturbé mon rythme de montre suisse.

Un crime peut être une œuvre d'art, et un détective un artiste.
Agatha Christie

Note : AAAA

La défaite de la pensée d'Alain Finkielkraut

Roger, passe moi le sel ...
La défaite de la pensée d'Alain Finkielkraut (Folio, 186 pages, 1987)

Incipit :
A l'ombre d'un grand mot.
 Dans une séquence du film de Jean-Luc Godard Vivre sa vie, Brice Parain, qui joue le rôle du philosophe, oppose la vie quotidienne à la vie avec la pensée, qu'il appelle aussi vie supérieure.

Un ouvrage qui donne un bonne idée des lignes de fractures qui traversent notre société. Qui m'a au moins donné, à moi, des éléments de réflexion, des points d'inflexions dans ma pensée. Par exemple entre d'un côté l'unité dans la différence qui peut mener au nationalisme le plus obtus et destructeur et d'un autre côté le cosmopolitisme, le métissage, qui peut mener à la dissolution et l'uniformisation dans un monde globalisé. Je me sens aussi bien dans la défense (peut-être pas le mot le mieux choisi) d'une culture française, d'une certaine idéologie, sans que cela mène pour autant à ce que Lévi-Strauss dénonçait (Est barbare celui qui croit à la barbarie) et qui a pu justifier l'impérialisme, colonialisme, que dans le métissage des peuples et des cultures et de goûter à la diversité du monde, à la richesse des croisements, sans pour autant m'incliner dans la dissémination des Mc Donalds partout dans le monde y compris en chine ou le quartier chinois de San Francisco. C'est un livre sur les frontières, diverses et pas que matérielles mais aussi mentales. Au delà de l'avis qu'on a sur l'auteur, ce livre permet de se positionner. Car la question est où se situe-t-on ? Soi, dans un groupe, au sein d'un peuple, dans le monde. Je suis tout aussi bien élitiste dans le sens où j'estime que l'apport de certaines civilisations ou une partie de certaines civilisations est supérieure à celles qui, par exemple, justifient l'excision, la lapidation, la domination d'un sexe par rapport à l'autre mais je comprends le relativisme explicité par Lévi-Strauss (à nouveau est barbare celui qui croit à la barbarie) qui met en garde celui qui jugerait à l'aune de sa civilisation. Je suis élitiste mais sans cautionner la distinction et le reproduction des élites selon Bourdieu. Mais égalitariste car je souhaite que tout le monde réussisse. Mais je comprends que des valeurs ne peuvent se dissoudrent dans le "Tout se vaut" et le nivellement par le bas d'un égalitarisme aveugle et sans exigence. Il n'y a donc pas une, mais des fractures, et celles-ci se situent à de multiples niveaux qui s'entremêlent et il peut devenir rapidement impossible de s'entendre si on n'explicite pas d'où on parle, de quel niveau on parle, et de quelle fracture en particulier on souhaite parler. Ce livre est d'autant plus intéressant qu'il parle de sujets qui peuvent faire polémique, qui touche à des lignes que les media montent en épingle (Il faut bien vendre), que certains journalistes un peu trop souvent transformés en polémistes épanchent avec leurs idéologies sous-jacentes au lieu d'informer de manière la plus neutre possible. D'un autre côté au citoyen d'avoir un esprit critique, de s'abreuver à différentes sources. Finalement pas de solution ... Mais l'idéal est certainement un vœux pieu et peut-être pas souhaitable, qui sait. Le meilleur des mondes nous a averti. Alors je pourrais illustrer une des thèse de ce livre par un exemple. Cela peut paraître un peu violent mais bon je fais court, donc je nuance moins. C'est un peu comme pour l'affaire de Tree de l'artiste Paul McCarthy. Une affaire très intéressante pour moi, qui illustre à sa manière l'ouvrage de la sociologue Nathalie Heinich Le paradigme de l'art contemporain, ou même les propos en creux ou parfois un peu gênés ou hypocrites des podcasts sur France Culture à propos de l'Art contemporain (Je crois que c'est un des podcast de La Dispute mais n'en suis plus sûr, qui évacuent le problème en disant que les critiques de l'art contemporain sont anciennes et connues tout en évitant de répondre sur le fond, mais d'autres podcasts, avec un peu de langue de bois, reconnaissent à mi-mot un certain épuisement du sens), ou même l'interview par Audrey Pulvar du galeriste qui soutient McCarthy. Je précise de suite que je ne cautionne ni le vandalisme ni l'agression physique dont a été victime l'artiste. En revanche cela illustre ce que disait la sociologue Heinich. Le galeriste ne dit quasiment rien de l’œuvre, à part que pour lui c'est de l'abstrait (Ce qui fait un peu léger quand même). Tree n'a rien à voir avec un plug anal (On pourra s'apercevoir que si au delà d'une hypocrisie bien pensante ironiquement visible). Sauf que dans la même interview il disait ne pas savoir ce qu'était un plug anal (pourquoi pas) et quelques minutes après il indique que l'artiste avait un plug anal dans son atelier, qui lui rappelait un arbre de Noël une fois peint en vert etc.  