dimanche 17 novembre 2019

Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin

Concentré de prêt-à-pleurer
Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin (Livre de poche, 672 pages, 2019)

Incipit :
Un seul être nous manque et tout est dépeuplé.

Mes voisins de palier n'ont pas froid aux yeux. Ils n'ont pas de soucis, ne tombent pas amoureux, ne se rongent pas les ongles, ne croient pas au hasard, ne fond pas de promesses, de bruit, n'ont pas de sécurité sociale, ne pleurent pas, ne cherchent pas leurs clés, leurs lunettes, la télécommande leurs enfants, le bonheur.

Un livre coup de cœur. Coups de cœur, en plein cœur, limite acharnement thérapeutique. Compliqué à lire en extérieur, car vous allez puiser dans votre réserve de mouchoirs, prévoir deux boites. Une histoire maligne, qui joue avec les sentiments comme un chef d'orchestre chevronné qui utiliserait sa baguette pour vous torturer l'âme, pour votre bien. Joue très bien avec les contrastes, comme l'infidélité/la fidélité, et sur l'Amour, au sens large, l'amour filial, spirituel mais aussi charnel, cabossé, abîmé, torturé, alambiqué, compliqué. Moins manichéens que j'aurais pu le croire au début, l'auteur brode sur la nuance, sur le retournement de situation, en plus du retournement de nos émotions et du potager. Un livre de résilience, qui repose sur des relations d'amitié imprévues, sur les chats, les fleurs, les potager, les cimetières (si, si). Parfois on rate sa vie, non qu'elle soit ratée en tant que telle, mais qu'on passe, sans le savoir, à côté, comme un spectateur qui ne sait même pas qu'un film est en cours. Un livre sur le non-dit, les communications incomplètes, et comment on construit sa vérité, pour découvrir plus tard qu'elle n'était pas comme cela, et on réajuste, parfois trop tard, beaucoup trop tard. L'identité qu'on nous forge et qu'on se forge devient un habit dont il est difficile de se débarrasser, parfois un vêtement sale.  On oublie de vivre dans le présent, on vit avec son passé, de son passé, on vit dans un futur rêvé et voilà, on se déphase avec le présent, seule réalité tangible, et il n'est plus possible de se syntoniser avec soi et le monde. Un livre qui joue en orfèvre avec le tragique, un concentré d'émotion, un livre pour les cœurs d’artichaut. Il me fallait faire des pauses. Le pire est d'en avoir lu une partie au bar de Beaugency ... pas facile de cacher ses émotions. Il y a beaucoup de sagesse en filigrane dans la destinée de Violette, son personnage principal. Une belle personne, que le destin n'a pas épargné. Je ne souhaite à personne de vivre ce qu'elle a vécu. Mais par sa force, c'est aussi un livre d'espérance. Un livre qui parle de la mort avec beaucoup d'humanité, chaque début de chapitre illustré par une épitaphe. Je ne puis m'empêcher de citer ce passage du livre, de la lettre de Saint-Jean : « Mes bien-aimés, parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n'aime pas reste dans la mort. Voici à quoi nous avons reconnu l'amour : nous devons donner notre vie pour nos frères, celui qui a de quoi vivre en ce monde, s'il voit son frère dans le besoin sans se laisser attendrir, comment l'amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ? Mes enfants, nous devons aimer : non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » J'espère que la femme est bien incluse dans cette lettre sinon cela n'aurait aucun sens. Mais ce passage résume bien l'idée fondatrice du livre. Recommandé, chaudement. Et puis il a aussi plu à mon épouse. Recommandé doublement.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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