lundi 11 novembre 2019

Orwell de Christin et Verdier

Orwell is watching you
Orwell de Pierre Christin et Sébastien Verdier (Dargaud, 160 pages, 2019)

Un roman graphique sur la vie d'Orwell. Un beau noir et blanc, un graphisme que j'aime bien, clair et net. Quelques illustration d'autres dessinateurs. Cela complète les livres que j'ai lu d'Orwell (Why I write, 1984, Animal Farm) ou sur Orwell (Simon Leys) mais aussi d'autres qui s'en inspirent (Limbo, 2084 que je n'ai pu finir, trop ennuyeux). Ce sont l'écoute de podcasts de France Culture sur Orwell (Episode 1 de l'émission Les chemins de la philosophie) et le fait de tomber sur cet ouvrage à la librairie de Beaugency qui m'ont fait céder. Ses propos, ses analyses, sa sincérité, son engagement, ses propos socialistes très actuels n'ont rien perdu de leur valeur. Déjà à l'époque il estimait de 1 à 10 entre le plus bas salaire et le plus haut. Ce combat n'est pas nouveau et les puissants se sont renforcés. Les tendances néo-fascistes d'un Donald Trump, son Fake-News comme étendard, ses attaques sur les institutions, son racisme, sexisme, sa bêtise crasse, ses débilités incessantes, ses inclinations à la dictature, son beaufisme gras, rappellent Ô combien le combat contre l'ignorance et la violence est toujours actuel et nécessaire. C'est aussi une réponse terrible à la naïveté de Petite-Poussette. Michel Serres s'ébahissait de cette dernière, Donald Trump en est une réponse cinglante, le Lucky Luke du tweet débile, offre une perspective très très inquiétante, car il a aussi le bouton nucléaire ... et la mentalité d'un enfant de 6 ans (je peux pas dire 7 qui est, dit-on, l'âge de raison). Pour être tombé sur une émission sur CNews avec Pascal Praud, Orwell serait là aussi ébahi. Moi qui pensait que le journalisme avait une charte éthique, une déontologie, il semble que non, que cette carte peut être donné à des polémistes idéologues propagandistes, du pilier de comptoir roi. Le pire est qu'il n'est pas le seul. C'est le nouveau modèle d'infotainment qui se répand comme la peste. Les réseaux sociaux, le choléra, en étant la caisse de résonance. L'excellent John Oliver (Mais aussi Trevor Noah du Daily Show) démonte la stratégie du menteur pathologique invétéré qu'est Trump, c'est du Critical Thinking 101 (Trump vs Truth) mais aussi The Trump Presidency, où John explicite en trois points (Deligitimizing the media, Whataboutism, Trolling) la stratégie en rouleur compresseur (Voir Limbo) du 45ème Président des États-Unis. La France n'est pas en reste. Pas d'arguments, ne pas écouter son interlocuteur, ne pas arrêter de lui couper la parole, faire des hors sujets, répondre à côté, insulter, ... Eric revient !!!! (Trop drôle il passe à la radio sur le jeu des mille euros la question "Qui était Eric Blair" !!!!). Bref. Un roman graphique intéressant et passionnant.

Note : AAAAAAAAA

Bergson La création de soi par soi de Karl Sarafidis

Manuel de culturisme spirituel
Bergson La création de soi par soi de Karl Sarafidis (Eyrolles, 146 pages, 2013)

