samedi 19 octobre 2019

La défaite de la pensée d'Alain Finkielkraut

Roger, passe moi le sel ...
La défaite de la pensée d'Alain Finkielkraut (Folio, 186 pages, 1987)

Incipit :
A l'ombre d'un grand mot.
 Dans une séquence du film de Jean-Luc Godard Vivre sa vie, Brice Parain, qui joue le rôle du philosophe, oppose la vie quotidienne à la vie avec la pensée, qu'il appelle aussi vie supérieure.

Un ouvrage qui donne un bonne idée des lignes de fractures qui traversent notre société. Qui m'a au moins donné, à moi, des éléments de réflexion, des points d'inflexions dans ma pensée. Par exemple entre d'un côté l'unité dans la différence qui peut mener au nationalisme le plus obtus et destructeur et d'un autre côté le cosmopolitisme, le métissage, qui peut mener à la dissolution et l'uniformisation dans un monde globalisé. Je me sens aussi bien dans la défense (peut-être pas le mot le mieux choisi) d'une culture française, d'une certaine idéologie, sans que cela mène pour autant à ce que Lévi-Strauss dénonçait (Est barbare celui qui croit à la barbarie) et qui a pu justifier l'impérialisme, colonialisme, que dans le métissage des peuples et des cultures et de goûter à la diversité du monde, à la richesse des croisements, sans pour autant m'incliner dans la dissémination des Mc Donalds partout dans le monde y compris en chine ou le quartier chinois de San Francisco. C'est un livre sur les frontières, diverses et pas que matérielles mais aussi mentales. Au delà de l'avis qu'on a sur l'auteur, ce livre permet de se positionner. Car la question est où se situe-t-on ? Soi, dans un groupe, au sein d'un peuple, dans le monde. Je suis tout aussi bien élitiste dans le sens où j'estime que l'apport de certaines civilisations ou une partie de certaines civilisations est supérieure à celles qui, par exemple, justifient l'excision, la lapidation, la domination d'un sexe par rapport à l'autre mais je comprends le relativisme explicité par Lévi-Strauss (à nouveau est barbare celui qui croit à la barbarie) qui met en garde celui qui jugerait à l'aune de sa civilisation. Je suis élitiste mais sans cautionner la distinction et le reproduction des élites selon Bourdieu. Mais égalitariste car je souhaite que tout le monde réussisse. Mais je comprends que des valeurs ne peuvent se dissoudrent dans le "Tout se vaut" et le nivellement par le bas d'un égalitarisme aveugle et sans exigence. Il n'y a donc pas une, mais des fractures, et celles-ci se situent à de multiples niveaux qui s'entremêlent et il peut devenir rapidement impossible de s'entendre si on n'explicite pas d'où on parle, de quel niveau on parle, et de quelle fracture en particulier on souhaite parler. Ce livre est d'autant plus intéressant qu'il parle de sujets qui peuvent faire polémique, qui touche à des lignes que les media montent en épingle (Il faut bien vendre), que certains journalistes un peu trop souvent transformés en polémistes épanchent avec leurs idéologies sous-jacentes au lieu d'informer de manière la plus neutre possible. D'un autre côté au citoyen d'avoir un esprit critique, de s'abreuver à différentes sources. Finalement pas de solution ... Mais l'idéal est certainement un vœux pieu et peut-être pas souhaitable, qui sait. Le meilleur des mondes nous a averti. Alors je pourrais illustrer une des thèse de ce livre par un exemple. Cela peut paraître un peu violent mais bon je fais court, donc je nuance moins. C'est un peu comme pour l'affaire de Tree de l'artiste Paul McCarthy. Une affaire très intéressante pour moi, qui illustre à sa manière l'ouvrage de la sociologue Nathalie Heinich Le paradigme de l'art contemporain, ou même les propos en creux ou parfois un peu gênés ou hypocrites des podcasts sur France Culture à propos de l'Art contemporain (Je crois que c'est un des podcast de La Dispute mais n'en suis plus sûr, qui évacuent le problème en disant que les critiques de l'art contemporain sont anciennes et connues tout en évitant de répondre sur le fond, mais d'autres podcasts, avec un peu de langue de bois, reconnaissent à mi-mot un certain épuisement du sens), ou même l'interview par Audrey Pulvar du galeriste qui soutient McCarthy. Je précise de suite que je ne cautionne ni le vandalisme ni l'agression physique dont a été victime l'artiste. En revanche cela illustre ce que disait la sociologue Heinich. Le galeriste ne dit quasiment rien de l’œuvre, à part que pour lui c'est de l'abstrait (Ce qui fait un peu léger quand même). Tree n'a rien à voir avec un plug anal (On pourra s'apercevoir que si au delà d'une hypocrisie bien pensante ironiquement visible). Sauf que dans la même interview il disait ne pas savoir ce qu'était un plug anal (pourquoi pas) et quelques minutes après il indique que l'artiste avait un plug anal dans son atelier, qui lui rappelait un arbre de Noël une fois peint en vert etc.  