La galeriste, qui se présente aussi comme spécialiste de McCarthy, vient à la fois de tout juste découvrir ce qu'est un plug anal tout en disant en filigrane qu'il savait bien, avant l'affaire donc, ce que c'était, vu qu'il décrit d'où vient l'idée et comment McCarthy se l'est appropriée, la langue de bois dans toute sa splendeur. On ne peut pas dire à la fois qu'on ne savait pas (alors qu'on est spécialiste de l'artiste) et dire juste après qu'on savait (en tant que spécialiste de l'artiste, en tant qu'acteur de l'art contemporain où le discours prime, justement). Puis dire, à l'encontre de toute évidence, que cette œuvre, Tree, n'est pas provocatrice, au détriment même de la définition de ce qu'est la provocation, ne dépassant guère la blague vulgaire d'un potache en mal de reconnaissance, et rejoignant les autres œuvres provocatrices de l'artiste, que le galeriste se cache bien de mettre en avant, comme la sculpture de G. W. Bush sodomisant des cochons. Mais aussi en contradiction avec le réel où des personnes se sentent, à tort ou à raison, offensés. Déni du réel. Bienvenue dans l'hyperréel où le simulacre remplace le réel, ou les faits deviennent alternatifs. Mais là où cela devient instructif est l'article de Libération où ceux qui critiquent Tree sont des anti-art contemporain (je récuse ce fait réducteur, je m'intéresse justement à l'art contemporain et il y a de nombreuses œuvres que j'apprécie) ou des peine à jouir (des coincés) manquant d'humour, sur ce point les critiques d'Alain Finkielkraut (oui il y a un lien avec le livre Défaite de la pensée et l'amalgame réac fait par Libération) sont bien plus drôle (Voir ce podcast, oui c'est un canal considéré comme Réac, je sais, merci). Lui non plus ne justifient en rien le vandalisme ni l'agression mais s'amuse de la détumescence (lol) de l’œuvre, cette dernière étant une structure gonflable, et là j'ai trouvé cela bien plus drôle, hilarant même, démontrant que certaines œuvres trouvaient leurs limites rapidement par la vacuité du discours (l’œuvre est bien, selon le galeriste, parce que ? ... Parce que ? Parce que McCarthy est célèbre !!!! Quelle profondeur de pensée, je suis foudroyé ...) et, comme l'ont démontrés les vandales, c'est surtout parce que c'est une œuvre qui bande mou, un art soutenu littéralement par ... du vent, via un compresseur (en un seul mot, mais en deux mots cela serait plus juste), une œuvre qui ne manquait malgré tout pas d'air (oui je continue à filer la métaphore), comme son auteur, le galeriste et l'entre-soi d'une petite élite bobo fortunée (Oui moi aussi je sais manier les clichés). Pour Libération ceux qui n'aiment pas ou critiques Tree sont ? Sont ? Des Fachos !!!!! Oui le point Godwin en filigrane, des gens de la Manif pour tous, alors que le titre parle ... d'inconnus, mais les inconnus qui s'en prennent à l'art contemporain, Libération les connait en fait). Pour Libération cette œuvre ambiguë (Mot cache-sexe (désolé) délicieusement hypocrite, vu qu'il s'agit d'une réplique exacte (ce n'est pas moi qui le dit) d'un plug anal de plusieurs mètres de haut). Pour Libération c'est ... ambiguë ... l'hypocrisie dans toute sa splendeur à nouveau, la novlangue dans toute sa beauté, finalement l'affaire est jubilatoire) devrait faire sourire, à peine sauvé par le conditionnel, ceux qui sont rendus fou ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Cela me fait assez mal de lire dans ce journal ce genre de conneries simplistes, niveau cours de récrée ou comptoir de bar, mais d'un autre côté je finis par trouver tout cela assez désopilant, enfin poilant (désolé pour le connoté mais je reste dans le ton). Oui je vois bien les frictions à bout moucheté entre Libération et Le Figaro ... l'entre-soit entre deux idéologies faussement opposées (Car les boutiques place Vendôme lisent certainement plus Le Figaro que Libération, et c'est Libération qui défend Tree et Le Figaro qui regrette l'art contemporain, rien que cela vaut son pesant de cacahuètes sur la confusion généralisée). Mais la critique aurait gagnée à être nuancée, équilibrée. Mais non, l'idéologie la plus crasse règne, de part et d'autres d'ailleurs, entre un Luc Ferry dénonçant à tout va, et des encensoirs idolâtres : Réponse néanmoins intéressante à Luc Ferry sur France Culture. Le galeriste devant Audrey Pulvar,  indiquant que l'art devrait éveiller les conscience et regrettant en même temps les critiques négatives, ne se rendant même pas compte de la débilité d'un tel propos, au moment même où les consciences justement s'éveillent ! Sortent de leur apathie ! Grosso modo l'art doit nous éveiller pour ... nous agenouiller devant lui, curieuse conception de l'éveil, plus dogmatique ou manichéen tu meurs (Arghh suis mort). L'adhésion inconditionnelle est la seule voie pour tout l'art contemporain, dévoilant ainsi sa vision totalitaire par ses thuriféraires, à l'inverse de l'éveil présupposé, celui qui doit nous interroger, nous élever et nous laisser libre, pourquoi pas, de ne pas être d'accord, oui je sais j'abuse grave. Les limites intellectuelles et spirituelles des petits soldats dont la cécité est cruellement visible pour toute personne déconstruisant ces discours simplistes qui n'arrivent même plus à voiler l'imposture tellement il est transparent. Maintenant, qu'un plug anal ait trôné sur une place célèbre de Paris, ne me surprend pas, dans un monde du simulacre, de l'illusion, de l'hyperréalité comme dirait Jean Baudrillard, où tout se vaut, à partir du moment où la nomenklatura l'a signifié, le réel n'existe plus, le monde des réseaux sociaux, médiatiques vous disent quoi penser, ad nauseam, vous font revivre l'attentat du 11 septembre en boucle pendant des semaines, ce n'est pas un attentat mais des centaines, l'hyperréel du monde de la copie, de la reproduction à l'échelle industrielle, bienvenu dans le virtuel. Ce Tree de McCarthy est une vision du mépris postmoderne, un fuck géant soutenu par les nouveaux riches, sans culture, sans histoire, sans passé, des jouets (sex toy géant) pour des personnes immatures, qui n'ont pas dépassé le stade anal, qui ne savent plus quoi faire de leur argent tellement il suinte de leurs pores, la décadence en somme, le Vivre et penser comme des porcs de Gilles Châtelet. (Il ne s'agit que de mon avis et vous avez le droit de ne pas être d'accord, juste d'éviter de me traiter de facho pour autant). D'une certaine manière Tree est l'arbre qui cache la forêt (Oui elle est facile celle-là). Malheureusement ce n'est pas le plus bel arbre qui a été choisi, une imposture qui reflète le choix émit par des imposteurs, il y a une logique là-dedans. La boucle est bouclée. Alors pourquoi je parle Art contemporain alors que dans ce livre d'Alain Finkielkraut il n'en parle guère ? Car il s'agit d'une ligne de fracture, d'incompréhension, presque d'impossible réconciliation, où s'agrègent de multiples axes, plans et qui vous range, bien malgré vous, et en dépit du réel, dans un camp ou dans un autre, dans un case définitive où on vous empêchera de sortir. Rien que d'avoir parlé d'Alain Finkielkraut avec un collègue m'a fait comprendre que j'avançais sur un terrain miné, sans même avoir dit si j'étais d'accord ou pas avec lui !. Où il devient difficile d'énoncer une pensée argumentée, de jouer cartes sur tables, de dire pourquoi on pense ceci ou cela. En fait ce qui me déplait profondément c'est le mensonge, l'imposture, l'injustice, l'hypocrisie, et je m'aperçoit que le monde en est bouffi. Je ne crois plus à ces inepties comme quoi Tree choquerait le bourgeois et donc serait rebelle ou punk (ha ha la tarte à la crème) ou quoi que ce soit d'autres. Artistiquement parlant c'est tout simplement pauvre, n'a aucune originalité, aucune profondeur (en dépit d'un dénoté explicite renforcé d'un connoté qui flirte clairement avec le fondement) et je n'ai rien lu d'intéressant sur Tree même, le discours ne tournant qu'autour de l'auteur, qu'il est connu, américain, la scène internationale !, etc., un discours meta, ou encore le discours comme quoi Tree n'a pas posé de problème dans d'autres pays (D'une certaine manière révélant sa vacuité, son insignifiance même, la France s'honore de dénoncer ce vide, on pourrait plutôt s'en réjouir non ?). Audrey Pulvar se trouvant dans la position de défendre un plug anal géant, cela fait un peu happening des Yes Men, sauf que ces derniers ont un réel discours dénonciateur, qui ne semble finalement rien changer non plus au monde ah la la tant pis. Au final l'"affaire" est assez drôle j'en conviens. Le comportement sectaire d'un certain milieu de l'art n'est pas dénué d'intérêt finalement. Qu'on soit en accord ou pas. Bref faut se détendre, tout va très bien, c'est une catastrophe comme on dit. Mais voir infra la citation de Marcel Duchamp (qu'on peut trouver dans Le Dictionnaire amoureux de l'art moderne et contemporain de Pierre Nahon). Tout est dit. Et par une personne qui s'y connait.