Incipit :
On accuse souvent la philosophie de ne servir à rien, de ne répondre à aucun besoin réel et de n'offrir aucun but concret à l'humanité.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'incipit. Pour celles et ceux qui s'intéressent à la philosophie, au contraire, elle peut servir et apporter beaucoup. Ce n'est pas la (ou les) philosophies qui sont en cause mais plutôt de ne pas s'y intéresser, de ne pas se prendre en main et de ne pas y réfléchir. D'innombrables ouvrages démontrent le contraire de l'incipit, (Par exemple Happy qui montre Ô combien le stoïcisme peut participer à notre bonheur, mais pas que) dont l'ouvrage ici-présent bien évidemment. Certes c'est pour mieux nous introduire à la pensée de Bergson qui propose justement une réflexion qui peut nourrir notre développement personnel et notre vision de la vie. Et ce livre le fait magistralement, des chapitres qui charpentent un édifice reposant sur quelques piliers essentiels des écrits d'Henri Bergson. Il y a quelques points auxquels je n'adhère pas ou qui sont contraires aux idées que je me suis construites en lisant d'autres auteurs (Trinh Xuan Thuan, Klein, Stephen Hawing par exemple) mais dans l'ensemble il s'agit d'une pensée cohérente, du "connais toi toi-même" à "deviens ce que tu es", on y retrouve les pensées d'autres philosophes ou d'autres penseurs.Y compris Anselm Kiefer dont je suis grand fan, car Bergson parle beaucoup de création au sens large. Cela m'incite aussi à aller puiser dans les ouvrages de Bergson, dont sont extrait des citations, même s'ils ont l'air moins clairs que l'analyse qu'en fait Karl Sarafidis. Étonnamment j'ai commencé un livre sur la Kabbale et j'y retrouve des similitudes nettes, que l'Homme vaut plus qu'il ne croit (pour faire très synthétique). Les passages sur le fait de créer ont de forts impacts sur moi car comme je peint (en toute modestie) cela résonne bien différemment que si je ne peignais pas. D'autant que les propos d'Anselm (encore lui) m'ont décomplexé sur ce sujet et a converti mon regard sur plusieurs points.

Note : AAAAAAAAA

The Mysterious Benedict Society and the prisoner's dilemma by Trenton Lee Stewart

Autobus à Impériale
The Mysterious Benedict Society and the prisoner's dilemma by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 400 pages, 2010)

Incipit :
In a city called Stonetown, on the third floor of an old, gray-stoned house, a boy named Reynie Muldoon was considering his options.

Troisième volume des aventures des quatre enfants, je pensais même que j'en étais au quatrième ... Toujours aussi addictif, je ne m'en lasse pas. Il y a un bon suspense, de bons personnages, qui continuent à nous surprendre, de bonnes idées narratives. C'est de l'excellente aventure pour les enfants, j'adore ! (Étant enfant moi-même, cela va de soi pourrait-on dire). Je n'ose trop parler de l'intrigue sans rien dévoiler mais il est raisonnable de penser que ce volume clos la trilogie au point où je m'inquiétais que cela soit vraiment terminé, l'auteur ayant débuté une autre saga. Mais non il y a peu un quatrième volume est paru ... pas encore en poche. Donc plus cher. Mais d'un autre côté relié. J'aime beaucoup les illustrations, les couleurs des différents volumes, l'incitation à de bonnes intentions, entraide, bienveillance, fraternité, savoir et connaissance,se dépasser. Et des méchants mémorables, Mr. Curtain dont l'esprit semble voilé (D'où son nom, rideau en français), bien sûr mais aussi McCracken (Un crack dans son domaine ha ha) ! Et comme tout ce qui a du succès dans un monde hyper-connecté, il y a un wiki fandom sur cette série avec fiches de personnages, forum de discussion etc.

Note : AAAAAAAAA

mardi 5 novembre 2019

La philosophie en clair de Michel Puech

et sans décodeur
La philosophie en clair de Michel Puech (Ellipses, 288 pages, 2012)

