dimanche 29 décembre 2019

Dictionnaire des mots inexistants d'Aristote et Nicos Nicolaïdis

Manuel avancé de lexithérie.
Garanti sans parénergie.
Dictionnaire des mots inexistants d'Aristote et Nicos Nicolaïdis (Metropolis, 95 pages, 1997)

Incipit :
Le dictionnaire des mots inexistants propose un nombre de mots aux fins d'enrichir le vocabulaire français.
Un recueil assez court au final mais qui donne une bonne idée de la construction de mots à partir de racines grecques. Il ne s'agit pas ici d'un jeu, il y a une volonté claire et affirmée de propager l'usage de nouveaux mots, mots qui manqueraient à la langue française, en lieu et place de périphrases ou d'assemblages divers. Ce livre est en référence dans L'aventure des langues en occident d'Henriette Walter. J'ai fini cette référence avant ce dernier. Dommage que cet ouvrage ne soit pas plus ludique, avec des cartes pour jouer en famille, l'assemblage de carte permettant de créer un mot, aux joueurs d'en faire la définition et l'illustration la plus convaincante. Ou qu'il ne soit complété d'un tableau de racines, y compris de racines non ici utilisées. Il aurait pu aussi se compléter d'un tableau à trou (Mot à trouver selon la définition, ou définition à trouver avec le mot indiqué). D'accord, c'est facile à construire mais quand même cela aurait été un plus pour un ouvrage au final assez court. Maintenant c'est un livre qui permet de se familiariser avec les racines grecques, les principes de construction et qui permet de comprendre clairement pourquoi le mot dysorthographie ne peut être que le fruit d'ignorants pour ne pas dire d'incompétents notoires. Pour les plus facétieux et autres oulipiens, une manière ludique d'appréhender le langage d'une autre manière.

Le langage le plus parfait est celui qui exprime le plus de choses dans le moindre espace
Antoine Claude Gabriel Jobert

Note : AAAAAAAAA

jeudi 26 décembre 2019

La vallée du néant de Jean-Claude Carrière

Welcome to the Void
Manuel de désillusion (Tome57)
La vallée du néant de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob, 342 pages, 2018)

Incipit :
Une ancienne anecdote japonaise, très simple, raconte ceci : 
Deux promeneurs s'avancent à pied dans une montagne, sur un chemin étroit et par endroits périlleux. Disons qu'ils font une excursion.