L'Art contemporain c'est l'art de se faire remarquer.
Laula, méta poète, France, 1981

Ce néo-Dada qui se nomme maintenant Nouveau Réalisme, Pop’Art, assemblage… est une distraction à bon marché qui vit ce que Dada a fait. Lorsque j’ai découvert les ready-made, j’espérais décourager ce carnaval d’esthétisme. Mais les néo-Dadaïstes utilisent les ready-made pour leur découvrir une valeur esthétique. Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté.
Marcel Duchamp – Lettre à Hans Richter, 10 novembre 1962.


Note : AAAAA

jeudi 3 octobre 2019

The Mysterious Benedict society by Trenton Lee Stewart

Famous Four
The Mysterious Benedict society by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 512 pages, 2008)

Incipit :
In a city called Stonetown, near a port called Stonetown Harbour, a boy named Reynie Muldoon was preparing to take an important test.

Voilà un livre d'aventure rafraîchissant, de l'excellente littérature jeunesse, un livre sur la perte, l'amitié, avec un suspense terrible et la magie des feel-good books. L'introduction est magistrale, la manière dont l'auteur s'arrange pour qu'un groupe d'enfants futés se rencontrent et soient amenés à défendre le monde d'une menace Orwellienne et panoptique. Quelques astuces, des puzzles, et beaucoup de tendresse. Je ne dirais pas que cela me rappelle Le club des cinq ou Les six compagnons car, hum, bon, je ne m'en rappelle plus très bien, mais c'est peut-être comme ce livre que je ressentais ces séries étant plus jeune, et donc cela m'a rappelé ces moments passés. Peut-être aussi la réminiscence du premier volume de Kim détective (Lu au moins cinq fois), ou de la série des Sans Atout de Boileau-Narcejac, que j'ai lu au collège. Bref ce livre jeunesse a été un grand moment nostalgie-bonbon, sous la couette le soir, à m'évader de pensées moins fun. Je crois que je régresse, je vais bientôt relire Oui-Oui ou regarder les Barbapapa. Nan pas de citation cette fois, que le souvenir d'un doux rêve qui m'échappe déjà. Vous posez pas de question, lisez ce livre (en français si vous voulez, il existe) il vous enchantera (Faut aimer la littérature jeunesse quand même, hein, sinon pas sûr que la magie opère).

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA

mercredi 2 octobre 2019

Roland Barthes par Roland Barthes par Roland Barthes

Fioritures entropiques
Roland Barthes par Roland Barthes par Roland Barthes (Points, 256 pages, 2014)

Incipit :
Voici, pour commencer, quelques images : elles sont la part du plaisir que l'auteur s'offre à lui-même en terminant son livre.