Incipit :
La philosophie, la vraie, celle qui est difficile mais importante, doit être accessible à tous. Non pas être «vulgarisée» ni «popularisée», mais diffusée. Il  existe un devoir de diffusion culturelle. Sans trop se prendre au sérieux quand même.
Pari réussi, un livre accessible et qui ne fait pas l'impasse sur des notions essentielles et profondes. Je dirais même livre excellentissime. Je regrette qu'il n'y ait pas un volume 2 avec 10 autres philosophes (Socrate, Spinoza, Hegel, Schopenhauer, Malebranche, Bachelard, Cassirer, Jankélévitch etc.). Je l'ai même acheté à ma fille pour son bac (Si c'est pas un gage de qualité ça !!! Alors que je ne l'avais que parcouru mais j'ai senti le potentiel, ma truffe a frémit dès les premières pages...). Il n'y a que la partie Heidegger qui ne m'a pas vraiment convaincu, je sais je suis trop limité, que voulez-vous. Mais, bon, plus grand penseur du XXème siècle et nazi cela fait un tantinet oxymore. Mais au delà de ce point qui peut être nuancé et que l'auteur nuance d'ailleurs, la pensée de Heidegger est la plus difficile, plus dur que la plus difficile même. Vous voyez compliqué ? Complexe ? Hé bien encore pire. Mais aussi la plus voilée, la plus abstruse, la plus déguisée et cela ... volontairement. Oui il l'a fait exprès ! Au point que l'auteur parle de secte pour les fans d'Heidegger et parle même d'ouvrages ... indéfinissables (Ahhhh le sens de la litote). Mon détecteur de bullshit était une vraie guirlande de Noël 25000 Watts. Car seuls des initiés (autre mot de l'auteur) comprennent le maître. J'y vois la défaite de la pensée, mais bon, c'est mon côté gauchiste ça. Élitiste n'est pas vraiment le mot, il suffit de peu diffuser, comme ses cahiers noirs n'est-ce pas ?, imposture me semble plus judicieux, comme certains écrits post-modernes et les blagues faites auprès de revues qui n'y ont vu que du feu et ont accepté n'importe quoi (Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont, ou le site d'Alain Badiou, le philosophe qui défendait les Khmers rouges). Quel intérêt de faire de la philo pour quelques élus ? Je n'en vois aucun. Je cite Michel Puech (114) qui cite Heidegger "L'être du Dasein a au moins un «sens» en ceci qu'il a une direction : l'être-vers-la-mort". Wahou, bon, pour l'originalité type "on va tous mourir", on repassera. Et sinon, l'eau ça mouille ? Mais le plus drôle, le plus savoureux est (125) dans la partie de Wittgenstein, le paragraphe sur Un cas clinique : Heidegger, ce dernier clairement mis dans la catégorie pervers, je dirais même pervers-narcissique, c'est plus récent dans la taxonomie des personnalités toxiques. Que du banal pour un nazi. Les philosophes professionnels (Encore un oxymore) français qui disent comprendre Heidegger (Mais comment le vérifier puisque sa pensée a été codée, rendu obscure par le maître lui-même) ont-ils aussi conscience qu'en plus d'une pensée cryptée, Heidegger a été mal traduit en français ? Des pages imbitables sur l'être et l'étant, et pourtant considéré comme le plus grand penseur du XXème siècle, il y a quelque chose qui colle pas. Plus grand penseur et nazi ? Il y a quelque chose qui ne colle pas (bis repetita). Mais alors pas du tout. Mais qui le dit que c'est le plus grand penseur ? A part les fans, juges et parties, un entre-soi, dont on est même pas sûr qu'ils ont vraiment compris vu que c'est ce qu'il y a de plus dur, c'est même parfois incompréhensible et en plus mal traduit en français. Bref la porte ouverte à dire tout et n'importe quoi, qui pourra contredire ? Comment appliquer le principe de réfutation ? Et la connaissance objective bordel vous vous en moquez ? Mais qui d'autres dit aussi que c'est le plus grand penseur du XXème siècle ? Ben tous les autres, c'est-à-dire ceux qui n'ont rien banané donc, et qui répètent bêtement ce que dit une clique d'aristo de la philo qui se paluchent sur des concepts abstrus et qui prétendent avoir compris. Cela fait mince. J'ai envie d'appliquer le rasoir d'Occam. Les fanatiques sectaires d'Heidegger vont pas aimer. Et en plus pour balancer des trucs du style que "l'être va mourir", pardon, que "l'étant se dirige vers l'être-vers-la-mort" (C'est du lourd, la vache) faut-il être un grand penseur ? bref j'ai du passer à côté de quelque chose de démentiel mais mon petit cerveau n'a rien saisi, j'assume, j'assume. Bizarrement je n'ai aucun regret, cela pue la baudruche surévaluée, la fumisterie, un mythe fabriqué après-guerre quand tout n'était pas connu de l'auteur. Heidegger n'a jamais eu de regret. Le plus grand penseur n'a rien regretté des millions de juifs exterminés. Ce n'est pas le plus grand penseur, c'est la plus grande saloperie en fait. Bon maintenant que je me suis bien amusé, je vous rassure, le reste de l'ouvrage est vraiment vraiment super. La quatrième de couverture indique "On ne vous avait jamais expliqué les choses comme ça". Exact. J'ai apprécié en particulier le chapitre sur Bergson, que je ne connaissais pas du tout, à part de nom et le titre de son ouvrage célèbre, sur le rire. Ce côté intuition m'a rappelé l'intuitionisme dans Le continent de la douceur, et bien plus encore. Surtout sur ce que je lis sur l'art. Cela m'incite à lire cet auteur qui m'a l'air vraiment vivifiant, pas comme l'autre blaireau nazi. (132) dans le chapitre Wittgenstein : "Aucune défense n'est plaidable pour le philosophe qui ne sait pas dire ce qu'il veut dire en langage ordinaire". Pas mieux.

La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît.
Alphonse Karr

Note : AAAAAAAAAAAAAA


dimanche 3 novembre 2019

The Girl Who Lived Twice by David Lagercrantz

Etron, étron, petit patapon
The Girl Who Lived Twice by David Lagercrantz (MacLehose Press, 368 pages, 2019)

Incipit :
A beggar nobody had seen before appeared in the neighbourhood that summer. No-one knew him by name, nor seemed to care much about him, but to a young couple who passed him every morning he was the “crazy dwarf”. He was in fact around one metre fifty tall, but he was certainly erratic, and he would occasionally spring up and grab people by the arm, babbling incoherently.

Une série enterrée avec brio par un auteur nase. Pourtant je m'étais dit qu'on ne m'y reprendrait plus ... Mais voilà j'ai cru un instant qu'il avait remonté le niveau, ce qui était possible au regard du gouffre où on était tombé. Grave erreur. J'hésite à créer une nouvelle catégorie : le contraire du livre coup de cœur, l'antithèse du livre culte, en somme l'étron resplendissant de toute son aura de vacuité. Qu'est-ce que c'est mauvais, j'y crois pas. J'ai tenu jusqu'au chapitre 23 (Plus de la moitié du livre) et c'est d'un ennui abyssal. Qu'est-ce qu'on en a rien à cirer de ce fait divers qui traine en longueur (au moins la moitié du livre !), l'auteur pisse à la ligne à n'en plus finir tellement il brode sur une intrigue médiocre. Même en anglais l'auteur m'ennuie, me lasse et me pousse au désintérêt le plus profond.  Cela fait un mois que je suis dessus et chaque reprise est plus difficile, je préfère jeter l'éponge et lire autre chose. C'est moins débile que les propos incohérents de Trump (Cours d'esprit critique pour les nuls par l'excellentissime John Oliver ici et ) mais quand même. Le monde en déréliction ...
Je confirme ...
Mais le capitalisme se satisfait de la nullité, tout se vend. Et même il l'annonce par avance, comme pour le dernier Astérix, qui affiche fièrement dans ses têtes de gondole, je cite, "Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de nouveau !..", autodérision, certes, mais à 5 millions d'exemplaires. Couper des arbres pour ça, je me pose la question. Que ce dernier Millenium soit l'étron d'arbre, il y a une cohérence. Bon c'est vrai je me défoule un peu. J'ai commencé un tableau et pour la deuxième partie j'attends que cela sèche. Faut bien que je m'occupe ! Mais ce qui est acceptable pour Astérix, destiné après tout en priorité aux enfants de 9 ans (tant pis pour la double lecture destinée quant à elle aux adultes, que maîtrisait Gosciny), l'est moins pour Millenium. Là pas vraiment d'excuse. C'est rare qu'un thriller fasse ressentir la notion métaphysique de néant.


Note : .

samedi 2 novembre 2019

Marina de Carlos Ruiz Zafon

Castle in the snow
Marina de Carlos Ruiz Zafon (Pocket, 284 pages, 2012)

Incipit :
Nous ne souvenons que de ce qui n'est jamais arrivé, m'a dit un jour Marina. Il aura fallu qu'il s'écoule une éternité pour que je finisse par comprendre le sens de ces mots. Mais mieux vaut commencer par le début, qui, dans cette histoire, se trouve être à la fin.

Un roman qui au départ fait rêver, m'a emporté, puis petit à petit à faire resurgir des peurs pour terminer dans le tragique dans tout ses états, y compris celui de l'amour impossible. Un livre plein d'émotions, où j'ai retrouvé l'auteur de L'ombre du vent. Un petit côté fantastique gothique, ce n'est pas un hasard si l'un des personnage s'appelle Maria Shelley, un clin d’œil appuyé. Merci à Christophe, libraire de Beaugency, de me l'avoir recommandé. Un livre adapté au temps, à mon humeur. D'ailleurs pour écrire ce court article, j'écoute The Sky is Crying de Gary B.B. Coleman. Oui on voit tout de suite que je nage dans le positif grave. Bon je vous laisse, je vais faire un tour dans un cimetière. Je suis dans ma phase famille Addams, puis je regarderais à nouveau La labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro

Note : AAAAAAA

vendredi 1 novembre 2019

Âme brisée d'Akira Mizubayashi

Âme brisée d'Akira Mizubayashi (Gallimard, 256 pages, 2019)

Incipit :
« Dimanche 6 novembre 1938, Tokyo.
 Bruit sec et tranchant des pas de bottes, grandissant, ralentissant. Quelqu'un marche. Il s'est arrêté ... Il a repris sa marche ... Il s'est arrêté de nouveau. Il est maintenant tout près. Je crois entendre sa respiration.
Il s'agit d'un présent. C'est toujours délicat, surtout et principalement si je n'apprécie pas le livre. Bon là dessus je suis rassuré et confiant. Et puis il m'a été dédicacé, cela fait partie du présent, la belle signature en français mais surtout en japonais et accompagné d'un tampon, rouge, un kanji ancien d'après ma fille et qu'elle m'a traduit. C'est kawaï, non ? Un très beau titre, au connoté multi-couches, l'âme étant aussi bien la pièce d'un violon, la beauté intérieure d'un être, la passion intérieure, la beauté intérieur d'un objet que celle d'un enfant ou encore celle d'un pays. Je suis un peu en désaccord avec l'auteur comme quoi la langue japonaise serait plus hiérarchique que le français car ce dernier utiliserait le même mot "père" quel que soit son interlocuteur, qu'il soit bas dans la hiérarchie ou un qu'il soit ministre. La langue, en fait la parole, pour être plus précis, est ce qu'on en fait et elle est le reflet de la civilisation qui l'a vu naitre, de plus cette dernière évolue. Bien sûr elle peut masquer (Comme dans Lumière pâle sur les collines d'Ishiguro) par une attitude polie, obséquieuse ou hypocrite, mais cela est due aux conventions sociales plus qu'à la langue elle-même. La langue le permet car la culture l'a créé ainsi, mais il est possible de jouer avec la langue, la modifier, et d'énormes possibilités sont offertes à cet effet. D'ailleurs les personnages font justement l'effort de ne plus mettre san comme suffixe, suffixe marquant la déférence et le respect, mais aussi une certaine distance, démontrant par là même ce que je viens de dire, la langue n'empêchant en rien de faire différemment, qu'il est possible de s'affranchir de conventions en contournant ses reflets dans la langue. Le connoté (au sens de Barthes) avec le langage non verbal (le regard, le sourire en coin) et le verbal (le ton, le rythme) peuvent très bien également modifier la signification du pure signifiant. Bref il y a quelque chose qui ne colle pas. Cela n'enlève rien au constat des conventions sociales ni la manière dont c'est vécu dans l'ouvrage, ce dernier n'étant pas un livre théorique sur le sujet de toute manière. Mais cela entrait en conflit avec ce que je lis par ailleurs sur la sémiotique, et n'ai pu m'empêcher de ramener ma "science". Le livre commence par un trauma, trauma qui imbibera toute la vie du personnage. Le fil rouge est un violon, lien indéfectible avec l'aura paternelle, genre d'objet transitionnel, qui instillera à la fois la force de vivre, induira un choix de vie, et trouvera sa résolution post-traumatique dans une réconciliation avec l'histoire et son passé. C'est raconté avec beaucoup de délicatesse et de retenue, c'est, j'aurais envie de dire, très japonais, dans la manière de faire. Peut-être que je me laisse aussi influencer par l'aura d'un pays qui m'intrigue. Un livre sur l'absurdité du monde, sa violence, sa bêtise. Un livre qui véhicule des émotions touchantes, un livre sur la résilience.  Un beau livre.

Note : AAAAAAA

Le Grand Paris d'Aurélien Bellanger

Un architecte a plus d'une tour
dans son sac
Le Grand Paris d'Aurélien Bellanger (Folio, 528 pages, 2018)

Incipit :
Je 'appelle Alexandre Belgrand.

Je comprends mieux Jérôme Garcin, du Masque et la plume, alors qu'il parlait de son dernier roman , Le continent de la douceur,  qui trouvait l'auteur très houellbacquien. Je ne trouvais pas, mais à la lecture de ce livre, Le Grand Paris, effectivement, outre l'aspect un peu fataliste, la fin rappelle fortement Soumission. Les chapitres sont courts comme pour son dernier livre, donc je ne comprends pas trop ce qu'à voulu dire Arnaud Viviant, encore moins sur le fait que Jean-Philippe Toussaint avec sa clé USB lui donnerait une leçon (?!), moi que ce soit dense et long ne me pose pas de souci particulier du moment que c'est intéressant. Comme à chaque fois l'auteur s'inspire de personnage réels, on reconnaitra facilement sous les traits du Prince un ancien Président français, et là il mélange savamment urbanisme, aménagement du territoire et politique. C'est assez féroce dans l'analyse d'ailleurs. Bon Aurélien est très bon y'a pas à dire. Petit bémol tout de même, p 145, erreur sur la couleur Budé pour la série grecque, ce n'est pas l'orangé qui est réservé à la série latine (C'est un souvenir d'enfance, car j'avais un Budé latin, que je n'ai plus, et puis vous n'êtes pas obligé de me croire, alors vous pouvez le vérifier noir sur blanc sur le site de l'éditeur), mais la couleur chamois. Tsss Aurélien, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu ne fais pas tes nuits ? Ta camomille était trop forte ? Naaan mais je plaisante, de toute façon tu m'as l'air plus costaud que moi et je suis lâche. Je dois dire que des trois que j'ai lu d'Aurélien, c'est celui que je préfère le moins. Peut-être à cause de la politique et de l'architecture vue principalement sous l'angle de l'aménagement. Non que ce dernier sujet ne m'intéresse pas mais c'est le contexte politique qui contamine tout. Cela reste tout de même très bon. Je serais attentif à la sortie de son prochain !!!

Note : AAAAAA