La galeriste, qui se présente aussi comme spécialiste de McCarthy, vient à la fois de tout juste découvrir ce qu'est un plug anal tout en disant en filigrane qu'il savait bien, avant l'affaire donc, ce que c'était, vu qu'il décrit d'où vient l'idée et comment McCarthy se l'est appropriée, la langue de bois dans toute sa splendeur. On ne peut pas dire à la fois qu'on ne savait pas (alors qu'on est spécialiste de l'artiste) et dire juste après qu'on savait (en tant que spécialiste de l'artiste, en tant qu'acteur de l'art contemporain où le discours prime, justement). Puis dire, à l'encontre de toute évidence, que cette œuvre, Tree, n'est pas provocatrice, au détriment même de la définition de ce qu'est la provocation, ne dépassant guère la blague vulgaire d'un potache en mal de reconnaissance, et rejoignant les autres œuvres provocatrices de l'artiste, que le galeriste se cache bien de mettre en avant, comme la sculpture de G. W. Bush sodomisant des cochons. Mais aussi en contradiction avec le réel où des personnes se sentent, à tort ou à raison, offensés. Déni du réel. Bienvenue dans l'hyperréel où le simulacre remplace le réel, ou les faits deviennent alternatifs. Mais là où cela devient instructif est l'article de Libération où ceux qui critiquent Tree sont des anti-art contemporain (je récuse ce fait réducteur, je m'intéresse justement à l'art contemporain et il y a de nombreuses œuvres que j'apprécie) ou des peine à jouir (des coincés) manquant d'humour, sur ce point les critiques d'Alain Finkielkraut (oui il y a un lien avec le livre Défaite de la pensée et l'amalgame réac fait par Libération) sont bien plus drôle (Voir ce podcast, oui c'est un canal considéré comme Réac, je sais, merci). Lui non plus ne justifient en rien le vandalisme ni l'agression mais s'amuse de la détumescence (lol) de l’œuvre, cette dernière étant une structure gonflable, et là j'ai trouvé cela bien plus drôle, hilarant même, démontrant que certaines œuvres trouvaient leurs limites rapidement par la vacuité du discours (l’œuvre est bien, selon le galeriste, parce que ? ... Parce que ? Parce que McCarthy est célèbre !!!! Quelle profondeur de pensée, je suis foudroyé ...) et, comme l'ont démontrés les vandales, c'est surtout parce que c'est une œuvre qui bande mou, un art soutenu littéralement par ... du vent, via un compresseur (en un seul mot, mais en deux mots cela serait plus juste), une œuvre qui ne manquait malgré tout pas d'air (oui je continue à filer la métaphore), comme son auteur, le galeriste et l'entre-soi d'une petite élite bobo fortunée (Oui moi aussi je sais manier les clichés). Pour Libération ceux qui n'aiment pas ou critiques Tree sont ? Sont ? Des Fachos !!!!! Oui le point Godwin en filigrane, des gens de la Manif pour tous, alors que le titre parle ... d'inconnus, mais les inconnus qui s'en prennent à l'art contemporain, Libération les connait en fait). Pour Libération cette œuvre ambiguë (Mot cache-sexe (désolé) délicieusement hypocrite, vu qu'il s'agit d'une réplique exacte (ce n'est pas moi qui le dit) d'un plug anal de plusieurs mètres de haut). Pour Libération c'est ... ambiguë ... l'hypocrisie dans toute sa splendeur à nouveau, la novlangue dans toute sa beauté, finalement l'affaire est jubilatoire) devrait faire sourire, à peine sauvé par le conditionnel, ceux qui sont rendus fou ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Cela me fait assez mal de lire dans ce journal ce genre de conneries simplistes, niveau cours de récrée ou comptoir de bar, mais d'un autre côté je finis par trouver tout cela assez désopilant, enfin poilant (désolé pour le connoté mais je reste dans le ton). Oui je vois bien les frictions à bout moucheté entre Libération et Le Figaro ... l'entre-soit entre deux idéologies faussement opposées (Car les boutiques place Vendôme lisent certainement plus Le Figaro que Libération, et c'est Libération qui défend Tree et Le Figaro qui regrette l'art contemporain, rien que cela vaut son pesant de cacahuètes sur la confusion généralisée). Mais la critique aurait gagnée à être nuancée, équilibrée. Mais non, l'idéologie la plus crasse règne, de part et d'autres d'ailleurs, entre un Luc Ferry dénonçant à tout va, et des encensoirs idolâtres : Réponse néanmoins intéressante à Luc Ferry sur France Culture. Le galeriste devant Audrey Pulvar,  indiquant que l'art devrait éveiller les conscience et regrettant en même temps les critiques négatives, ne se rendant même pas compte de la débilité d'un tel propos, au moment même où les consciences justement s'éveillent ! Sortent de leur apathie ! Grosso modo l'art doit nous éveiller pour ... nous agenouiller devant lui, curieuse conception de l'éveil, plus dogmatique ou manichéen tu meurs (Arghh suis