lundi 30 mars 2020

La peste d'Albert Camus

La peste d'Albert Camus (Folio, 279 pages, 1987)
Le rat d'eau de la Méduse
Incipit :
Les curieux évènements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran.

Un livre que je n'avais jamais lu. A cause de l'actualité, il a le vent en poupe, et je me suis dit pourquoi pas. Un livre commencé et quasi fini avant que Le Masque & Le Germe le recommande.Et puis Arnaud Viviant, que je trouve assez agaçant, qui préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Camus (!), m'incite encore plus à lire Camus. Le bateau en couverture évoque Le Grand Saint-Antoine, en plus moderne, lors de la peste de Marseille en 1720. Nos états modernes n'ont rien préparés, je ne suis pas surpris, la logique du profit, la manière dont on gère les risques, quels qu'ils soient, la priorité à la finance, à la performance, la logique comptable, en laissant crever les hôpitaux, les riches feront appel aux cliniques privées de luxe, tout cela me désespère. Une explication pédagogique de fin mars, de DirtyBiology qui reprend en autre la cartographie du Coronavirus Ressource Center du Johns Hopkins University & Medecine, ma 'a convaincu de lire ce livre. Certes c'est une parabole de la peste brune (camps, fours, un être froid passionné par les trains qui envoie à la mort) mais aussi de la violence le Mal que chacun porte en soi. C'est très fort. Mais aussi, au premier degré, une excellente analyse psychologique et sociale lors d'une pandémie, comme on la retrouve également dans La mort blanche de Frank Herbert, ou I'm Legend de Richard Matheson (Surtout pas le film). Il y a beaucoup de passages fort intéressant et d'autres qui pourraient être des citations, comme, page 110, "C'est au moment du malheur qu'on s'habitue à la vérité, c'est-à-dire au silence." Une lecture édifiante ...

Note : AAAAAAAAA

samedi 28 mars 2020

pantopie : de hermès à petite poucette Michel Serres

pantopie : de hermès à petite poucette Michel Serres, entretiens avec Martin Legros et Sven Ortoli (Editions le Pommier, 392 pages, 2014)

Incipit :
Vos racines, c'est la Garonne ? Au commencement était le fleuve ?
 On peut prendre la formule au pied de la lettre, parce que l'année de ma naissance, en 1930, il y a eu cette immense inondation qui est restée dans les mémoires gasconnes.
Pantopie revisite une grande partie de l'ensemble de l’œuvre de Michel Serres. Ses personnages conceptuels, de hermès à Petite Poucette. Michel Serres a tendance à m'agacer (Ce qui n'en fait pas un mauvais auteur ni quelqu'un de pertinent, il m'agace c'est tout), à s'approprier ce qui finalement a été dit par d'autres et ne pas en faire crédit à à simplement l'occulter. Il manque de précision, il a le sens de la formule mais parfois cela confine au cliché. On sent qu'il a souffert d'un manque de reconnaissance et cela induit qu'il ressent le besoin de dire qu'il a connu tel ou telle personne sans que cela serve le propos. Il parle d’ailleurs de sa" boutique" Michel Serres, et au moins sur ce point il est sincère, il a un côté commercial pour son propre produit. Il évacue Levi-Strauss (Car ses propose sont non vérifiable) mais trouve bien celui qui s'interroge sur les baleines (Alors que le même reproche pourrait être fait), mais concède à la fin lire Levi-Strauss. Parfois il se contredit d'une ligne à l'autre.  Il rappelle dès qu'il peut qu'il a été premier en ceci, en cela, ami de machin, ami de truc. L'humilité n'est pas ce qui l'étouffe et je trouve cela pénible à la longue. Il dit avoir toujours été précurseur, personne n'avait vu avant lui le lien science et société le changement de paradigme lorsqu'il y a eu Hiroshima/Nagasaki. Vraiment ? Même pas Albert Einstein ? Robert Oppenheimer (Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes) ? Pour la révolution du numérique John Perry Barlow ? Non, toujours pas ? Le Cyberpunk, ring a bell ?  Il y a tout de même des arguments intellectuellement faibles. Il évacue de manière assez simpliste certains penseurs, tout ceux qui remettraient en cause son statut de précurseur. Or cela sonne faux. Décidément l'auteur de Petite poucette m'agace prodigieusement. La science avant Hiroshima, pas de problème ... page 171. Et le gaz moutarde en 1914-1918 ? Les chars, la balistique, les armes à feu, les arcs, flèches, l'usage de virus (cadavres) lors des sièges passés, etc. La science n'a pas attendu Hiroshima pour être au service des puissants et de la mort. Oui le nucléaire permet de détruire l'espèce en une fois (Comme la guerre bactériologique, cf. Biohazard de Ken Alibek).  Une fois de plus M.S. simplifie, édulcore, essentialise. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ne date pas d'hier ... Page 173, la guerre froide s'est passée sans incident. J'ai failli m'étrangler,  et la crise des missiles de Cuba ? Non ? A deux doigts d'un conflit thermonucléaire, il n'y a pas donc pas eu d'accident, c'est un peu se jouer de mot ... Qu'il s'intéresse à Fog of War de McManara. C'est parce qu'on est passé à deux doigts de M.A.D. (Mutual Assured Destruction) que le téléphone rouge a été installé. Pages 175, 176 ou l'art de ne pas répondre à la question. Page 195 : prof principal devrait être le prof de sport, affirmation purement gratuite. Peu étayée. Intellectuellement faible. Comme d'hab. Encore l'erreur entre programmateur et programmeur. Bon, j'arrête là. Car il y a quand même quelques passages intéressants, et j'apprécie grandement son souhait de décloisonner, de latéraliser, de mélanger les savoirs, de faire des passerelles, la transversalité des sciences humaines et scientifiques, bref l'interdisciplinarité. Sur ce point Michel Serres a marqué d'une pierre son parcours. Et ce n'est pas parce qu'il m'agace qu'il n'a pas quelque chose à m'apprendre, ne serait-ce que pourquoi il m'agace. Au moins dans ce livre il finit par admettre que Petite Poucette était un peu naïf, léger. Les auteurs ont du s'y reprendre à trois fois pour qu'il l'admette. Mais il l'avait déjà admis sur l'insistance de Finkielkraut dans son émission Répliques. J'ai quand même pris plaisir à cette galerie de portrait et cette profusion de sujets abordés. Cela me plait !

Note : AAAAAAAA

mercredi 25 mars 2020

Le livre d'Hénoch I & II

Le livre d'Hénoch I & II (Pléiade, 1905 pages, 1987)

Incipit :
Parole de bénédiction d'Hénoch. C'est ainsi qu'il bénit les élus et les justes qui (verront) au jour d'angoisse l'extermination de tous les ennemis et le salut des justes.

Je n'ai pas, pour l'instant, tout lu de ces écrits intertestamentaires, juste les deux parties sur le Livre d'Hénoch. Livre I Hénoch (pages 463-625) et livre II Livre des secrets d'Hénoch (pages 1165-1223)
Les notes de bas de pages sont très importantes, elles changent le regard, proposent des explications qui, sans elles, rendraient le texte abscons ou superficiel. Par exemple le passage avec des animaux est en fait une partie historique avec des peuples. Il y a aussi les liens avec les autres écrits intertestamentaires qui se renvoient l'un à l'autre formant un corpus d'une richesse étonnante.Il m'est difficile de donner un avis à ce stade, cela mérite relecture. Il y a quelques passages très beaux.C'est à la lecture d'un autre texte qui donnait en référence Hénoch que cela m'a incité à aller voir de plus près. Je n'ai pas de regret. Et puis historiquement parlant c'est émouvant de lire ce genre de texte ...

Note : AAAAAAA

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal (Folio, 326 pages, 2018)

Incipit :
Paula Karst apparait dans l'escalier, elle sort ce soir, ça se voit tout de suite, un changement de vitesse perceptible depuis qu'elle a claqué la porte de l'appartement, la respiration plus rapide, la frappe du cœur plus lourde, un long manteau sombre ouvert sur une chemise blanche, des boots à talons de sept centimètres, et pas de sac, tout dans les poches, portable, cigarettes, cash, tout, le trousseau de clés qui sonnent et rythme son allure - frisson de caisse claire - la chevelure qui rebondit sur les épaules, l'escalier qui s'enroule en spirale autour d'elle à mesure qu'elle descend les étages, tourbillonne jusque dans le vestibule, après quoi, interceptée in extremis par le grand miroir, elle pile et s'approche, sonde ses yeux vairons, étale de l'index le fard trop dense sur ses paupières, pince ses joues pâles et presse ..
Bon, il m'a fallu abréger l'incipit qui n'en fini pas, c'est rare (Encore pire, il y a Zone de Matthias Enard, qui, de mémoire est une seule phrase par chapitre, pas de point donc, à chacun de trouver son rythme, ceux qui n'y arrivent pas s'y épuisent ... mais est-ce la faute du livre ?). Un livre délicat, qui parle très bien de nos affects, de la peinture (décor ou d'artiste) avec un très beau passage sur Lascaux. Il parle des creux, de l'indicible, de l'ineffable, de ce qui est évoqué dès la première page par ce magnifique kōan, un classique dans le zen, que je connaissais pour en avoir lu plein. Il ne s'agit pas de les lire mais d'y répondre en quelque sorte, et pas de manière rationnelle, occidentale mais par le cœur, la seule voie véritable. Le vent fait-il du bruit dans les arbres quand il n'y a personne pour l'entendre ? Ce qui ne se sait pas, ne se sait pas. On ne perçoit qu'à l'aune de ses sens, la majeure partie de la vie nous échappe. Un livre  touchant qui parle de la vie, de l'amour, de l'art, et qui le fait bien. 

Note : AAAAAAAA


Chemins de sagesse traité du labyrinthe de Jacques Attali

Chemins de sagesse traité du labyrinthe de Jacques Attali (Fayard, 236 pages, 1996)

Incipit :
Quatre histoires pour commencer
Doom
 En des temps encore très lointain, des chimères cannibales envahiront la Terre.

Le début surprend, cela parle du jeu Doom (1993 !) auquel j'ai joué sur un PC 486. C'est de la balle ce jeu, le son dément, la nouveauté, l'innovation technique, l'ambiance post-apo, une claque vidéoludique cosmique ! Un voyage qui vous transforme ! Effectivement labyrinthique, peuplé de pièges, d'impasses qui me renvoie aux livres dont vous êtes le héro, Le labyrinthe de la mort de Ian Livingstone, oui on voit mes travers qu'évoque ce traité du labyrinthe, alors quand l'auteur parle de réseau mondial, d'architecte réseau et j'en passe, d'ailleurs un peu daté dans ce domaine, le cyberspace étant bien connu du monde littéraire avec par exemple William Gibson et, entre autre, son Neuromancer (1984), ou encore Les mailles du réseau (1988) de Bruce Sterling, romans parmi tant d'autres que j'ai dévoré à cette époque, fasciné par ce monde entièrement nouveau. Autant dire que ce livre de Jacques Attali me parle, à de multiples niveaux, et qu'il fasse des liens avec l'aube de l'humanité ou que le labyrinthe évoque un inconscient collectif archétypal est une douceur spirituelle qui m'élève. L'encart d'illustré au milieu est fabuleux, cela rassemble les peuples, de ce qui fait humanité. Dommage que ce livre ne soit plus édité et disponible qu'en occasion (Bon aussi en numérique, mais pas pareil ...). Bonne bibliographie, cela fait rêver. j'aurais souhaité un index, c'est le type d'ouvrage qui le nécessite. J'apprécie la couverture et tout ce qu'elle évoque ... Petite erreur page 95 qui indique que le labyrinthe d'Amiens a été détruit en 1825. En tout cas depuis que je suis né je l'ai parcouru de nombreuses fois et il y a encore à peine deux ans, je l'ai même pris en photo. Non, ce labyrinthe existe toujours. Sa frontière est un octogone, particularisme qui en fait toute sa saveur. "La femme est le premier labyrinthe de l'homme." je n'ai pas noté la page ... J'ai pensé aussi à l'excellent Le nom de la Rose d'Eco pour son labyrinthe de livres, ou encore Carlos Ruiz Zafron, L'ombre du vent et son cimetière des livres oubliés ou son dernier livre Le labyrinthe des esprits ...


Note : AAAAAAAAAAAAA

vendredi 20 mars 2020

Pierre, de Christian Bobin

Pierre, de Christian Bobin (Gallimard, 96 pages, 2019)

Incipit :
Je me moque de la peinture.

Un livre de sensations, sur un postulat irréel, la visite impromptue de l'auteur chez Pierre Soulages. L'incipit est rigolo vu que je viens de commencer un livre de Kerangal, Un monde à portée de main, qui porte sur la peinture. Vous vous en tapez complètement, je m'en doute bien. Je commence à apprécier Christina Bobin, il était temps. Et puis au détour de ses errances, des phrases qui font mouche. Il a l'air évocateur des démiurges, faisant naitre ne moi des images inédites ou des pensées fugaces. Gloire lui soit rendu en cette période de confinement. Quelques phrases que j'ai noté ? ok.


p. 7 : « Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions »

p. 8 : « Il y a une présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant »

p. 11 : « Je ne vois jamais photographiquement mais en esprit, ce qui est l’exacte façon de voir »

p. 22 : « Je t’aime assez pour me mettre en travers de ta mort et l’empêcher d’avancer ».

p. 38 : « Nous devrions savoir d'abord que tout est loin à jamais, sinon ce ne serait pas la vie» (De Dhotel en fait, mais cité)

p. 74 : « Mourir c'est laisser ses sandales sur le seuil du temps, pour entrer pieds nus dans la chambre d'une rose ou dans l’œil renversé d'une poupée »

p.88 :  « Qu'il est sublime de tâcher d'être humain et sourire d'échouer si parfaitement »

p. 93 : « La grande amitié c'est d'oser dire ses désaccords, faisant sursauter écureuils et étoiles »

p. 95 :  « L'intérêt des livres, c'est qu'ils taillent nos yeux, retendent la chair de nos âmes  »

Note : AAAAAA

Assise. Une rencontre inattendue de François Cheng

Assise. Une rencontre inattendue de François Cheng (Albin Michel, 51pages, 2014)

Incipit :
J'ai eu le privilège de choisir, à un moment clé de ma vie, mon propre prénom.
Un livre court sur une rencontre, entre l'auteur et Saint François d'Assise. Comme toujours chez Cheng c'est empreint de délicatesse, d'observation fine de la vie, d'aspects spirituels. Une belle écriture au service de l'humain. Avec en postface le Cantique des créatures cité dans le livre. Un ouvrage bref, c'est vrai, mais qui m'a emporté. Une belle édition au papier épais assez doux, j'aime bien ... J'allais commencer un autre livre de cet auteur L'éternité n'est pas de trop, que j'avais donc déjà lu. Je ne m'en suis pas rendu compte de suite ... c'est l'âge ...

Note : AAAAAA

dimanche 8 mars 2020

Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry

Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry (Folio Junior, 95 pages, 1980)

Incipit :
Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la Forêt Vierge qui s'appelait «Histoires Vécues».

Ce n'est pas exactement cette couverture, l'exemplaire que j'ai date de la 5ème K (édition de 1980), objet d'étude au collège. Il fatigue un peu mais je l'ai gardé, relu, toutes ces années.Un conte initiatique sur l'enfance, le passage à l'adulte, et cette part de soi qui est sacrifié pour on ne sait quel but mais qui nous fait oublier la voie du cœur, cette faculté du merveilleux et de l'étonnement. Cette histoire me touche toujours autant au fil du temps. Cela doit toucher quelque chose qu'on sent au fond de soi. Parfois je suis tenté de le faire lire à certains adultes de mon entourage, afin qu'ils s'aperçoivent, peut-être, qu'il y a des choses essentielles dans la vie, et qu'il convient de ne pas les oublier.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA

Le songe de Monomotapa de Jean-Bertrand Pontalis

Le songe de Monomotapa de Jean-Bertrand Pontalis (Gallimard, 166 pages, 2009)

Incipit :
Quand nous nous réunissions pour décider du prochain thème dont traiterait la Nouvelle Revue de psychanalyse, il est arrivé plusieurs fois que notre choix se portât sur l'amitié.

Un livre sur les différents formes de l'amitié et comment ces formes mouvantes évoluent dans le temps, s'amenuisent, se délitent ou naissent de manière plus ou moins spontanée. Ce qui les renforce, ce qui les distingue de l'amour, comment deux êtres en arrivent à une relation si singulière qu'elle en défie presque les lois sociales. Un livre intime, touchant qui révèlent les arcanes de ce lien si fort qui pourtant peut disparaître, comment le statut de meilleur(e) ami(e) peut voir défiler une personne puis une autre au gré du flux de la vie. Cela me remet en perspective ma façon particulière de l'amitié. Un livre direct, sensible, dont l'écriture fine me plait particulièrement. Merci à l'amie de me l'avoir prêté, il me révèle à moi-même.

Note : AAAAAAAAAAAAAA

samedi 29 février 2020

La panthère des neiges de Sylvain Tesson

Le chant du cygne du prédateur alpha
La panthère des neiges de Sylvain Tesson (Gallimard, 168 pages, 2019)

Incipit :
Je l'avais rencontré un jour de Pâques, après une projection de son film sur le loup d'Abyssinie.

Retour à la nature, à sa beauté, aux cycles de la vie et la mort. La beauté du monde, de notre planète, de ses habitants dont cette Panthère des neiges, royale, indifférente à la folie humaine et ses dérives de toutes sortes. C'est une critique acerbe, lucide, terrible de ce prédateur dominant qu'est l'espèce humaine, au point que celle-ci détruit son biotope, de manière irrémédiable et méthodique. La chronique d'une mort annoncée, celle de l'humain. L'article de l'Express (Édition du 26 février) ne voit en Sylvain Tesson qu'un être qui fréquente l'extrême droite, atypique, réac. Pas un mot sur la destruction de la planète, logique pour un journal des riches qui planifie cette destruction qu'ils croient créatrice. Les dés sont lancés et je n'y puis grand-chose. Un livre bourrés de sentences, d'adages, de préceptes, d'aphorismes, tant l'auteur a cet art d'une pensée synthétique où, en quelques mots, on dit beaucoup, le sens de la formule qui fait mouche. En contrepied de nos sociétés de la vitesse, de la surconsommation, une glorification de l'affût, la patience, le silence, l'aventure dans toute sa noblesse. Un très beau livre. Captivant. Envoutant. Essentiel. Merci à l'amie qui me l'a offert. Cette panthère des neiges sera notre juge. Elle disparaitra, indifférente aux errances humaines, symptôme d'une humanité déshumanisée. Léa Salamé a besoin d'apprendre à regarder ? Vraiment ? Elle ose cette question ? Qu'elle visite le musée de l'évolution à Paris, qu'elle écoute cette horloge au premier étage, qu'elle médite devant la taille des pêches des milieux halieutiques, qu'elle se promène en forêt ou qu'elle aille se promener en bord de Loire. Apprendre à regarder aux aveugles ? Étonnant cette limitation de vue, de pensée, de vision devant l'abysse, ces questions lénifiantes devant le danger imminent, cette réduction de l'espace et de la vie au profit du prédateur ultime. Ce n'est pas cela qui est vertigineux pour Nicolas Demorand mais la photo où apparait la panthère alors que le photographe et le spectateur pressé ne l'avaient pas décelé. Voilà un bon résumé. Devant l'incendie on s'intéresse à son lacet défait. En ce qui me concerne c'est cela que je trouve vertigineux. Ce déni. Parler de "quête spirituelle" de la part de Léa Salamé, fait un peu court pour circonscrire la destruction de la planète, non ? Un prix Renaudot mérité, est-ce que cela changera quelque chose sur la prise de conscience planétaire ? J'en doute.

Note : est-ce nécessaire devant l'inévitable ?

dimanche 23 février 2020

Le coup d'état climatique de Mark Alizart

Urgence absolue

Le coup d'état climatique de Mark Alizart (PUF, 88 pages, 2020)

Incipit :
Il n'y a pas de crise climatique.

Oui l'incipit est contre-intuitif. C'est voulu. Genre appel du pied. Mais nous sommes dans la ligne d'une Naomi Klein. Une critique du fascisme, régime dans lequel sombre les États-Unis avec son leader néo-fasciste Donald Trump. Ce dérèglement climatique est voulu, souhaité par les gens de pouvoir. Ce cynisme absolu est volontaire. Et soutenu par les éditocrates et les pseudo intellos. Pas de complotisme ici, une logique froide, un souci d'intérêt des pouvoirs en place, un darwinisme social calculé, du risk investment où seuls les plus riches et les plus malins sauront exploiter les opportunités, le reste pourra crever. Étayé par de nombreux ouvrages et pas des plus récents. Et pourtant, ce court ouvrage, qu'on pourrait qualifier de manifeste, propose des solutions concrètes (Les grandes lignes). Les effets liés au "phénomène Greta Thunberg" m'a rappelé cet adage, Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt. Il est sidérant de lire les réactions à son encontre qui sont révélatrices du malaise, du déni dans lequel nous sombrons. J'essaye encore de croire qu'un monde meilleur est possible. Pour ma fille, pour l'humanité.

Note : il y a urgence vitale, vous en déduisez ce que vous voulez.

La mythologie égyptienne de Nadine Guilhou et Janice Peyré

Berceau majestueux de l'Humanité
La mythologie égyptienne. Partez à la découverte de cette mystérieuse civilisation de Nadine Guilhou et Janice Peyré (Marabout, 480 pages, 2020)

Incipit :
Le monde de l’Égypte est un univers dans lequel on pénètre par les sens.

Un livre lu il y a quelques temps déjà. L'incipit résume à lui seul en quoi l’Égypte me fascine. Il y a eu une petite pause dans mes lectures, d'autant que les dernières ont remis en question voire à leur place certains éléments essentiels qui méritaient pour moi réflexion. Ma fille m'incite à m'intéresser aux langues en général et aux hiéroglyphes en particulier. La lecture/étude du livre sur les "Hiéroglyphes pour tous" m'a poussé à lire un livre en référence, ce livre sur la mythologie égyptienne. Également la lecture d'Her-Bak Pois Chiche, qui m'a particulièrement passionné et édifié. La vision holistique, cohérente du monde, sa cosmogonie riche, fait de l'Égypte une civilisation fascinante qui exerce sur moi une influence des plus louables. Et ce livre offre une présentation variée qui met en relief toute la richesse de cette civilisation d'exception, que ce soit sur la langue sacrée, l'architecture, son symbolisme, la vie qui se reflète dans sa vision et sa vision qui reflète la vie telle que vécue par les égyptiens par une nature si particulière, animaux/végétaux, autour du rythme du Nil. Un livre riche, excellente introduction. Je recommande.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

samedi 11 janvier 2020

Thermodynamique de l'évolution. Un essai de thermo-bio-sociologie de Francois Roddier

Thermodynamique de l'évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie de François Roddier (Editions Parole,215 pages, 2019)

Incipit :
Il y a 50 ans, je débutais ma carrière scientifique sous la direction de Jacques-Émile Blamont. Celui-ci revenait des États-Unis où il avait assisté aux débuts de la recherche spatiale.
Un livre époustouflant et vertigineux. La pensée latérale, horizontale en sus de la verticale. Une transdisciplinarité fort instructive qui propose des clés originales d'interprétation du monde. Enfin pas des clés mais tout un trousseau. Tout ce que j'aime. Brillant, éclairant, profond. Pour faire bref les phénomènes physiques, dont le troisième principe de la thermodynamique, les lois chaotiques, les structures auto-organisées, dissipatives, le couple entropie/information etc. modèlent la biologie, la démographie, mais aussi la sociologie, l'économie et d'une manière plus large nos sociétés. Ce livre est tout simplement bluffant, génial. Mais qui, à l'instar de Jared Diamond induit des perspectives inquiétantes, car des forces sous-jacentes dont nous avons que peu conscience, sont à l’œuvre. J'aime beaucoup cet auteur que j'ai finalement regardé dans l'une de ses conférences sur Youtube, et même consulté son blog pour constater qu'il venait d'arrêter récemment d'y poster. C'est un livre de vulgarisation, rien de trop compliqué, très peu de formules en dehors d'un chapitre (L'avant-dernier de mémoire), mais qui forme une ossature complexe où tous les éléments sont reliés pour faire sens. Et là franchement c'est le Graal. Étonnamment beaucoup de recherches citées ne sont pas récentes, certaines des années 20, d'autres des années 70 mais le sujet prend tout son sens à notre époque. Un livre essentiel. Je ne remercierais jamais assez Mark Alizart de me l'avoir fait découvrir (C'est une de ses références en note de bas de page, que je lis tout le temps, de son Cryptocommunisme). Il ne s'agit pas de simples comparaisons (Comparaison n'est pas raison), ou de l'usage abusif d'analogie (Cf. Jacques Bouveresse dans son livre Prodiges et vertiges de l'analogie, je met le lien wikipédia car j'ai lu ce livre avant de commencer ce blog) mais bien de modèles similaires confirmés par l'observation et soutenus notamment par la stochastique. Un livre à lire et à relire.

Note : livre essentiel, pas besoin de note, lisez le.

Note sur la suppression générale des partis politiques de Simone Weil

Missel satanique
Note sur la suppression générale des partis politiques de Simone Weil (Allia, 48 pages, 2017)

Incipit :
LE mot de parti est pris ici dans la signification qu'il a sur le continent européen.

Critique parue en livre la première fois en 1950 qui n'a pas perdu une ride, au contraire je dirais même, et pas que depuis l'élection de Donald Jackass Trump. Une pensée rigoureuse, limpide, claire comme l'eau de roche, déterminée, qui dit les mots tels qu'ils devraient être dit, sans langue de bois, sans faux semblants, sans hypocrisie. Un réquisitoire contre la notion même de parti politique et la demande, inéluctable, après une démonstration sans concession, de leur suppression. Un livre qui fait réfléchir sur la politique au sens démocratique. Certains ou certaines sont en désaccord avec l'idée qu'en France nous serions en démocrature. Ce petit livre va beaucoup plus loin et par là même, en explorant les limites, nous fait réagir et surtout réfléchir, à remettre en cause ce qui nous parait évident et qui, au final, est très très loin de l'être. Je l'avais acheté en 2017 et cherchait après depuis, j'avais gardé dans l'idée un grand format alors qu'il et tout petit, encore plus petit que le format poche et qu'il était classé parmi ses semblables (en taille). Par esprit de contradiction je met ci-après une citation qui va à l'encontre totale de la thèse de cet ouvrage, mais d'une certaine manière confortant l'idée que les personnes de pouvoir ne peuvent se passer de ces machines à le conquérir, occultant au passage le bien public.


Les partis politiques sont une sorte d'aboutissement de l'activité associative. On ne peut guère imaginer le fonctionnement d'une société démocratique sans eux.
Vaclav Havel

A man dies and goes to heaven. There he meets a Saint surrounded by clocks. He asks the Saint, "Why are there so many clocks?" The Saint says, "Everytime someone lies, there clock moves an hour forward." The Saint pointed to a clock that was still at twelve and said, "That's George Washington's clock, he never told a lie so his clock is the same." The Saint pointed to another clock that was at two, "That's Abraham Lincoln's, he lied twice so his clock is at two." The man asked, "Where's Donald Trump's clock?" The Saint replied, "Oh that one? Jesus is using it as a ceiling fan."
From a youtube commentary


Note : AAAAAAAAA

vendredi 3 janvier 2020

Croyance de Jean-Claude Carrière

Je suis médusé !
Croyance de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob, 336 pages, 2019)

Incipit:
Nous devons à présent nous faire une raison. A l'issue d'un long combat, la croyance, aujourd'hui, l'emporte sur la connaissance.
Ce livre parle de ce que c'est que croire. Les convictions, la certitude. Sous ses différents aspects. et il le fait très bien. Il ne permettra pas de réconcilier ceux qui ont la foi et ceux qui ne l'ont pas. Mais il cerne assez bien le sujet et l'irrémédiable fossé creusé par la croyance de quelques bords qu'elle se situe. Y compris par celle de la raison quand un scientifique s'obstine dans l'erreur, cela s'est vu. Bien sûr il parle des religions en particulier la religion catholique et musulmane. Mais il fait l'impasse sur d'autre croyance, le patriarcat, l'homme supérieur à la femme, et dans une moindre mesure car il aborde un peu le sujet, le racisme (Croire qu'un humain parce que de couleurs et supérieur ou inférieurs à un autre qui n'a pas la même). Il aurait pu d'ailleurs citer son ouvrage La controverse du Valladolid, où des humains se posaient la question de savoir si les indiens d'Amérique du Sud étaient aussi des humains. A l'instar de Her-Bak PoisChiche, l'auteur s'interroge sur la besoin de croire, sur l'intérêt des Dieux, sur les pouvoirs en place, sur le réel, sur les illusions, sur jusqu'où il faut chercher, pourquoi etc. En fait c'est suite à l'excellent La vallée du néant que j'ai voulu poursuivre avec Jean-Claude Carrière. Le problème est que j'épouse ses convictions donc je n'apprends guère, à part des exemples, des citations, des références etc.  que je ne connaissais pas, mais sur le fond, pas trop. La critique des croyances n'est pas nouvelle. J'aime bien la citation de Montesquieu (cf. infra) qui me rappelle Flatland d'Edwin Abbott. Il donne quelques éléments sur qu'est-ce que la vérité. A une époque où le créationnisme fait des avancées aux états-unis, surtout depuis l'élection de Trump, ou encore l'existence de quelques énergumènes, les terre-platistes, qui pensent que la terre est plate, une convention internationale (donc certains ont du prendre l'avion, qui utilise des outils de navigations, dont le GPS, donc des satellites, qui tournent autour de la terre etc. ) on se pose des questions, et ce livre n'offrira pas de réponse satisfaisante sur ce point, car il n'y en a pas (Au moins il offre celle-là !).

Si les triangles faisaient un dieu, ils lui donneraient trois côtés.
Montesquieu (Page 225 de ce livre)

Note : AAAAAAAAA


The Donald J. Trump Presidential Twitter Library by The Daily Show with Trevor Noah

"Moron of the Millenium" Archive
The Donald J. Trump Presidential Twitter Library by The Daily Show with Trevor Noah (Spiegel & Grau, 144 pages, 2018)

Incipit :
When Donald J. Trump launched his campaign for president in 2015, I laughed at the idea.

Un livre qui réalise l'exploit, mais en est-ce vraiment un ?, de rire d'un Président raciste, misogyne, corrompu, escroc (Trump University, 3500 dépôts de plainte), menteur compulsif, tricheur (même au golf !), immature, néo-fasciste, mégalo, démago etc. Mais surtout dangereux pour l'équilibre du monde ... Un Président qui attaque aussi un des piliers démocratique, la presse, comme notre Président français d'ailleurs. Un président américain qui, lors de sa campagne, disait "They are laughing at us, believe me, they are laughing at us". Le plus ironique est que c'est ce même président qui offre chaque jour la matière à en rire, toutes les émissions satiriques, les talk show, ne savent plus où donner du zygomatique. Et Trevor Noah en fait partie. Si cela peut donner des effets de type 7 sur l'échelle de Bristol à ce Président Américain, ce sera déjà pas si mal. Un livre tout de même effarant. Sa destitution qui n’aboutira vraisemblablement pas alors que les charges qui pèsent contre lui sont pire que celles pesant contre Nixon n'est pas un signe de bonne santé démocratique.  Mais au-delà de la moraline, pourquoi en est-on arrivé là ? Vaste question. De nombreuses réponses possibles. Alors effectivement il vaut mieux en rire. Le plus possible. Montrer que le roi est nu. Et continuer de se battre pour la démocratie et la justice. Les tweets de Trump ont permis d'en faire un musée itinérant, et maintenant un ouvrage hommage devant ce melon interstellaire qu'il représente. Merci Trevor Noah et son Daily Show de me faire rire régulièrement.

Note : AAAAAAAA

mercredi 1 janvier 2020

Her-Bak "Pois Chiche" d'Isha Schwaller de Lubicz

Barque lunaire ou solaire ?
Her-Bak «Pois Chiche» d'Isha Schwaller de Lubicz (Flammarion, 535 pages, 2014)

Incipit :
- Est-ce bien le chemin ô mon âne ?... Tu as perdu ta route ? Moi aussi ! Ce pays est nouveau pour nous deux : autant de sable que de champs ! Et ce long mur qui ne veut pas finir...
Conte initiatique dans l’Égypte ancienne. Le rêve. Ce livre m'a fait léviter. Comme si tout à coup tout devenait clair, cristallin, évident. Comme Pois chiche je suis traversé de questions. Comme Pois chiche les épreuves, le vécu, les rencontres ont pu m'apporter quelques pistes. Comme Poix Chiche il m'a fallu revenir en arrière parfois. Bref, ce livre est une révélation à moi-même. Et ce n'est pas la moindre de ses forces. Parcelles de ces mêmes "vérités" dans le podcast avec Edgar Morin, ou encore dans les livre Le Prophète, Les étoiles de Compostelle, Les pierres sauvages, Petit éloge de l'errance, Le passeur de Lumière, Vertige du Cosmos, Le sacré et le profane, et bien d'autres, mais celui-là a un petit plus, pour moi ils les transcende même tous, peut-être parce qu'il arrive au bon moment. Je me suis identifié à Pois Chiche, et j'ai été accompagné, de main de maître, par Isha. Pois Chiche qui doute, qui se questionne, qui ne s'arrête jamais, qui vous toujours aller au delà, qui est très introspectif, qui s'analyse, se juge même. Au final la domination de nos instincts animaux, une fois les avoir perçus et compris. Je comprends mieux les différents niveaux de réalité et pourquoi tout le monde ne choisit pas tel ou tel chemin ou s'arrête à un moment. Un livre cristallin. J'ai été surpris d'apprendre qu'Isha était théosophe (Parce que j'ai une idée vague de la théosophie), moins qu'elle était égyptologue. Mathématicienne aussi. Je serais curieux de lire sa biographie, si elle existe. En tout cas un mélange riche qui a donné un œuvre notable au point que, dans mes illusions, je serais tenté de la recommander au monde entier. Je vais me contenter d'inciter quelques-uns d'entre-vous qui lisez cet article, ce sera déjà pas si mal. Les appendices sont un bon résumé de l’Égypte. Cela me redonne envie de me mettre aux hiéroglyphes ... Mais surtout bonne année 2020 à toutes et à tous !

« Ne condamne jamais un homme en son absence, et, quand tu es obligé de lui faire un reproche, fais-le devant lui, mais avec douceur et par des paroles pleines de charité et de compassion. Car le cœur humain est semblable à la plante Kusûli : elle ouvre sa corolle à la douce rosée matinale mais la ferme à une pluie violente. » (Précepte bouddhiste.)

Note : livre essentiel. Pourquoi y mettre une note, un nombre, un indicateur ?