lundi 16 décembre 2019

Le lambeau de Philippe Lançon

The Torture Report
Le lambeau de Philippe Lançon (Gallimard, 512 pages, 2018)

Incipit :
La veille de l’attentat, je suis allé au théâtre avec Nina. Nous allions voir aux Quartiers d’Ivry, en banlieue parisienne, La Nuit des rois, une pièce de Shakespeare que je ne connaissais pas ou dont je ne me souvenais pas. Le metteur en scène était un ami de Nina. Je ne le connaissais pas et j’ignorais tout de son travail. Nina avait insisté pour que je l’accompagne.
Livre remarquable. Poignant voire bouleversant. Au point qu'il m'est difficile d'en parler. Pas de pathos inutile mais la difficile reconstruction d'un être passé de l'autre côté du miroir. Un rite de passage dont il se serait bien passé mais qui change radicalement sa perspective sur le monde et soi-même. Une forme de transformation qu'il analyse avec une sincérité étonnante. L'auteur donne un aperçu de la survie suite à un trauma, réduit dans un silence, limité à un cocon à la fois source de souffrances (les opérations) et lien indéfectible de son bien-être. Il fait de nombreuses digressions liant des souvenirs à ce trauma ou proposant des contrastes saisissants entre celui qui a vécu quelque chose d'unique et le monde qui continue et le perçoit ou interagit avec lui avec un rythme totalement autre. Il a l'art de présenter les choses de manière décalée ou disons non conventionnelle, parfois avec une dureté apparente, signe peut-être de l'instinct de survie, il décrit aussi un monde hospitalier qu'on imagine peu sans l'avoir connu. Il rend son texte intime et par empathie m'a fait ressentir de nombreuses émotions et donc m'a fait percevoir au delà de moi-même voire m'a fait réfléchir sur la condition humaine et sur la mort en particulier. Il y a des remarques très pertinentes sur ce qu'il est possible de ressentir, sur le décalage entre les uns et les autres, sur l'inéluctable, sur ce qu'il est possible de construire ou pas, sur la séparation dans des conditions si particulières, sur le brouhaha du monde exposant aussi bien sa diversité que son bavardage infini ne pouvant saisir par là-même la singularité du vécu d'une personne spécifique. Les limites du concept un peu nébuleux de résilience, style 'cela va aller mieux', 'tout va bien se passer', bla bla bla, démontrant que chacun finalement trouve, ou pas, sa ou ses stratégies, qu'elles ne sont pas réductibles à des mètres linéaires de Développement personnel et autre méthode Coué. Le passage où il se sent comme petit garçon en est tellement vrai. Il montre aussi la vision erronée des choses par son entourage. Même sur certains passages où on sent sa souffrance on imagine mal ce qu'elle a été, notamment de la subir des jours et des jours et des jours. Et aussi que les autres n'imaginent même pas le calvaire, la durée, le nombre d'opérations, d'incertitudes et les ramifications infinies de l'évènement. C'est la force de ce livre de rappeler la complexité, l'aléa, l'impossible réconciliation de deux visions du monde, l'un passé de l'autre côté. Il n'est pas facile de témoigner d'évènements traumatiques et pourtant ce livre y réussit d'une manière qui m'a étonné et profondément touché.

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Tableau n°28 : Le Lambeau

Cela m'a inspiré un autre tableau, qui porte le titre éponyme du livre. Ai-je besoin d'en rajouter ? Probablement que non.













Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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