mort). L'adhésion inconditionnelle est la seule voie pour tout l'art contemporain, dévoilant ainsi sa vision totalitaire par ses thuriféraires, à l'inverse de l'éveil présupposé, celui qui doit nous interroger, nous élever et nous laisser libre, pourquoi pas, de ne pas être d'accord, oui je sais j'abuse grave. Les limites intellectuelles et spirituelles des petits soldats dont la cécité est cruellement visible pour toute personne déconstruisant ces discours simplistes qui n'arrivent même plus à voiler l'imposture tellement il est transparent. Maintenant, qu'un plug anal ait trôné sur une place célèbre de Paris, ne me surprend pas, dans un monde du simulacre, de l'illusion, de l'hyperréalité comme dirait Jean Baudrillard, où tout se vaut, à partir du moment où la nomenklatura l'a signifié, le réel n'existe plus, le monde des réseaux sociaux, médiatiques vous disent quoi penser, ad nauseam, vous font revivre l'attentat du 11 septembre en boucle pendant des semaines, ce n'est pas un attentat mais des centaines, l'hyperréel du monde de la copie, de la reproduction à l'échelle industrielle, bienvenu dans le virtuel. Ce Tree de McCarthy est une vision du mépris postmoderne, un fuck géant soutenu par les nouveaux riches, sans culture, sans histoire, sans passé, des jouets (sex toy géant) pour des personnes immatures, qui n'ont pas dépassé le stade anal, qui ne savent plus quoi faire de leur argent tellement il suinte de leurs pores, la décadence en somme, le Vivre et penser comme des porcs de Gilles Châtelet. (Il ne s'agit que de mon avis et vous avez le droit de ne pas être d'accord, juste d'éviter de me traiter de facho pour autant). D'une certaine manière Tree est l'arbre qui cache la forêt (Oui elle est facile celle-là). Malheureusement ce n'est pas le plus bel arbre qui a été choisi, une imposture qui reflète le choix émit par des imposteurs, il y a une logique là-dedans. La boucle est bouclée. Alors pourquoi je parle Art contemporain alors que dans ce livre d'Alain Finkielkraut il n'en parle guère ? Car il s'agit d'une ligne de fracture, d'incompréhension, presque d'impossible réconciliation, où s'agrègent de multiples axes, plans et qui vous range, bien malgré vous, et en dépit du réel, dans un camp ou dans un autre, dans un case définitive où on vous empêchera de sortir. Rien que d'avoir parlé d'Alain Finkielkraut avec un collègue m'a fait comprendre que j'avançais sur un terrain miné, sans même avoir dit si j'étais d'accord ou pas avec lui !. Où il devient difficile d'énoncer une pensée argumentée, de jouer cartes sur tables, de dire pourquoi on pense ceci ou cela. En fait ce qui me déplait profondément c'est le mensonge, l'imposture, l'injustice, l'hypocrisie, et je m'aperçoit que le monde en est bouffi. Je ne crois plus à ces inepties comme quoi Tree choquerait le bourgeois et donc serait rebelle ou punk (ha ha la tarte à la crème) ou quoi que ce soit d'autres. Artistiquement parlant c'est tout simplement pauvre, n'a aucune originalité, aucune profondeur (en dépit d'un dénoté explicite renforcé d'un connoté qui flirte clairement avec le fondement) et je n'ai rien lu d'intéressant sur Tree même, le discours ne tournant qu'autour de l'auteur, qu'il est connu, américain, la scène internationale !, etc., un discours meta, ou encore le discours comme quoi Tree n'a pas posé de problème dans d'autres pays (D'une certaine manière révélant sa vacuité, son insignifiance même, la France s'honore de dénoncer ce vide, on pourrait plutôt s'en réjouir non ?). Audrey Pulvar se trouvant dans la position de défendre un plug anal géant, cela fait un peu happening des Yes Men, sauf que ces derniers ont un réel discours dénonciateur, qui ne semble finalement rien changer non plus au monde ah la la tant pis. Au final l'"affaire" est assez drôle j'en conviens. Le comportement sectaire d'un certain milieu de l'art n'est pas dénué d'intérêt finalement. Qu'on soit en accord ou pas. Bref faut se détendre, tout va très bien, c'est une catastrophe comme on dit. Mais voir infra la citation de Marcel Duchamp (qu'on peut trouver dans Le Dictionnaire amoureux de l'art moderne et contemporain de Pierre Nahon). Tout est dit. Et par une personne qui s'y connait.

L'Art contemporain c'est l'art de se faire remarquer.
Laula, méta poète, France, 1981

Ce néo-Dada qui se nomme maintenant Nouveau Réalisme, Pop’Art, assemblage… est une distraction à bon marché qui vit ce que Dada a fait. Lorsque j’ai découvert les ready-made, j’espérais décourager ce carnaval d’esthétisme. Mais les néo-Dadaïstes utilisent les ready-made pour leur découvrir une valeur esthétique. Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté.
Marcel Duchamp – Lettre à Hans Richter, 10 novembre 1962.


Note : AAAAA

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