Un livre assez autobiographique mais avec une distance aristocratique, l'auteur parle de lui à la troisième personne, ce qui m'a rappelé ma professeur de sixième, Mme Hecquet (Collège Sagebien à Amiens), gloire à elle qui m'a instruit, qui faisait de même à l'oral mais, symétriquement, en parlant de son interlocuteur. Je me rappelle d'une fois où, en me posant une question du style "Il a fait telle chose", je m'étais vu répondre "Qui ça ?", pour finir par comprendre que c'était de moi dont il était question. Bon vous vous en tapez royalement, je le comprends. Sous couvert d'une biographie et d'éléments intimes ou personnels (Je parle du livre là), c'est aussi une suite de réflexion sur le langage, grand dada de l'auteur, et plus largement de sémiologie, avec de nombreuses illustrations, parfois conceptuelles comme page 230 sur le signifiant sans signifié (Tout en illustrant un signifié, autre que celui qui n'est pas directement représenté). Je ne savais pas Roland Barthes peintre (plus d'une centaine d’œuvres, au moins une fois exposées à Beaubourg), ni aussi versé dans le piano. De brefs passages où je pense n'avoir pas compris grand-chose même si j'ai un début d'idée, ce qui peut faire court dans un exposé. La liste des illustrations, à  la fin de l'ouvrage, donne plus de détails mais ce n'est pas pratique car les pages du début ne sont pas numérotées (!). Mais le papier est épais, glacé et cela rattrape un peu cet anomalie (Nan je déconne, c'est deux claques oui). C'est un livre par entrées, alphabétiques, qui peut vraisemblablement se lire dans le désordre. Cela fourmille d'idées et d’anecdotes, notamment sur les livres qu'il envisageait d'écrire. C'est autoréférencé de ses différents ouvrages, sorte de hub d'accès à sa bibliographie. Sa mort est évoquée dans La septième fonction du langage, sorte de livre hommage, en tout cas plus hommage que Le Barthes sans peine qui, dit-on, aurait blessé l'amour-propre de Barthes. Et je peux le comprendre. A la lecture de ce R.B. par lui-même on devine aisément quelqu'un de sensible, de bienveillant, qui souhaitait, à sa manière, participer à la grande aventure humaine. Oula je m'emballe. Bref, un livre qui m'a accompagné ces dernières semaines, puisant de temps à autres quelques morceaux choisis.

Tab n° 19 : Déchirure II ou la 6ème extinction
Une autre de mes peintures, toujours aussi joyeuse. Déchirure II ou la sixième extinction (Acrylique, 24x30cm). Il y a un peu de sable fin aussi ... Titre dans l'air du temps. Je ne fais pas partie du club un peu crétin des A.A.F. (All Against Franzen). En fait j'ai eu une promo sur le rouge donc je l'utilise, cela tombe bien, c'est raccord avec le dernier rapport du GIEC. Les mêmes qui trouvent Franzen trop alarmiste, ce qui ne manque pas de sel venant de leur part, mais le plus troublant est la mauvaise foi de ces mêmes scientifiques qui, semble-t-il, ont des soucis de compréhension de texte et font un procès simpliste et biaisé. Comme quoi être scientifique et faire de l'idéologie n'est pas antinomique. Ce tableau aurait pu s'appeler Déclivité d'un cycliste alcoolique et sa mort prématurée. Les marques de pneu mènent à la scène de l'accident de manière ascensionnelle, la chute de l'histoire étant celle dudit cycliste dont il reste la mare, comme la trace d'un bateau ayant quitté le port, la déclivité de sa ligne de vie en contrepoint de la ligne montante, un manque de politesse en somme.

Les cris des bêtes sont des sténographies sensorielles dans l'espace. Tel était le langage premier de l'homme.
Malcolm De Chazal

Note (Du livre pas de la peinture) : AAAAAAAA

Le continent de la douceur d'Aurélien Bellanger

Missel Europa
Le continent de la douceur d'Aurélien Bellanger (Gallimard, 496 pages, 2019)

Incipit :
Les mathématiques étaient passées avec facilité, comme une seconde naissance, à travers les bassins en nylon tissé des baudriers fluo et ils évoluaient déjà dans les branchages luminescents par grappes de trois ou quatre - les plus beaux fruits de la terre, les ramifications dernières des sciences mathématiques, les cerveaux les plus légers du monde.