Voilà un livre qui s'interroge sur la Mort. Dans un sens non religieux, la foi n'a pas vraiment sa place dans cet ouvrage. Ici pas d'au-delà et autres inventions ou superstitions. Le bouddhisme sans la réincarnation. Un sujet vital, la mort. Au sens de néant. Vous étiez poussières, vous le redevenez. Plus de corps, plus d'esprit. Quant à l'âme ... Et pas ces niaiseries qui font croire que vous vivez encore dans la mémoire des autres, cela c'est niveau Oui Oui chez les Bisounours. Pire, les banalités affligeantes, les clichés creux entendus lors des enterrements. Il s'agit ici plutôt de savoir comment ce néant, même pas ce rien ou ce vide, définit l'horizon indépassable de notre très brève passage sur cette Terre. A cette aune tout devient vain, dérisoire, anecdotique. Commet vivre alors ? Autant dans Happy il y avait le stoïcisme, le lâcher-prise, le comment relativiser et trouver une forme de bonheur. Ici c'est un plus difficile, il y a un frêle espoir à partir du chapitre "Au plaisir" (p. 164), et "Et le savoir ?" (p. 181) pour embrayer sur "Le suicide". Non pas qu'il le recommande mais c'est aussi pour parler d'un sujet parfois clivant. Cela touche surtout à un sujet plus ou moins tabou, évacué, mise de côté, sous le tapis, une naissance Pretium doloris pour finalement retourner dans le néant. D'où ce monde de distraction, de superstitions, de mythes pour cacher notre angoisse tout en sublimant notre vie. En parlant de suicide, son propos sur Bernard Haller m'a impressionné. Son enterrement est ce que je peux souhaiter de mieux lorsque je passerais dans ce néant. C'est un livre d'une lucidité sincère, franche, en rien cruelle ou froide, qui tente l'objectivité sous le regard de la raison, acceptant le mystère, l'inconnu et l'inconnaissable mais ne construisant en rien une croyance, basée, elle, sur le manque de preuve, sur le fantasme, sur l'imaginaire, et donc pouvant dire virtuellement n'importe quoi. C'est aussi un livre d'humilité qui fait redescendre sur terre tout ceux qui s'inventent une vie principalement fictive faite de gloire, de richesse, de se croire finalement plus que ce qu'on est, à savoir très peu. Le discours construit une légende mais celle-ci ne repose sur rien. Dommage que l'auteur ne distingue pas ammortel d'immortel. La nuance est d'importance pourtant. Un livre tout de même, paradoxe parmi tant d'autres, roboratif. Il me donne l'impression de changer de perspective sur pleins d'aspects de la vie en général et de la mienne en particulier. Que la mort devrait être un sujet parmi d'autres et qu'il est souhaitable d'en rire. J'ai ressenti tout l'expérience, tout le vécu de l'auteur au travers de ce texte. C'est pour cela qu'il révèle quelques choses qu'il faut parfois une vie pour découvrir. Les idées ici exposées étaient en germes en moi. Rien ne m'a véritablement surpris, je suis plutôt du même avis que l'auteur, mais c'est surtout excellemment formulé, exposé, construit. J'aime beaucoup qu'il m'ait révélé que le vocable sagesse était surfait, galvaudé. Je le comprends maintenant. Ses références concordent avec mes lectures, sur le bouddhisme mais surtout sur la Tao. L'image du japonais est claire comme l'eau de source. Il y aurait encore beaucoup à dire, tant j'ai annoté cet ouvrage mais l'idéal est tout de même que vous le lisiez. J'ai mis une citation (cf. infra) avec laquelle je ne suis pas d'accord. Comme elle est hors contexte, peut-être que Jankélévitch voulait dire autre chose. La vie est justement ce phénomène incroyable qui lutte contre la mort, se perpétuant en dépit de tous les aléas et trouvant toujours une solution. Le vivant est par définition l'évènement biologique qui défie la mort, qui multiplie les espèces, les règnes. La mort est de surcroît son Janus, la deuxième face de la même pièce, des inséparables. Ils ne s'opposent donc pas mais font partie du même évènement. La vie et la mort sont l'être, le néant étant la fin de la vie, la fin de la mort, la fin de tout.

La mort est le seul événement biologique auquel le vivant ne s'adapte jamais.
Vladimir Jankélévitch

N'est pas mort ce qui à jamais dort, Et au cours des siècles peut mourir même la Mort.
H. P. Lovecraft  

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 22 décembre 2019

Trésors de Tolkien de Catherine McIlwaine

Picsou à écailles
Trésors de Tolkien de Catherine McIlwaine (Christian Bourgois Editeur, 144 pages, 2018)

Incipit :
Sa célébrité, J.R.R. Tolkien la doit de nos jours à la Terre du Milieu, qu'il a créé, et au Seigneur des Anneaux, son roman de fantasy devenu un best-seller.
Un genre de catalogue d'artéfacts conservées en Angleterre à Oxford. De superbes illustrations, des documents exceptionnels, où l'on peut voir les traces, et quelles traces, du travail de Tolkien. Un Tolkien géographe, mais surtout dessinateur, avec des encres, des gouaches, des aquarelles magnifiques ! La genèse d'un œuvre époustouflante qu'il est possible jusqu'en février 2020 de voir "en vrai" à la BNF ! Quelques photos dont Edith, celle qu'il a courtisé et gardé près de lui quasiment toute sa vie et qu'il a illustré d'un conte, Lúthien et Beren, noms qui ont été apposés sur leur tombe commune. Si c'est pas romantique ça !!! Dommage qu'il y ait encore des coquilles, par exemple page 121, le Seigneur des Années au lieu du Seigneur des Anneaux. C'est pas comme  si le travail d'un éditeur était de faire attention à ce qu'il imprime. Comme pour le Silmarillion chez Pocket (par exemple page 353, Glorfiridel et 6 lignes plus loin Glorfindel). Mais cela n'entache en rien ce document magnifique. Bon cela me donne envie d'aller peindre là tout de suite maintenant. Je vous laisse.

Note : AAAAAAAA

La Mythologie Viking de Neil Gaiman

Le Thor tue et boit l'hydre au miel
La Mythologie Viking - Odin, Thor, Loki et autres contes de Neil Gaiman (Pocket, 288 pages, 2018)

Incipit :
Avant le commencement, il n'y avait rien - ni terre, ni cieux, ni étoiles, ni ciel : rien que le monde de la brume, sans forme et sans structure, et le monde du feu, toujours ardent.
La cosmogonie viking sous forme de contes, très plaisants au demeurant, et même parfois assez drôles (J'ai ri au moins trois fois). Vous saurez ainsi d'où viennent les marées ou encore la raison pour laquelle il y a de bons et de mauvais poètes (j'ai clairement bu le mauvais hydromel ... et maintenant que je sais d'où il vient ...).  Une fin qui rappelle la cosmogonie de Tolkien, où même les Dieux disparaissent et laissent leur place (Ici à Ragnarok), aux humains. Une destruction divine qui laisse place à des destructeurs terrestres. La boucle est bouclée. "Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes", Oppenheimer s'en était rappelé. Cette mythologie est assez savoureuse, et reflète en creux la vie des vikings, la force, la boisson, la virilité. De même le Kalevala (Article à venir) dans une cosmogonie similaire (féminin, masculin, création de Dieux et d'humains) reflète le monde "finlandais", dont les chants, et les bardes qui en sont porteurs. Dans cette mythologie viking il y a l'idée, au début, d'un être androgyne, comme dans la Genèse de la Bible, et aussi d'une suppression des êtres où seuls quelques uns s'en sortent (mythe de Noé), sans parler de Surt et son épée flamboyante, comme les chérubins à l'entrée de l'Eden ou un Balrog. Vous y trouverez votre compte (et votre conte) en tout cas plus que dans les bouses Marvel au cinéma où toute originalité et réflexion est évacuée (C'est le jeu des cow boys et des indiens de notre enfance, les bons, les méchants, avec des collants colorés et des super pouvoirs) au profit d'effets spéciaux qui peut rappeler le feu d'artifice du nouvel An mais guère plus. Normal, le cœur de cible est l'adolescent de 15 ans ou l'adulescent de 45. Ok, on va encore me dire pessimiste, mais lisant La vallée du néant de Jean-Claude Carrière il est difficile de ne pas être atrocement lucide. J'aurais du faire cet article avant de lire ce dernier. Dommage pour vous. En tout cas, grâce en soit rendue à Neil Gaiman, une lecture savoureuse et réjouissante. J'avais bien aimé lire aussi son conte Stardust, très beau, pas trop mal au cinéma.

Note : AAAAAAAAA

lundi 16 décembre 2019

Le lambeau de Philippe Lançon

The Torture Report
Le lambeau de Philippe Lançon (Gallimard, 512 pages, 2018)

Incipit :
La veille de l’attentat, je suis allé au théâtre avec Nina. Nous allions voir aux Quartiers d’Ivry, en banlieue parisienne, La Nuit des rois, une pièce de Shakespeare que je ne connaissais pas ou dont je ne me souvenais pas. Le metteur en scène était un ami de Nina. Je ne le connaissais pas et j’ignorais tout de son travail. Nina avait insisté pour que je l’accompagne.
Livre remarquable. Poignant voire bouleversant. Au point qu'il m'est difficile d'en parler. Pas de pathos inutile mais la difficile reconstruction d'un être passé de l'autre côté du miroir. Un rite de passage dont il se serait bien passé mais qui change radicalement sa perspective sur le monde et soi-même. Une forme de transformation qu'il analyse avec une sincérité étonnante. L'auteur donne un aperçu de la survie suite à un trauma, réduit dans un silence, limité à un cocon à la fois source de souffrances (les opérations) et lien indéfectible de son bien-être. Il fait de nombreuses digressions liant des souvenirs à ce trauma ou proposant des contrastes saisissants entre celui qui a vécu quelque chose d'unique et le monde qui continue et le perçoit ou interagit avec lui avec un rythme totalement autre. Il a l'art de présenter les choses de manière décalée ou disons non conventionnelle, parfois avec une dureté apparente, signe peut-être de l'instinct de survie, il décrit aussi un monde hospitalier qu'on imagine peu sans l'avoir connu. Il rend son texte intime et par empathie m'a fait ressentir de nombreuses émotions et donc m'a fait percevoir au delà de moi-même voire m'a fait réfléchir sur la condition humaine et sur la mort en particulier. Il y a des remarques très pertinentes sur ce qu'il est possible de ressentir, sur le décalage entre les uns et les autres, sur l'inéluctable, sur ce qu'il est possible de construire ou pas, sur la séparation dans des conditions si particulières, sur le brouhaha du monde exposant aussi bien sa diversité que son bavardage infini ne pouvant saisir par là-même la singularité du vécu d'une personne spécifique. Les limites du concept un peu nébuleux de résilience, style 'cela va aller mieux', 'tout va bien se passer', bla bla bla, démontrant que chacun finalement trouve, ou pas, sa ou ses stratégies, qu'elles ne sont pas réductibles à des mètres linéaires de Développement personnel et autre méthode Coué. Le passage où il se sent comme petit garçon en est tellement vrai. Il montre aussi la vision erronée des choses par son entourage. Même sur certains passages où on sent sa souffrance on imagine mal ce qu'elle a été, notamment de la subir des jours et des jours et des jours. Et aussi que les autres n'imaginent même pas le calvaire, la durée, le nombre d'opérations, d'incertitudes et les ramifications infinies de l'évènement. C'est la force de ce livre de rappeler la complexité, l'aléa, l'impossible réconciliation de deux visions du monde, l'un passé de l'autre côté. Il n'est pas facile de témoigner d'évènements traumatiques et pourtant ce livre y réussit d'une manière qui m'a étonné et profondément touché.

'
Tableau n°28 : Le Lambeau

Cela m'a inspiré un autre tableau, qui porte le titre éponyme du livre. Ai-je besoin d'en rajouter ? Probablement que non.













Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Le SiLmariLLion de John Ronald Reuel Tolkien

Attention ça va couper !
Le SiLmariLLion de John Ronald Reuel Tolkien (Pocket, 480 pages, 2003)

Incipit :
Il y eu Eru, le Premier, qu'en Arda on appelle Ilúvatar ; il créa d'abord les Ainur, les Bénis, qu'il engendra de sa pensée, et ceux-là furent avec lui avant que nulle chose ne fût créée.
Ahhhh cela faisait longtemps que je devais le lire. Cela tombe très bien je lis aussi le Kaleva. Ma période épique, épopée. Le moment idéal de mettre une armure, de monter mon destrier, un frison noir à la crinière torsadée, et de partir à l'aventure !!! Bon déjà cette édition pèche un peu. Il manque un index. Hé oui je suis latéral gauche, intégriste, j'ai besoin de tout retrouver. Bon il y a au moins un glossaire, cela ira pour cette fois. Autre bémol, des coquilles à divers endroits ('ep' au lieu de 'en' ou encore dans les noms propres qui ont des orthographes différentes, parfois dans le même paragraphe). C'est pas très sérieux. Ce n'est pas du papier bible, la jaquette n'est pas en cuir avec le titre doré à l'or fin, nan mais de qui se moque-t-on ? C'est quoi ce bordel ??? Bon Le Silmarillion n'est pas à lire en premier, il dévoile trop du Mystère, pire à la fin un chapitre résume Le Seigneur des Anneaux, comment divulgâcher, tout un art. Le Silmarillion narre l'origine cosmogonique du monde de la Terre du Milieu et au delà, la généalogie de tous les êtres à commencer par Eru, la géographie et j'en passe. C'en est vertigineux. Je suis époustouflé. Une œuvre passionnante. On y retrouve Galadriel, Lúthien (Hé oui il y a des femmes pour ceux qui pensent que non), Gandalf et tant d'autres. Une épopée au souffle délicieusement suranné mais puissant, des batailles épiques, une généalogie riche et dense, des moments poétiques superbes et d'une grande beauté évocatrice. Des symboles forts comme par exemple les Trois (Anneaux) Narya, anneau de Feu, Nenya, anneau de l'Eau et Vilya anneau de l'Air,  Minas Ithil, la Tour de la Lune Montante et Minas Anor, la Tour du Soleil Couchant. Et là j'effleure ... Des détails sur les anneaux, leurs conceptions, les Silmarils et les terribles Nazgûl. Une œuvre magnifique qui s'inscrit dans une œuvre beaucoup plus large au point que j'en connais peu qui peuvent l'égaler, à part Homère. Dans la botte (que j'espère propres) du Père Noël il y aura peut-être The Lays of Beleriand en vieil anglais, ouais même pas peur, d'un autre côté je me suis entrainé comme un fou sur Star Wars dans la langue de Shakespeare que j'ai carrément adoré. Trop G33k !
Tab n° 27 : Celebrimbor Forge


 
 Un tableau pour les forges qui ont façonné les Anneaux. Yo Vulcain, ça flotte ?
















Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 8 décembre 2019

Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin

C'est aussi mon choix
Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin (Livre de Poche, 416 pages, 2017)

Incipit :
Je suis allée acheter un cahier chez les père Prost.

Avant Changer l'eau des fleurs il y a eu ce premier roman, lu en deuxième, ce qui a tendance à heurter mon organisation personnelle, comme le fait de lire dans l'ordre, y compris l'ordre de parution. De surcroit l'ayant lu peu après j'étais encore imbibé de l'autre, et donc cela a influé de manière confuse sur mon appréciation, j'ai eu plus de mal à m'immerger au départ. Violette était encore dans mon esprit. Mais c'est toujours très aussi bien amené, aussi bien raconté, aussi sensible. Un condensé de situations à problèmes où l'auteur s'évertue à tourner le couteau dans la plaie qu'elle a elle-même préparé avec soin pour notre plus grand plaisir du déplaisir. Au cas où, je m'accroche toujours à la branche de "c'est de la fiction, tout va bien se passer", astuce qui ne marche plus du tout dans ma lecture en cours, Le lambeau de Philippe Lançon, vu que là, ben c'est un témoignage, cela s'est réellement passé. Mais j'en parlerais quand je l'aurais fini, s'il ne me finit pas avant ... Dans Les oubliés du dimanche nous sommes dans l'antichambre de la mort, alors que dans Changer l'eau des fleurs nous étions plutôt chez la mort, mais dans les deux cas on parle surtout de la vie et de la résilience, avec un regard pertinent, parfois drôle, sur nos existences chahutées, et surtout comment retrouver l'Amour après l'avoir perdu, parfois cruellement. C'est à chaque fois une reconstruction, après une ou des destructions, comme dans Le lambeau d'ailleurs, et illustre l'adage "La vie continue". Oui bon c'est cliché je sais, mais je fatigue là. C'est un bon livre, comme quoi j'aime me faire torturer ...

Note : AAAAAAAA

Cryptocommunisme de Mark Alizart

Un Marx et ça repart !
Cryptocommunisme de Mark Alizart (PUF Perspectives critiques, 144 pages, 2019)

Incipit :
En 1968 un groupe de hippies lance un magazine visionnaire. Le Whole Earth Catalog mêle cybernétique, écologie et socialisme, tout entier guidé par l'intuition que l'informatique peut sauver la planète et réinitialiser le communisme.

Réflexion originale sur le communisme, ou plutôt, pour être plus précis, sur le cryptocommunisme (Un mixte entre communisme et la blockchain, qui fait écho au socialisme = Soviets + électricité). Aspects politiques, cybernétique, informatique, écologique et donc une matière vivifiante pour réfléchir en sus d'aborder des sujets qui me passionnent. Je dirais même que plus des thèmes ou matières différentes sont mélangés, rapprochées, se fracassent entre elles et arrivent pourtant à faire émerger quelque chose qui a du sens, plus je suis fasciné. La blockchain va sauver le marxisme sans ses aspects staliniens. Je résume mais c'est l'idée. Le communisme est-il soluble dans la technologie ? Dans la société de l'information ? La Technique même peut-elle sauver le communisme ? (Jacques Ellul ne serait pas d'accord du tout, la technique étant aliénation). La thèse est intéressante et pousse à se poser des questions différemment, arriverait presque à réhabiliter une idéologie génocidaire. Un livre en tout cas plus accessible, pour moi, qu'Informatique Céleste. Mais en écoutant tous les podcasts France Culture avec Mark Alizart, j'ai depuis compris certaines choses. Déjà que ce dernier avait mis 20 ans à comprendre Hegel. Oh, ok ... donc normal que je banane rien à certains aspects, vu que la philo c'est son métier et moi, ben, pas du tout. Je suis amusé de constater que certaines thèses sont anciennes et que dans des romans récents (Thriller) Daemon et Freedom de Daniel Suarez, ce dernier les met en pratique et va jusqu'à la logique, non pas de la Blockchain mais partiellement de celle de Metropolis, le film de Fritz Lang,sauf que les ouvriers ne se soulèvent pas ou ne sont pas incités à se soulever, de la même manière. Le Deus ex machina qui tire les ficelles est sensiblement différent, et fait un pilotage plus comminatoire. Je trouve l'auteur aussi assez peu critique, notamment sur la consommation électrique faramineuse (ha ha) du minage, seulement un passage vers la fin, mais cohérent avec les systèmes auto-organisé dissipateur de chaleur où plus c'est évolué plus ça dissipe, l'humain dissipant plus que le soleil, en production d'énergie libre en watts par unité de masse (Explicité dans Thermodynamique de l'évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie de François Roddier, une des excellentes références en bas de page de Cryptocommunisme, rien que pour cela merci !), ce qui peut sembler contre-intuitif. J'aime bien le contre-intuitif. Cela me remet en question en mode "ha bon ? sans déconner ?". Bref, un livre revigorant, qu'il me faudra relire dans quelques temps.

Note : AAAAAA

Les avalanches de Sils-Maria de Michel Onfray

Manuel du géologue philosophe
Les avalanches de Sils-Maria. Géologie de Friedrich Nietzsche de Michel Onfray (Gallimard, 176 pages, 2019)

Incipit :
Tutoyer le vide en marchant -. Mes visites au grand écrivain, je ne les ai faites qu'à Nietzsche : à Nice, contemporain du tremblement de terre qu'il est lui-même, et dans les rues où il croise peut-être Jean-Marie Guyau, le jeune auteur tuberculeux d'une Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction qu'il annotera avec fièvre ;

J'aime bien Friedrich Nietzsche et je ne saurais dire vraiment pourquoi. Peut-être parce qu'il philosophe avec un marteau et que je trouve cela un tantitnet incongru, de prime abord. Et j'aime bien Michel Onfray, je parle de ses livres, pas de ses interventions publiques, c'est dynamique, clair, un peu provoc, non dénué d'un certain panache. Un peu de mauvaise foi ce qui le rend humain, donc proche de moi. J'apprécie aussi que l'auteur interprète un lieu géographique et le rapproche de la pensée en mouvement d'un philosophe. Comme quoi le lieu a ou aurait de l'importance, ce qui me semble assez plausible, comme l'influence du corps d'ailleurs. Cela donne aussi un joli sous titre, géologie de Friedrich Nietzsche. Pas mal, non ? Cela permet aussi de réhabiliter, à nouveau il me semble, le philosophe qui a eu sa pensée déformée, saccagée, violée par sa propre sœur et le régime nazi. Plus curieusement il y aurait encore de tels contresens notamment chez Deleuze que l'auteur prend plaisir à éborgner joyeusement. C'est aussi une explication de la pensée nietzschéenne, ce qui pour moi est toujours bon à prendre, n'étant jamais sûr de bien tout comprendre (Et même étant plutôt sûr de son contraire). Cela me donnerait presque envie de partir en voyage à cet endroit, Sils-Maria et de relire ce livre, tant l'évocation du lieu rentre en résonance avec son contenu. Il a aussi la faculté à m'inciter à explorer plus profondément ou à compléter car il égrène son récit de références diverses. Et enfin j'aime toujours la blanche comme format, sobre et classe à la fois. Il se trouve que je l'ai terminé depuis plusieurs jours déjà et que s'évapore les belles phrases que j'avais prévu pour cet article. Faute de n'avoir rien noté, tant qu'à faire, elles se sont évanouies dans les confins du néant. Cela m'apprendra à ne pas être plus régulier dans mes écrits. Le mot avalanche dans le titre prend un connoté particulier car, suite à la lecture de Cryptocommunisme de Mark Alizart, ce dernier mettait en note de bas de page un ouvrage indispensable (c'est son terme), Thermodynamique de l'évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie de François Roddier, ouvrage dans lequel l'avalanche est pris comme exemple pour les phénomène en 1/f, et de point critique au delà duquel une rupture pouvait se déclencher. J'y vois un lien avec la pensée du philosophe, et donc le mot avalanche est d'autant plus approprié.

Note : AAAAAAAA

dimanche 1 décembre 2019

The Mysterious Benedict Society and the Riddle of Ages by Trenton Lee Stewart

Ça plane pour moi houhou houhou !
The Mysterious Benedict Society and the Riddle of Ages by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 400 pages, 2019)

Incipit :
In a city called Stonetown, on a quiet street of spacious old houses and gracious old tress, a young man named Reynie Muldoon Perumal was contemplating a door.
J'avais complètement oublié que j'avais fini ce livre cette semaine, tellement pris par la parution du dernier volume de la Passe-Miroir et sa lecture dévorante ! J'avais pourtant passé un bon moment avec la société Bénédicte, très heureux de retrouver Sticky, Reynie, Kate et bien sûr Constance, que j'aime beaucoup en dépit d'un caractère pas simple, mais cela fait partie de son charme. C'est un peu toujours les mêmes ennemis et cela pourrait à la longue lasser, ce serait bien que l'auteur se renouvelle un peu sur ce plan. Mais il arrive quand même toujours à nous impliquer autant, et on s'inquiète vraiment pour ces gosses. En plus ils se posent pleins de questions, sur leurs relations, la difficulté de grandir, d'éventuellement à devoir se séparer un jour et c'est assez touchant ! C'est d'autant plus compliqué par le talent particulier de Constance ... et d'un nouveau venu. L'intrigue est assez bien ficelée, avec de bonnes tensions dramatiques et devrait passionner les enfants (Donc moi) !!! En plus ce volume est récent, pas encore en poche. Au delà du prix plus élevée, l'édition est très belle, sous la jaquette le livre est rouge, dos bleuté, titres sur la tranche en dorée, et sur la couverture les cinq héros embossés. Wouha, classe. Presque tenté de tout racheter en relié ... Mais non soyons raisonnable. Et pour pratiquer son anglais c'est just perfect !

Note : AAAAAA

La Tempête des échos de Christelle Dabos

Éole ! Éole ! Éole ! Éole !
La Tempête des échos. La Passe-Miroir tome 4 de Christelle Dabos (Gallimard Jeunesse, 572 pages, 2019)

Incipit :
- Tu es impossible.
- Impossible ?
- Peu probable, si tu préfères.
- ...

Un livre magistral, une maîtrise de la narration. Un livre très très attendu. La dernière pierre sur un édifice (une tour !) et quelle pierre ! La fin d'une saga, entre philosophie, religion et métaphysique. Christelle Dabos a construit un monde particulièrement riche, imaginatif, bourrés de références, volontaires ou involontaires, je ne sais, mais qui font écho (ha ha) aux archétypes du héros (J. Campbell), en l'espèce Ophélie. On pense à Alice au  pays des merveilles, à cause notamment du miroir, mais aussi d'un lapin au fond d'un puits, mais cela va bien plus loin, cela puise dans la Gnose et son dualisme, à l'Alchimie aussi bien par le haut et le bas que la recherche de l'identité, de son identité, au plus profond de soi, de l'Amour, aussi bien au sens chrétien que romantique, dans les mythologies diverses qui pourront rappeler Homère, et la Kabbale (Vu que je lis un ABC de la Kabbale de Daniel Souffir). Pour ce dernier point il y a dans ABC de la Kabbale : p. 123 l'énergie qui rappellera l'aerargyrum de la Passe-Miroir ou les fluctuations quantiques pour les physiciens, p. 118 dualité pure et conscience séparée (Vous comprendrez pourquoi en lisant La Tempête des échos), p. 121 je reçois et je restitue (Pareil, c'est limpide dans le roman) etc. Je ne dis pas que La Tempête des échos est un livre kabbaliste, juste que des fondamentaux traversent les grands textes et que les grands romans s'en inspirent ou laissent transpirer ce qui nous définie, nous rend unique, nous rend créateur. Cela veut dire, pour moi, que ce livre contient des éléments essentiels, une profondeur indéniable. Le Verbe créateur est emblématique, tant le langage a ici de l'importance, le code, c'est aussi bien Biblique que Kabbaliste, mais cela pourrait également évoquer beaucoup aux informaticiens, j'en suis encore bouleversé. Je n'en dis pas plus pour ne rien dévoiler, car au delà de ce que ce livre m'inspire, il m'a littéralement transporté, lu en un peu plus d'un journée tant je ne pouvais le lâcher. Cela me rappelle le bon temps du Dit de la Terre plate de Tanith Lee, lu il y a fort longtemps ou plus récemment Harry Potter. Un livre magnifique, une très belle conclusion à la saga, même si j'aurais aimé un épilogue. J'attends que mon épouse et ma fille aient lu le livre pour en discuter avec elles. Pardon poussin, de l'avoir lu avant toi. Mais tu me comprends. Il y aurait tant de choses à dire sur ce livre ... J'en suis époustouflé tant il est vertigineux. Un livre édifiant et inspirant. Ophélie, tu me manques déjà.

La vérité est dans l’imaginaire.
Eugène Ionesco

Vivre sans vertige n'est pas vivre
Jean-Pierre Luminet (PodCast France-Culture)

Note : un Gogolplex

Dernière sommation de David Dufresne

Le Petit Livre Jaune
Dernière sommation de David Dufresne (Grasset, 234 pages, 2019)

Incipit :
Vicky tournait la bague de son majeur, comme un rituel.


Roman sur le mouvement Gilet Jaune, à défaut de le nommer autrement, inspiré fortement de faits réels (à 90% d'après l'auteur dans une interview). Un réquisitoire sur les dysfonctionnements au plus au niveau de l'état. Non pas un livre contre la police, ni pour les casseurs d'ailleurs, mais l'état devenu policier ou à tout le moins avec des représentants menteurs. Les mensonges sont flagrants, par exemple décrypté par des journalistes du Journal Le Monde, où le déni du Président de la République est tout simplement sidérant, mais Castaner n'est pas en reste. C'est du Trump avec une syntaxe correcte et de jolis mots, pour couvrir les autres maux.  Il y a des approches différentes dans d'autres pays mais là sont couvert des violations de la loi par leurs représentants mêmes. Des faits alternatifs à la française. J'imagine l'effet dévastateur à une époque des réseaux sociaux où tout se partage, tout se transmet. Et on ne parle pas ici de Black bloc armés qui se font tabasser, où là, je dirais se faire frapper est tout à fait proportionné. Je n'ai guère de pitié pour les casseurs. Mais ce qui est couvert est bien plus grave. La juriste rappelle la loi et je ne pensais pas que c'était si encadré en fait. Bref. Ce livre nous fait plonger dans la dérive de l'état policier, encouragé par ses plus hautes institutions, sans réflexions rationnelles, sans changements de doctrine, sans perspectives. Que de l'émotionnel, de la répression aveugle, de la langue de bois et surtout des mensonges flagrants. Cela porte aussi un autre nom : incompétence. Mais en tout point conforme à une vision ultra-libérale, darwinisme social, pouvoir et force étant l'horizon indépassable. Les policiers sont mis dans des positions intenables, on confond casseurs et manifestants pacifiques, et les médias de masse ne font tout simplement pas leur travail ou avec du retard, participant dans un premier temps à une propagande d'état. Pour s'en prémunir il faut aller puiser à différentes sources, lire des essais, comme celui de Danièle Sallenave sur Jojo le Gilet Jaune. Titre tiré d'une expression méprisante du Président, un Trump aux petits pieds, plus policé, plus érudit, mais le même fond, menteur, méprisant des classes sociales et pour les ultra-riches. Qu'attendre de plus d'un ex-banquier ? Qui de surcroit découvre la pauvreté via un film ? Déni, déni, déni. Un étudiant s'immole par le feu. Un cas isolé. Une Directrice d'école se suicide. Un cas isolé. Les mêmes techniques de com. Déni, déni, déni. On laisse l'hôpital publique crever. On donne La Française des Jeux (Exploitation légitimée des pauvres) bénéficiaire au privé. On privatise les bénéfices, on étatise les pertes. La même recherche du profit absolu du Capital accompagné main dans la main par la recherche du mensonge du nouveau Ministère de la Vérité. Désolant.

La violence : une force faible. 
Vladimir Jankélévitch (Le pur et l’impur )

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA