jeudi 26 décembre 2019

La vallée du néant de Jean-Claude Carrière

Welcome to the Void
Manuel de désillusion (Tome57)
La vallée du néant de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob, 342 pages, 2018)

Incipit :
Une ancienne anecdote japonaise, très simple, raconte ceci : 
Deux promeneurs s'avancent à pied dans une montagne, sur un chemin étroit et par endroits périlleux. Disons qu'ils font une excursion.

Voilà un livre qui s'interroge sur la Mort. Dans un sens non religieux, la foi n'a pas vraiment sa place dans cet ouvrage. Ici pas d'au-delà et autres inventions ou superstitions. Le bouddhisme sans la réincarnation. Un sujet vital, la mort. Au sens de néant. Vous étiez poussières, vous le redevenez. Plus de corps, plus d'esprit. Quant à l'âme ... Et pas ces niaiseries qui font croire que vous vivez encore dans la mémoire des autres, cela c'est niveau Oui Oui chez les Bisounours. Pire, les banalités affligeantes, les clichés creux entendus lors des enterrements. Il s'agit ici plutôt de savoir comment ce néant, même pas ce rien ou ce vide, définit l'horizon indépassable de notre très brève passage sur cette Terre. A cette aune tout devient vain, dérisoire, anecdotique. Commet vivre alors ? Autant dans Happy il y avait le stoïcisme, le lâcher-prise, le comment relativiser et trouver une forme de bonheur. Ici c'est un plus difficile, il y a un frêle espoir à partir du chapitre "Au plaisir" (p. 164), et "Et le savoir ?" (p. 181) pour embrayer sur "Le suicide". Non pas qu'il le recommande mais c'est aussi pour parler d'un sujet parfois clivant. Cela touche surtout à un sujet plus ou moins tabou, évacué, mise de côté, sous le tapis, une naissance Pretium doloris pour finalement retourner dans le néant. D'où ce monde de distraction, de superstitions, de mythes pour cacher notre angoisse tout en sublimant notre vie. En parlant de suicide, son propos sur Bernard Haller m'a impressionné. Son enterrement est ce que je peux souhaiter de mieux lorsque je passerais dans ce néant. C'est un livre d'une lucidité sincère, franche, en rien cruelle ou froide, qui tente l'objectivité sous le regard de la raison, acceptant le mystère, l'inconnu et l'inconnaissable mais ne construisant en rien une croyance, basée, elle, sur le manque de preuve, sur le fantasme, sur l'imaginaire, et donc pouvant dire virtuellement n'importe quoi. C'est aussi un livre d'humilité qui fait redescendre sur terre tout ceux qui s'inventent une vie principalement fictive faite de gloire, de richesse, de se croire finalement plus que ce qu'on est, à savoir très peu. Le discours construit une légende mais celle-ci ne repose sur rien. Dommage que l'auteur ne distingue pas ammortel d'immortel. La nuance est d'importance pourtant. Un livre tout de même, paradoxe parmi tant d'autres, roboratif. Il me donne l'impression de changer de perspective sur pleins d'aspects de la vie en général et de la mienne en particulier. Que la mort devrait être un sujet parmi d'autres et qu'il est souhaitable d'en rire. J'ai ressenti tout l'expérience, tout le vécu de l'auteur au travers de ce texte. C'est pour cela qu'il révèle quelques choses qu'il faut parfois une vie pour découvrir. Les idées ici exposées étaient en germes en moi. Rien ne m'a véritablement surpris, je suis plutôt du même avis que l'auteur, mais c'est surtout excellemment formulé, exposé, construit. J'aime beaucoup qu'il m'ait révélé que le vocable sagesse était surfait, galvaudé. Je le comprends maintenant. Ses références concordent avec mes lectures, sur le bouddhisme mais surtout sur la Tao. L'image du japonais est claire comme l'eau de source. Il y aurait encore beaucoup à dire, tant j'ai annoté cet ouvrage mais l'idéal est tout de même que vous le lisiez. J'ai mis une citation (cf. infra) avec laquelle je ne suis pas d'accord. Comme elle est hors contexte, peut-être que Jankélévitch voulait dire autre chose. La vie est justement ce phénomène incroyable qui lutte contre la mort, se perpétuant en dépit de tous les aléas et trouvant toujours une solution. Le vivant est par définition l'évènement biologique qui défie la mort, qui multiplie les espèces, les règnes. La mort est de surcroît son Janus, la deuxième face de la même pièce, des inséparables. Ils ne s'opposent donc pas mais font partie du même évènement. La vie et la mort sont l'être, le néant étant la fin de la vie, la fin de la mort, la fin de tout.

La mort est le seul événement biologique auquel le vivant ne s'adapte jamais.
Vladimir Jankélévitch

N'est pas mort ce qui à jamais dort, Et au cours des siècles peut mourir même la Mort.
H. P. Lovecraft  

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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