J'aime bien cet auteur, que ce soit La théorie de l'information (Avec Xavier Niel fictionalisé et des liens avec Shannon, voire résumé sur youtube ici) ou encore L'aménagement du territoire.  J'adore sa prose, sa manière de raconter, pleine de ramification et de liens en sous-texte. C'est à l'écoute du Masque et la plume qui parlait de son dernier roman qu'il m'a été rappelé à l'existence. J'ai été franchement comblé, heureux de le retrouver. Il a l'art et la manière de s'abreuver de l'actualité, aussi bien l'histoire que les technologies et il parsème son ouvrage, et ce n'est pas gratuit, d'éléments divers puisés par ci par là. Qu'il cite le jeu de Go, le Raspberry Pi, Gödel, ou encore l'excellentissime Jeu des perles de verre d'Hermann Hesse, cet auteur est du miel de châtaignier pour moi (Oui l'un de mes miels préféré !). C'est bien écrit, très littéraire pour moi. Et il en a des idées. Par exemple son énigme sur la corde. La réponse est 2*Pi, après un calcul très simple, sauf qu'il ne parle jamais de la formule ni qu'il s'agit de 2*Pi, juste 6,28. Ce qui n'obscurcit en rien le propos, or Pi apparait plusieurs fois avec le Raspberry par exemple. Mais surtout c'est raccord entre les mathématiques type formule et les mathématiques intuitionnistes évoquées dans l'ouvrage. J'ai appliqué la formule, bêtement je pourrais dire, et pourtant la réponse m'a surpris, contre-intuitive justement ! Toute la différence entre savoir (formules toutes faites) et connaissance (savoir intégré qui peut s'exprimer par l'intuition via notre calculateur quantique, notre cerveau), or mon intuition ne m'aurait jamais donné cette réponse. Tout ça pour dire que cet exemple est magnifique de pertinence dans cet ouvrage. Et s'il n'y avait que cela. C'est une réflexion poussée sur l'Europe. Qu'un personnage, femme, porte ce nom est aussi à lecture multiple et symbolique. Calculabilité et histoire européenne. Quel étrange duo, et pourtant il arrive à mêler intelligemment les deux. J'aime cette écriture à plusieurs niveaux, à plusieurs couches, cette complexité où il est possible d'avoir plusieurs regards, plusieurs interprétations, plusieurs niveaux de lectures, des rapprochements inattendus pour ainsi dire poétiques, jeux de langages, d'images, de science, de symboles, qui prennent d'autant plus de poids que je lis aussi Roland Barthes par Roland Barthes et Le Dictionnaire amoureux de l'Art moderne et contemporain.  Bon j'avais pris des notes sur ce livre mais j'en ai perdu une moitié. Peu importe, cet auteur est brillant, il me transporte. Une fin que je trouve magnifique, j'ai pas d'autres mots. C'est fort, puissant, je suis sur le cul. Bon je n'avais pas lu son livre sur Le Grand Paris, je vais compléter de ce pas. Il m'a l'air d'un touche à tout, sa fiche wikipédia impressionne car cela dépasse ces quatre romans. Hummm je vais creuser, il devrait y avoir du youtube, du France Culture à regarder/écouter. Je m'en délecte d'avance. Si vous voulez un résumé il y en a un sur youtube, mais pas utile, foncez ! Pourquoi il a pas le Goncourt au fait ? (Bon cela me rassure, sa fiche wikipédia indique qu'il a eu le Prix de Flore et le prix Amic de l'Académie française, c'est un bon début). Au fait, Aurélien, dis moi, tu fois quoi ce week-end ? Je me taperais bien une petite discut' avec toi ... Par exemple il y a quelques trucs où je sais pas si tu es dans le 1er, le 2ème, le 3ème ou le nième degré. Page 258 "Il n'y avait pas plus démocratique qu'un milliardaire", ben voyons Ginette. Page 260 "La violence, c'est casser une bouteille au lieu de l'ouvrir délicatement", humm pas con Robert. C'est un peu de la philo pet de lapin, non ? Mais le reste relève très largement le niveau. Je sais, je suis taquin. M'en veut pas, c'est de naissance.
Tab n°17 : Déchirure ou la 6ème extinction

Voilà une autre peinture, très festive, sur la déchirure du monde, la sixième extinction en cours. Bon vous pouvez aussi y voir un furoncle en phase terminale, chacun ses obsessions. Acrylique, 24x30cm. Il y a de la coquille d’œuf, du sable fin, de la craie pilonnée, ha oui de l'acrylique aussi, et énormément de talent (arf arf). Un peu d'acétone pour cramer mes poumons, heu non, pour faire des traces ... voilà voilà, bonne journée !



Note (Du livre, pas de la peinture) : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA (Vas-y Aurélien !!)

There is a great satisfaction in building good tools for other people to use.
Freeman Dyson (From Wikiquote), qu'il est possible de traduire librement par : "C'est trop de la balle de concevoir de bons outils que les gens peuvent utiliser "