vendredi 1 novembre 2019

Âme brisée d'Akira Mizubayashi

Âme brisée d'Akira Mizubayashi (Gallimard, 256 pages, 2019)

Incipit :
« Dimanche 6 novembre 1938, Tokyo.
 Bruit sec et tranchant des pas de bottes, grandissant, ralentissant. Quelqu'un marche. Il s'est arrêté ... Il a repris sa marche ... Il s'est arrêté de nouveau. Il est maintenant tout près. Je crois entendre sa respiration.
Il s'agit d'un présent. C'est toujours délicat, surtout et principalement si je n'apprécie pas le livre. Bon là dessus je suis rassuré et confiant. Et puis il m'a été dédicacé, cela fait partie du présent, la belle signature en français mais surtout en japonais et accompagné d'un tampon, rouge, un kanji ancien d'après ma fille et qu'elle m'a traduit. C'est kawaï, non ? Un très beau titre, au connoté multi-couches, l'âme étant aussi bien la pièce d'un violon, la beauté intérieure d'un être, la passion intérieure, la beauté intérieur d'un objet que celle d'un enfant ou encore celle d'un pays. Je suis un peu en désaccord avec l'auteur comme quoi la langue japonaise serait plus hiérarchique que le français car ce dernier utiliserait le même mot "père" quel que soit son interlocuteur, qu'il soit bas dans la hiérarchie ou un qu'il soit ministre. La langue, en fait la parole, pour être plus précis, est ce qu'on en fait et elle est le reflet de la civilisation qui l'a vu naitre, de plus cette dernière évolue. Bien sûr elle peut masquer (Comme dans Lumière pâle sur les collines d'Ishiguro) par une attitude polie, obséquieuse ou hypocrite, mais cela est due aux conventions sociales plus qu'à la langue elle-même. La langue le permet car la culture l'a créé ainsi, mais il est possible de jouer avec la langue, la modifier, et d'énormes possibilités sont offertes à cet effet. D'ailleurs les personnages font justement l'effort de ne plus mettre san comme suffixe, suffixe marquant la déférence et le respect, mais aussi une certaine distance, démontrant par là même ce que je viens de dire, la langue n'empêchant en rien de faire différemment, qu'il est possible de s'affranchir de conventions en contournant ses reflets dans la langue. Le connoté (au sens de Barthes) avec le langage non verbal (le regard, le sourire en coin) et le verbal (le ton, le rythme) peuvent très bien également modifier la signification du pure signifiant. Bref il y a quelque chose qui ne colle pas. Cela n'enlève rien au constat des conventions sociales ni la manière dont c'est vécu dans l'ouvrage, ce dernier n'étant pas un livre théorique sur le sujet de toute manière. Mais cela entrait en conflit avec ce que je lis par ailleurs sur la sémiotique, et n'ai pu m'empêcher de ramener ma "science". Le livre commence par un trauma, trauma qui imbibera toute la vie du personnage. Le fil rouge est un violon, lien indéfectible avec l'aura paternelle, genre d'objet transitionnel, qui instillera à la fois la force de vivre, induira un choix de vie, et trouvera sa résolution post-traumatique dans une réconciliation avec l'histoire et son passé. C'est raconté avec beaucoup de délicatesse et de retenue, c'est, j'aurais envie de dire, très japonais, dans la manière de faire. Peut-être que je me laisse aussi influencer par l'aura d'un pays qui m'intrigue. Un livre sur l'absurdité du monde, sa violence, sa bêtise. Un livre qui véhicule des émotions touchantes, un livre sur la résilience.  Un beau livre.

Note : AAAAAAA

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire