lundi 22 juin 2020

Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne

Elephant man !
Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne (Livre de poche, 316 pages, 2003)

Incipit :
En l'année 1872, la maison portant le numéro 7 de Saville-row, Burlington Gardens - maison dans laquelle Sheridan mourut en 1814 -, était habitée par Phileas Fogg, esq., l'un des membres les plus singuliers et les plus remarqués du Reform-Club de Londres, bien qu'il semblât prendre à tâche de ne rien faire qui pût attirer l'attention.

  Et voici le Fogg londonien (ha ha), un gentlemen, tout en retenu, précis comme une horloge suisse, au point où son nouveau domestique, Jean Passepartout,  croit pouvoir y trouver la paix, la sérénité, le calme, la sédentarité. Quelle ne va pas être sa surprise ! Et de taille ! Un livre d'aventures entrainant , drôle, plein de péripéties avec des personnages attachants et mémorables. Un classique qu'on ne présente plus. Une conclusion très philosophique, très belle, de Jules Verne. Oui les voyages ne forment pas que la jeunesse. Une invitation à la découverte de l'Autre et du Monde. Une belle couverture en écho aux éditions Hetzel, des gravures à l'intérieur qui illustrent à merveille ce roman ... merveilleux, pétillant, doux comme une madeleine. Et de surcroit une biographie où on comprend mieux la maîtrise de l'auteur pour la navigation. Une petite merveille qu'il me semble ne jamais avoir lu. Hé bien j'en suis fort aise de l'avoir fait. On retrouve de manière métaphorique les adages "Les voyages forment la jeunesse", "L'homme se découvre devant l'obstacle", "Qui ose réussit" et bien d'autres. En ce sens ce livre est un puits de sagesse qui dépasse de loin la simple distraction. On pourrait même y voir la force de la volonté et de la pugnacité, Philéas Fogg appliquant des principes de développement personnel qu'on peut trouver dans les ouvrages d'Anthony Robbins ... bien avant Anthony Robbins.

Note : AAAAAAAAAAA

Ouverture de la librairie Le Chat qui dort à Beaugency !

Ouverture de la librairie Le Chat qui dort à Beaugency ! (Le Chat-qui-dort, millions de pages, 18 juin 2020)

Incipit :
rooonnn rôôoonnnn

C'est nouveau, c'est tout chaud, cela sort du four ! La librairie Le Chat qui dort a ouvert ses portes à Beaugency, place du petit marché, le 18 juin 2020 !!! Véronique a remplacée Christophe et la décoration a été revue de fond en comble. Vous pouvez la découvrir sur Facebook ! J'y suis déjà passé et j'ai déjà reçu quelques livres de commande. Très content de retrouver une vraie librairie où il est possible de discuter, échanger, regarder des livres, les feuilleter. Prochainement il y a aura même un rayon de livres en anglais !! Après ce confinement, faites la fête à cette librairie !! C'est important les livres, c'est important de lire, c'est important les commerces de proximité !

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 14 juin 2020

Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov

MiaououUUU !
Le Maître et Marguerite de Mikhaïl  Boulgakov (Robert Laffont Pavillons Poche, 704 pages, 2018)

Incipit :
C'était à Moscou au déclin d'une journée printanière particulièrement chaude.

Un livre étonnant, qu'on pourrait classer dans le fantastique. Peu importe en fait. Une critique sociale de l'époque de Moscou des années 30, en partie sur ce qu'à subit l'auteur sous l'habillage d'une revisite du mythe de Faust, où c'est Marguerite qui fait le pacte, bref de multiples variations pour un roman riche et complexe, mais coloré d'une mondanité satanique délicieuse. Quel contraste avec le Faust de Goethe que je n'arrive pas à terminer, qui commençait si bien avec des très beaux vers, mais dont l’architecture est bancale, mal jointoyée, un salmigondis du mythe de Faust, de nuit de Walpurgis, d'échanges des Parques Atropos, Clotho, Lachésis, de rebondissements (tavernes, etc.) mal à propos. Bref, très déçu de Goethe. Quant à Boulgakov, même en prose, c'est bien mieux, plus frais, frétillant, malicieux, rocambolesque, fantasque, poétique, symbolique (Soleil/Lune). L'épilogue montre bien l'esprit moutonnier, conformiste, plein de commérage, de superstitions, de comportements grégaires, mais c'est surtout une relecture de Faust surprenante qui s'inscrit dans le vécu de l'auteur, cela fait d'ailleurs quelque chose de savoir que tel paragraphe a été dicté sur son lit de mort. Un livre inachevé mais tout de même abouti. Les notes de bas de page précisent et éclaircissent certains points, une préface et avant-propos qui enrichissent cette œuvre. Cela m'a rappelé de très nombreuses choses, l'Air des bijoux dans Tintin du Faust de Gounod, où ici Marguerite, pétillante, ri de se voir si belle, l'échiquier animé qu'on retrouve dans Star Wars, et pleins d'écho qui me rappelle Harry Potter, notamment la cheminée qui sert à voyager ... Mais au delà de ça c'est une vision du climat Stalinien, une ambiance plus métaphorique que dans le 1984 d'Orwell. Un livre marquant ... Et j'aime bien l'édition Pavillons Poche !

Note : AAAAAAAAAAAA

Mémoires de deux jeunes mariées d'Honoré de Balzac

Mémoires de deux jeunes mariées d'Honoré de Balzac (Pléiade, pages 128 à 327, 1951)

Incipit :
Ma chère biche, je suis dehors aussi, moi !


Seul roman épistolaire de La Comédie Humaine. Dédié à Georges Sand. Bon vu comment cela se finit, je commence à douter du terme 'Comédie', car pour l'instant chaque roman a une bonne part d'amertume ... c'est le moins que je puisse dire ... La Comédie Humaine mais alors de manière ironique ou absurde au sens Camusien. Disons que cela explore les facettes labyrinthiques de nos visions, de nos vues, de nos conditionnements, de nos âmes, etc. C'est en premier lieu une grande complicité entre deux femmes, intelligentes, fines, délicates, qui s'ouvrent l'une à l'autre. Puis petit à petit leur destin diverge. Comme dans La Maison du chat-qui-pelotte, c'est entre une vie 'normale', l'amour raison, et l'amour passion, cet amour passion qui, dans Le Bal de Sceaux, s'agrémente parfois de conditions jusqu'au-boutiste. C'est très bien analysé, détaillé, et Balzac écrit tellement bien, les lettres d'amour sont tout simplement magnifiques ! Et cette complicité, qui se complique certes, mais si belle entre deux âmes ! Je suis plutôt content d'avoir décidé de lire toute La Comédie Humaine. Enfin je le suppose car j'estime à un an pour la lire, à raison d'un volume par mois, mais sans lire que cela. Oui il me faut lire autre chose parfois ! Bon je comprends que Mémoires de deux jeunes mariées fassent l'objet de rééditions en un seul volume, c'est effectivement un beau roman d'amour qui décrit bien les sentiments, mais aussi une complicité rare.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAA

lundi 8 juin 2020

le Bal de Sceaux de Balzac

le Bal de Sceaux de Balzac (Pléiade, pages 72-127, 1951)

Incipit :
Le comte de Fontaine, chef de l'une des plus anciennes familles du Poitou, avait servi la cause des Bourbons avec intelligence et courage pendant la guerre que les Vendéens firent à la république.


Deuxième livre de La Comédie Humaine, juste après La Maison du chat-qui-pelote. Ce dernier exposait les nuances entre un mariage de raison et un mariage de passion, tradition contre aventure, et changement de classe. Là nous suivons une héroïnes très difficile sur le choix de son mari, s'étant imposé un nombre de critères comme par exemple qu'il soit pair de France. Sûr d'elle, la première à jeter des épigrammes aux yeux de monde, elle tombe tout à coup amoureuse d'un mystérieux jeune homme, au bal de Sceaux. A-t-il tous les critères ? L'amour n'est-il pas plus important après tout ? Jusqu'où aller entre l'être idéal et un être réel qui sied à son cœur ? Comme dans une fable, la chute est sévère, mois que dans La Maison du chat-qui-pelote, mais tout de même. Balzac ne devait pas connaitre les fins hollywoodienne ni la série Harlequin, enfin je dis cela je n'en ai jamais lu, mais j'ai cru comprendre que cela se terminait toujours bien. Bref, au delà de ces amours tarabiscotés c'est aussi une analyse ds mœurs et une critique sociale détaillé que nous offre l'auteur. Quand même quel génie que ce Balzac !!! Je dis cela car j'ai bientôt terminée l'histoire qui suit, Mémoires de deux jeunes mariées, et il  a un style qui se déploie de manière magistrale, les lettres amoureuses, par exemple, sont somptueuses . Décidément cette Comédie Humaine est d'une richesse stupéfiante.

Note : AAAAAAAA

mercredi 3 juin 2020

Bartleby the scrivener by Herman Melville

Bartleby the scrivener. A story of Wall Street by Herman Melville (CreateSpace Independent Publishing Platform, 32 pages, 2017)

Incipit :
I am a rather elderly man. The nature of my avocations for the last thirty years has brought me into more than ordinary contact with what would seem an interesting and somewhat singular set of men, of whom as yet nothing that I know of has ever been written:--I mean the law-copyists or scriveners.
Une nouvelle, très courte, sur un personnage particulier, pour ne pas dire singulier. Personnage dont on sait très peu de chose, effacé, inodore,solitaire, isolé dans son monde, perdu dans son labyrinthe ?, qui en dit le moins possible, qui mange peu, qui s'incruste et fini par faire partie des meubles. Qui dit peu et même qui répète souvent à peu près la même chose I would prefer not to, qui devient presque du comique de répétition. Moins on en sait et moins il en dit et plus le responsable réfléchit, se pose des questions, imagine des choses. Il y a le mur qu'on voit au travers de la fenêtre, le mur du nom de la rue, peut-être un lien avec le quartier d'affaire, encore que au moment où cela a été écrit, je ne sais trop, et ce mur d'incommunicabilité entre Bartleby et son entourage. Et pourtant il parasite son entourage, trois clercs de notaire, qui finit par utiliser le mot prefer au point d'inquiéter le responsable, le notaire, qui se perd dans des méandres de réflexions devant cette passivité inamovible, au point de déménager ... Bon je n'en dit pas plus mais étonnamment Herman Melville rend ce personnage intriguant, le notaire aussi, c'en est même drôle d'une certaine manière. On finit comme le notaire par s'attacher à Bartleby !!! On sent une grande bonté pour son personnage, d'autant plus paradoxale que ce personnage est minimaliste, comme le notaire on se construit une image, un imaginaire à partir de quelques informations aussi pauvres que Bartleby. Mais d'ailleurs est-il pauvre ? On l'imagine car cela nous le rend cohérent. Mais est-il cohérent ? Bartleby rend le questionnement infini devant ce minimum d'informations, c'est un peu le tour de force de l'auteur. En tout cas j'ai trouvé cette nouvelle accrocheuse, souhaitant en savoir plus, l'auteur titillant la curiosité comme un expert. J'ai appris qu'il était fait référence à ce personnage dans La vie mode d'emploi de Perec, sous le nom de Bartlebooth. Cela ne me surprends guère ...

Note : AAAAAAA

The Last Dragonslayer by Jasper Fforde

The Last Dragonslayer. The Chronicles of Kazam Tome 1 by Jasper Fforde (HMH Books for Young Readers, 306 pages, 2013)

Incipit :
It looked set to become even hotter by the afternoon, just when the job was becoming more fiddly and needed extra concentration. But the fair weather brought at least one advantage: dry air makes magic work better and fly farther.

Une aventure rocambolesque que j'hésite à classer dans la fantasy ou dans le fantastique. Cela m'a plutôt l'air d'être dans le fantastique mais il y a des dragons. C'est surtout plein d'humour et pourtant lorsque l'histoire prend de l'ampleur c'est une satire de notre société : l'argent, la consommation, la publicité, le pouvoir, la lutte des classes etc. Un monde où la magie se retire peu à peu, les sorciers sont utilisés pour faire de la plomberie ou refaire le réseau électrique d'une maison, plus rapide, moins salissant etc. que fait par un professionnel du métier. Ils n'ont de pouvoir magique qu'un passé révolu. Il y a une héroïne qui s'ignore, il y a un dragon qui ne s'ignore pas, le dernier de son espèce, et qui vit dans une zone protégée. Et une prédiction dit qu'il va bientôt mourir ... tué par le dernier chasseur de dragon. Alors se met en place les intérêts des uns et des autres pour utiliser cette terre et l'exploiter, cela crée des tensions géopolitiques. Qui croire ? Une réflexion sur la manipulation, le mensonge.  Mais c'est surtout une histoire traitée de manière décalée, ironique, mordant, où une épée s'appelle Exhorbitus ? Pourquoi ? Parce qu'elle a du coûter cher à fabriquer ! ha ha ha mort de rire. Bon dit comme cela ce n'est pas particulièrement drôle mais dans le flux de l'histoire ça l'est. Et puis c'est le même auteur que L'affaire Jane Eyre avec une autre héroïne, Thursday Next. J'avais bien aimé la série car il y a une réflexion sur le pouvoir de la littérature où quelqu'un peut se retrouver prisonnier d'une histoire ... génial, non ? Bref, cette histoire du dernier tueur de dragon est un vrai bon moment. En plus Jasper Fforde l'a ciblée pour les jeunes adultes donc l'anglais est particulièrement aisé. Mais vous pouvez le lire en français !! Il me faut bien entretenir mon anglais aussi.

Note : AAAAAAAA

lundi 1 juin 2020

La Maison du chat-qui-pelote de Balzac

La Maison du chat-qui-pelote de Balzac (Pléiade, pages 17-71, 1951)

Incipit :
Au milieu de la rue Saint-Denis, presque au coin de la rue du Petit-Lion,existait naguère une de ces maisons précieuses qui donnent aux historiens la facilité de reconstruire par analogie l'ancien Paris.


Le premier des 91 livres de La Comédie Humaine. Suite à la lecture du Père Goriot, je me suis dit : pourquoi ne pas lire La Comédie Humaine. Je me suis intéressé à la structure de cet édifice tout à fait singulier de la littérature. Plusieurs parties, la première Études de mœurs,  qui commence par cette nouvelle. A raison d'un volume Pléiade par mois, cela durerais quasiment un an. Bon je verrais. Je vais déjà lire ce premier volume et on verra. Je mettrais un article par livre même si je le lis en recueil Pléiade. Cela commence dont par une nouvelle. Chez un marchand de drap dont la magasin porte ce joli nom Le chat-qui-pelote, il y a les parents très posés, organisés, guindés, très le nez sur leurs petites affaires. Avec des principes. Comme de marier l'ainée avant la cadette. Et un des commis est plus ou moins promis à l'aînée mais est amoureux de la cadette. Cette dernière se découvre un peintre comme prétendant. Mais voilà c'est un métier de va-nu-pied. Tout ce petit monde, toute cette organisation huilée, aux rouages parfait, toute cette mécanique va se dérégler. Augustine va finalement se marier à son peintre, qui est de condition noble. Vivre intensément alors que la cadette va finalement se retrouver avec le commis, hériter du magasin et faire perdurer la tradition. Mais cette trajectoire qui va subir un clinamen va ... ha bah non je peux pas vous dire. J'ai été surpris par cette histoire. Par sa noirceur aussi. Balzac explore les personnages et leurs destinée comme un entomologiste. Une nouvelle qui porte en elle de multiples réflexions. Pas mal du tout.

Note : AAAAAAA

The Picture of Dorian Gray by Oscar Wilde

The Picture of Dorian Gray by Oscar Wilde (Dover, 165 pages, 1993)

Incipit :

Ths studio was filled with the rich odour of roses, and when the light summer wind stirred amidst the trees of the garden there came through the open door the heavy scent of lilac, or the more delicate perfume of the pink-flowering thorn.
Une œuvre bien plus riche que ce dont je je pensais me rappeler. De nombreuses thématiques s'entrecroisent et s'enchâssent, comme un kaléidoscope. Il y a la figure de l'artiste, Basil Hallward, qui ne crée d’œuvre marquante autant qu'il est dans la vie insipide, sorte de vase communicant. Donc plus l'artiste est intéressant, vivant, social et moins ses œuvres seraient riches et puissantes. Qui a des principes éthiques. Qui aurait besoin d'une muse, en 'espèce celle de Dorian Gray, ce qui explique la légère bromance entre les deux personnages. Il fait le lien entre l'humain et l'art. Entre le monde et sa représentation. Il offre un miroir à la société. Il offrira à Dorian le chemin de Narcisse, dans lequel Dorian se perdra. Il y a la figure du serpent tentateur, Lord Henry, qui incite Dorian à cueillir le fruit de l'Art du Bien et du Mal, qui vit dans son monde qui dépasse toute notion éthique, genre de cynisme bon teint, mondain, où tout s'explique par les bons mots, les aphorismes, l'apparat, la surface des choses et au final le superficiel, monde d'illusions. Basil voudra garder les siennes et sera jugé comme tel, Dorian les perdra avec sa vie, Lord Henry y restera enfermé, aveugle. Oscar Wilde joue sur tous les tableaux (ha ha) au point de dire que l'Art est une maladie ... Mot polysémique qui va de la maladie d'amour à celle gangrène le corps et l'esprit. Et enfin Dorian, qui ne fait qu'un avec son tableau, le Bien et le Mal étant en chacun de nous, l'habit ne fait pas le moine dit-on, cela est illustré avec brio dans cette nouvelle. Dorian est d'ailleurs l'antithèse de Quasimodo et de lire ces deux ouvrages à quelques jours d'intervalle c'est comme de rencontrer la particule et son antiparticule, ce que fera Dorian à la fin lorsqu'il ne fera plus qu'un avec le tableau, retrouvant ainsi la voie du cœur, mais trop tard. Cette rencontre dans le monde quantique crée un flash, comme le cri déchirant qu'on entendra au dernier étage. L'auteur parle de l'âme, des masques (sociaux, éthiques etc), de l'Art sous ses différentes formes et Lord Henry établi une hiérarchie, le Beau est supérieur au Bien qui est supérieur au Laid. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cette hiérarchie qui oppose au lieu de transcender. Qui nie le principe de réalité. Lord Henry s'illusionne de bons mots au point de se tromper gravement sur la nature de Dorian, fasciné par son apparence extérieure, ignorant de son intérieur. Mais il s'agit également de cette quête chimérique de la jeunesse éternelle, de la vie éternelle, de la jouissance égoïste. Comme Faust. Dorian est l'enfant qui veut tout, est l'ego totalitaire, il est la fascination du Mal, de la Corruption, lui offrant plus de plaisir que faire le Bien. C'est un personnage qui, sous des dehors d'éducation et de civilité, est un monstre qui n'a pas su grandir, à la différence de Peter Pan qui ne le souhaitait pas et assumait de rester enfant. Cet ouvrage a du être amendé. A cause des attaques qu'a subit Oscar Wilde. La préface est une suite d'aphorisme se gaussant de ces critiques. Sa réponse est cinglante et p. 161 on peut aussi lire : The books that the world calls immoral are books that show the world its own shame. Un corollaire à : Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage. Ces mêmes biais sont toujours à l’œuvre. Au lieu d'adresser le problème de la sixième extinction et du réchauffement climatique, de prétendus intellectuels comme Finkielkraut et Pascal Bruckner préfèrent s'en prendre à Greta Thunberg. De vieux ronchons qui ne proposent rien, et qui préfèrent s'en prendre à une jeune fille qui râle (à bon escient), deux Lord Henry contemporains qui se noient dans leurs illusions de bons mots et regardent le doigt du sage au lieu de regarder la lune. Mais je m'égare. Ce livre d'Oscar Wilde est un petit bijou d'ironie, de réflexions sur l'art et les apparences, sur le combat de chacun avec sa nature profonde, de la quête de soi, du déni de la réalité, etc. C'est clairement une œuvre majeure en si peu de pages. Que cela ait gêné son époque et même servi à envoyer Oscar Wilde aux travaux forcés me la rend encore plus importante et vitale.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 31 mai 2020

Notre-Dame de Paris de Victor Hugo

Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (Flammarion, 739 pages, 2017)

Incipit :

Il y a aujourd'hui trois cent quarante-huit ans six mois et dix-neuf jours que les Parisiens s'éveillèrent au bruit de toutes les cloches sonnant à grande volée dans la triple enceinte de la Cité, de l'Université et de la Ville.

Quel roman ! Raconté comme un conte pour adulte, la narrateur nous narre une aventure en 1482. A part quelques brefs passages dont celui de la ville de Paris que je commençais à trouver longuet, cet ouvrage est passionnant. On sent que l'architecture est au centre de l'intérêt pour Victor Hugo, ce que confirme le dossier, Victor Hugo se désolant de la perte du patrimoine qui soit tombait en ruine, soit était le fruit de spéculation pour en revendre la matière première, soit se dégradait, soit était vandalisé par les évènements divers ou tout simplement la perte d'influence de la religion et du message transmis par ces livres de pierre, maintenant remplacé par les livres de papier. Notre-Dame est le cœur qui palpite dans Hugo comme dans le centre de Paris, tel un fier vaisseau fendant les flots. C'est aussi une histoire d'Amour centrée sur La Esmeralda, le cœur noir de Frollo abandonnant toute raison, tout savoir, toute connaissance pour cet amour impossible, cette mouche prise dans les filets de la passion, cette araignée qui ne lâchera plus La Esmeralda, Frollo, soleil noir devenu cyclope, ayant perdu la vue de la raison pour celui de son cœur égoïste. Le cœur pur de Quasimodo, cyclope estropié, la beauté intérieure qui ne réussit pas à charmer la beauté intérieure et extérieure. Le cœur rabougri, faux, insincère de Phoebus,  soleil en toc, tout ce qui brille n'est pas or, cyclope de pacotille. Le cœur trompé d'une mère à l'amour filial infini, cyclope du Trou-aux-rats dont la lucarne réduit sa vision, unique canal dont elle n'échappera que si peu. L'amour du philosophe, Pierre Gringoire, qui se fait une raison et préfère partir avec la chèvre ... un amour bien moins compliqué, peut-être, un amour incomplet, cyclopéen. Le tragi-comique n'est pas exempt de cette œuvre, comme lors de la parodie de justice, aveugle, même pas cyclopéenne, alors que le juge est aussi sourd que Quasimodo ... C'est aussi la vie parisienne avec sa Cour des Miracles, sa pauvreté, ses prébendes, cette lutte pour le pouvoir temporel et intemporel où règne en majesté Notre-Dame, crachant du feu et bavant du plomb, finalement violée par les gueux comme par les représentants du Roi, où la religion perd pied, par les remous de Guttenberg (1450). Bon, c'est bien plus que tout cela ... C'est une plume qui vous enchante, qui vous emporte, par ses personnages archétypaux, ses situations de tensions, cet amour impossible qui finira transcendé et sublimé par ... Ah je ne puis vous dévoiler la fin, tout de même !!! Cela rejoint ces amours contrariés comme ceux de Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Paul et Virginie. La Belle et la Bête, où la Bête n'est pas celle qu'on croit ... Bref, un chef-d’œuvre qui décrit aussi la vie parisienne au milieu du XVème siècle et la faiblesse relative du roi.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? de Geoges Perec

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? de Geoges Perec (Folio, 118 pages, 2017)

Incipit :

C'était un mec, il s'appelait Karamanlis, ou quelque chose comme ça : Karawo ? Karawash ? Karacouvé ? Enfin bref, Karatruc.

Encore un attentat littéraire de Pairecque (Georges) contre l’ordre établi (qui ne déparerait pas d’un atelier) de la Littré rature. A coups de figures de style bien senties, Georgio (Pérecques) armé jusqu’aux dents, de coups d’incisives bien tranchantes, défigure, avec exercices de style une histoire rebondissante bourrée de fantaisies, écornant chaque phrase d’anacoluthes explosifs, de grenades apocopes et de métaphrases piégées. Ceci explique certainement son tropisme pour la chirurgie du coude et autre plan maléfique pour écrabouiller un avant bras afin d’épargner d’aller à la guerre l'individu Karamacole. Un texte jubilatoire, une féérie de mots, une éclosion d'humour. Cela m'a rappelé que j'avais dans une des bibliothèques Cantatrix sopranica L. Et autres écrits scientifiques du même auteur ... que j'ai remis devant ma vue pour ne pas oublier, à nouveau, de le lire.

Note : AAAAAAAAAAAAA

dimanche 24 mai 2020

Le Père Goriot d'Honoré de Balzac

Le Père Goriot d'Honoré de Balzac (Le livre de poche, 634 pages, 2018)

Incipit :
Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marceau.

Il y avait deux versions livre de poche. Une écrite en très petit et l'autre avec bien plus de pages écrit en caractère bien plus lisibles. J'ai donc pris la seconde. L'histoire ne prend pas autant de pages (En fait de la page 79 à  491) mais est secondée par une préface, des annotations assez conséquentes et un dossier de commentaires à la fin. Ces nombreuses notes riches précisent des lieux, des généalogies, des faits historiques ou encore ce qui arrive aux personnages dans La Comédie Humaine. Un livre passionnant qui aurait pu s'appeler Eugène de Rastigniac ou encore La maison Vauquer. Mais bon il s'appelle Le Père Goriot, peut-être parce que la thématique principale est l'amour filial, et surtout jusqu'où un père peut se sacrifier pour ses deux filles. Il y a d'autres thématiques comme l'argent/la corruption, l'hypocrisie, la pureté, l'ambition mais aussi comment survivre dans un milieu, qu'il soit miséreux ou rupin. Des personnages emblématiques comme Vautrin, figure Méphistophélique du tentateur ou le père Goriot, figure christique de la bonté et du sacrifice. Eugène de Rastignac essayant de survivre dans ce milieu, tiraillé entre le Bien et le Mal, secoué dans son âme et ses sentiments. Les codes de conduite, la tyrannie de l'apparence dans le milieu aristocratique me rappellent ceux du Rouge et le Noir ou de Guerre et Paix, et le tiraillement violent des sentiments ceux dans Phèdre. Les deux personnages qui moralement surnagent en plus du Père Goriot sont Eugène et Bianchon, l'interne médecin, un beau personnage, digne du serment d'Hippocrate. Et puis Victorine Taillefer (Dont le père est l'antithèse de Goriot) c'est vrai, qui a su, pu, rester pure. Ce livre par les questions qu'il pose, par son écriture passionnée et évocatrice est un plaisir des sens. Au point de m'inciter à lire La comédie humaine dans son intégralité. Je vais y réfléchir. Cela me tente fortement ...

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

samedi 23 mai 2020

Jacques le fataliste de Denis Diderot

Jacques le fataliste de Denis Diderot (Bookking International, 316 pages, 1993)

Incipit :
Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde.

Un classique datant du XVIIIème siècle, celui de Lumières, le Diderot de l'encyclopédie. Un roman atypique, de par sa construction particulière, mélange de discussions, de contes amoureux, de digressions suivant différents niveaux de narration, de ruptures diverses, et jusqu'à l'auteur s'amusant à interpeler son lecteur, à le questionner voire à s'en moquer gentiment. Le fil conducteur étant le conte amoureux que devrait relater Jacques et que l'auteur s'amuse à en retarder le compte-rendu. Diderot en profite pour critiquer les rapports sociaux, les prébendes, le pouvoir sous ses différentes hiérarchies. Dès la première page sont cité les différentes hiérarchies, le maître, le père, le capitaine, la Diable, Dieu, l'être aimé ... égrenant les différents maillons (p. 13), suggérant la thèse sous-jacente à l'ouvrage : le déterminisme. Nous ne sommes pas vraiment libres. Et dans le roman, celui qui manipule le tout est ... le narrateur, allégorie du Dieu qui manipule les fils du destin (p. 14). Le marionnettiste du romancier se substituant à celui des Dieux. Nul surprise à cet égard que Spinoza soit plusieurs fois cité, pour qui tout était agencé par un Dieu bon. La pythie étant remplacée par la gourde. Interrogeons la gourde ! (La dive Bacbuc selon Rabelais, cet hérétique engastrimythe) Au point de s'interroger, que diable allait-il faire dans cette galère ? Que j'aurais plus attribué à Géronte dans Les Fourberies de Scapin, lecture récente, qu'à Harpagon, ici cité. Je n'ai pu vérifier, je n'ai plus L'Avare sous la main (*soupir*). Et Diderot en propose une variante qui n'est pas censée rester dans les mémoires, selon l'auteur : Et que diable faisait-elle à sa porte ? Il a peut-être bien raison, et il s'en amuse ! Comme il s'amuse des codes supposés du roman, au point de dire que ce livre n'est pas un roman, ce dernier étant si facile à écrire (p. 263), recette en fait qu'il applique à son ouvrage, délicieuse autodérision ... Il parle d'un livre rouge page 256, mais je ne vois de quoi il s'agit. Certainement pas de celui de Mao. Ce couple, le Maître et Jacques, me rappelle un autre couple célèbre, celui de Don Quichotte et Sancho Panza (ou Pança), antérieur (1615), peut-être suggéré p. 30, quand Jacques se dit me voilà pansé ? En tout cas cités page 77. Bref, un ouvrage qui s'amuse beaucoup des codes, des apparences, des hypocrisies, de la communication faussée (p. 67) et qui fait pour ainsi dire de la déconstruction bien avant le post-modernisme. Une mise en abyme sur la création même. Un ouvrage novateur pour son époque (Écrit en 1773 mais publié en 1796 à titre posthume), au style truculent, une aventure à multiples rebondissements, très feuilletonesque, facilement moqueur des apparences (Si la mer bouillait il y aurait bien des poissons de cuits, p. 21). Une interrogation sur la vie et le libre-arbitre. Un livre pétillant plein d'esprit. Ce cheminement de Jacques le fataliste, aurait-il un lien avec le Chemin de Jacques, de Compostelle ? Cet aller-retour et ce lien entre l'infini, le haut et le bas (p. 153) ? Il prend ses précautions sur les jugements hâtifs que les ignorants pourraient avoir sur son ouvrage (p. 244 et 245), ce qui explique son attrait pour l'Encyclopédie et éduquer le peuple ? Diderot ne cite-t-il pas cet apophtegme "Rien n'est plus triste dans ce monde que d'être un sot ..." (p. 250). Un livre dont je comprends qu'il soit devenu un classique et qu'il soit né au siècle des Lumières.

Note : AAAAAAAAAA

jeudi 21 mai 2020

Phèdre de Racine

Phèdre de Racine (Flammarion, 190 pages, 2010)

Incipit :
HIPPOLYTE
Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène,
Et quitte le séjour de l'aimable Trézène.

Qu'est-ce que c'est bien écrit,  non ? Ce style poétique, cette manière de décrire les sentiments. Nulle surprise à ce que Stendhal, dans Le Rouge et le Noir, en ait emprunté quelques rares vers, raison pour laquelle j'ai mis cette lecture plus tôt que prévue. La couverture avec son labyrinthe des passions mais aussi celui de son cheminement intérieur comme celui de sa destinée, sans parler de l'écho du labyrinthe où Thésée à terrassé le Minotaure est bien choisi, chaque pas nous mène au travers de celui-ci, sous différents plans de réalité. Et puis on y retrouve la mythologie grecque, chère à mes yeux comme celle de l’Égypte. Une symbolique puissante, comme ces vers (425 et 426) qui rappellent le tu es né poussière, tu redeviendras poussière. Nés de la Terre, les six frères d'Aricie y retournent. Les notes de bas de pages sont parfois très utiles pour éviter un contresens, ou pour avoir un éclairage historique ou mythologique. Le corpus qui entoure l’œuvre, la vie de Racine, les questions scolaires etc. permettent de prendre en compte la réception de l’œuvre, où elle se situent dans la vie de Racine. Ce dernier n'ayant plus rien écrit après Phèdre, associé à son attrait mystique de la fin de sa vie, rend cette pièce toute particulière. Et puis la lire après Stendhal qui y fait quelques hommages discret rend cette lecture particulière aussi.

Note : AAAAAAA

mercredi 20 mai 2020

Le Rouge et le Noir de Stendhal

Le Rouge et le Noir. Chronique du XIXème siècle de Stendhal (Le livre de poche, 572 pages, 1997)

Incipit :
La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté.

Je pensais que c'était principalement un roman d'amour entre Julien Sorel et Mme de Rênal.  En fait, non. Et heureusement. Il y a une deuxième relation, dans le livre second (Il y a deux parties) entre Julien Sorel et Mlle de la Mole (Mathilde). Le jeu de la séduction amoureuse couplée au jeu de la séduction sociale. Une analyse fine des apparences, de l'hypocrisie, de jeux de rôle complexe du pouvoir (Etat, hiérarchies sociales, etc.). Conformisme mais aussi personnes réduites au rôle et à la position que la naissance leur a assigné. Le tout agrémenté d'aspects historiques, la Restauration, qui sert de toile de fond et qui est très présente. Récit d'une époque, des ambiances particulièrement bien rendues, une écriture fine, variée, dense parfois. Cette édition propose forces annotations, que j'ai trouvé particulièrement utiles pour comprendre le contexte de l'époque, des analyses (Introduction, notes très fournies) et a même un dossier à la fin où il y a un texte dans lequel Stendhal analyse sa propre œuvre. Je comprends que ce soit un classique de la littérature ! Et beaucoup de livres contemporains que j'ai lu dans les années passées font pâle figure à côté. Bon la fin ... comment dire ... ça touche ... difficile d'être insensible ... En plus cette édition est illustrée, alors la dernière image est ... bon je peux rien dire. Préparez vos mouchoirs quand même ! J'espère tout de même que La Chartreuse de Parme sera plus festif ! Là je vais continuer à lire quelque chose de plus gai : Phèdre, la version de Racine (Oui, je plaisante ...)

Note : AAAAAAAAAAAAAAAA

Les Fourberies de Scapin de Molière

Les Fourberies de Scapin de Molière (Larousse, 191 pages, 2004)

Incipit :
OCTAVE : Ah ! Fâcheuses nouvelles pour un cœur amoureux ! Dures extrémités où je me vois réduit ! Tu viens, Sylvestre, d'apprendre au port que mon père revient ?

Une relecture d'une pièce célèbre, écrite pour combler un chômage de trois mois, pièce courte, une farce. Au lieu qu'on soit caché dans un placard on est caché dans un sac et on se fait battre. Bon c'est plaisant. J'en avais un meilleur souvenir. J'ai pris plaisir à la revoir en ligne, à défaut de pouvoir aller dans un vrai théâtre. J'aime bien Molière, cela a tendance à me rendre joyeux. C'est vivant, cocasse, écrit d'un français suranné mais puissant et agréable. J'ai commencé Phèdre et là c'est la claque, Racine c'est ciselé comme une épée. Un bon moment de lecture, le plaisir du théâtre. C'est vrai que c'est fait pour être vu, néanmoins il y a un plaisir à lire également.

Note : AAA

mardi 19 mai 2020

Guerre et Paix de Léon Tolstoï

Guerre et Paix de Léon Tolstoï (Pléiade, 1660 pages, 1952)

Incipit :
EH bien, mon prince, Gênes et Lucques ne sont plus que des apanages, des domaines de la famille Buonaparte.

Un grand livre qui décrit de nombreux personnages un peu comme les caractères de La Bruyère, oscillant entre l'élite aristocratique très humaine (paix) et les périples des hommes de guerre. Une réflexion sur l'Histoire, comment elle est appréhendée, comment elle s'écrit (Livre 3), comment les évènements sont mal compris et tordus selon le regard de l'historien. Une magnifique explication : p. 793.  "Celui-là soutiendra qu'une montagne pesant des milliers de tonnes et sapée à sa base s'est écroulée par suite du dernier coup de pioche donné par le dernier des terrassiers ;". L'historien fait l'Histoire au travers du dernier terrassier, de sa vision, de son importance, occultant au passage tous les autres terrassiers. On ne peut mieux dire. Et puis l'histoire est écrite par les vainqueurs ... Et il enchaine "Dans les faits historiques, les prétendus grands hommes ne sont que des étiquettes qui, tout en donnant leur nom à l'évènement, n'ont avec celui-ci aucune espèce de lien". On notera au passage que la femme est très largement ignorée (Une fois de plus), renforçant en creux, pour ainsi dire en abyme, les propres propos de l'auteur. C'est une longue dissertation (En particulier l'épilogue) sur l'histoire, des considérations historiographiques et illustrée par un roman. L'auteur n'hésite pas à proposer l'analyse d'une des batailles, ses considérations historiographies, les rapprochant d'une intégration d'une infinité d'évènements, utilisant en cela les notions mathématiques d'intégrale, de différentielles, n'hésitant pas à critiquer vertement les historiens  et leur manière de rapporter, remonter, recadrer les faits  (Ayant de l'avance sur l'ouvrage d'Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire). La déconstruction méthodique du mythe qui considèrent que les évènements tournent autour de personnages clés. Au passage Napoléon s'en prend plein les dents. Un criminel. Ce qui me parait assez vrai. Le tout agrémenté par la destinée de quatre familles, trois en particuliers et de deux personnages, Nicolas et Pierre. C'est aussi une réflexion sur le pouvoir, les société secrètes, l'aristocratie, la polémologie. Un livre majeur de la littérature. Dans mon panthéon à l'instar des Misérables, Mémoires d'Hadrien, du Comte de Monte Cristo et bien d'autres. Des destinées de personnages très travaillées. Quelques réflexions sur la religion. Bien avant Nietzsche (Dieu est mort dans Le Gai savoir, 1882) Tolstoï écrit (Guerre et Paix 1869) : La foi est détruite. J'ai pris de très nombreuses notes tant ce livre est une mine, j'ai un nombre de citation pas possible. Il y a plusieurs passages surprenant, notamment sur la Franc-Maçonnerie, où l'auteur décrit une initiation. Pour moi un chef d’œuvre ! A part deux petits passage vers la fin, deux scènes de peu d'importance, le reste se lit avec grand plaisir.

Note : c'est un chef d’œuvre je vous dit !

dimanche 10 mai 2020

Classiques! de Redek et Pierrot

Classiques! 18 conversations désopilantes (et néanmoins érudites) sur la littérature de Redek et Pierrot (#AM, 269 pages, 2018)

Incipit :
Marguerite Duras est une autrice prolifique de la deuxième moitié du XXe siècle, qui n'a pas écrit que des chefs-d’œuvre : elle en a filmé aussi.
Un livre qui donne envie de lire, alors là je dis : bravo ! J'adore ce genre d'ouvrages. L'illustrateur, Charlie Poppins est talentueux, c'est drôle, finement observé et bien dessiné. Sous couvert d'humour potache, de références à la pop-culture, les auteurs de la chaine Youtube Le Mock nous incitent avec humour, force herméneutique éclairante, à lire ou relire des classiques ! Génial ! En plus ils m'ont fait découvrir un concept vraiment utile, l'horizon d'attente, qui n'est pas sans me rappeler une démarche similaire qui a mené à la fenêtre d'Overton. De même les travaux de Matthew Jockers, sur les trames narratives (p. 120), me rappelle les travaux de Joseph Campbell.  Ils ont réussi à me faire commander quelques ouvrages que je n'avais jamais lu, et ont converti mon regard sur certaines œuvres que je ne connaissais pas assez, comme Les Fleurs du Mal. Bref, cet ouvrage est une totale réussite. A quand le volume 2 ?

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 3 mai 2020

La victoire des sans roi de Pacôme Thiellement

La victoire des sans roi. Révolution gnostique de Pacôme Thiellement (Puf, 218 pages, 2017)

Incipit:
Jésus a raté son coup. Deux mille ans plus tard, le constat est accablant.

L'auteur commence par les aspects historiques assez pointu et surtout la découverte de la bibliothèque de Nag Hammadi et des écrits Gnostiques. A la fois une critique cinglante du christianisme et une réhabilitation du message de Jésus. Critique violente du christianisme (Catholicisme, protestantisme), comme Nietzsche   et bien d'autres, qui a perverti et corrompu ce message initial et a mené des guerres depuis 2000 ans, tuer par 'amour du prochain'. Un peu aujourd'hui comme les droits de l'hommisme, selon l'auteur. Une analyse pertinente des trois tendances (Pierre, Paul, Jean), Jean étant le plus proche du message de Jésus. Pierre la hiérarchie, Paul une vision nécrosée, triste, culpabilisante du corps, du sexe, du péché originel. L'auteur rappelle l'évènement de la découverte de textes gnostique Nag Hammadi et en fait une exégèse. Il y ajoute un avis personnel, mâtiné de pop culture, sur la profondeur du message initial de Jésus, sur l'Amour, sur la connaissance de soi et vivre pleinement l'instant présent. Je suis plutôt content d'avoir ces textes en Pléiade (Écrits gnostiques) car cela me donne une idée de ce qui m'attends et surtout de puiser à la source.

Note : AAAAAAAAAAA

La Gloire de mon père de Marcel Pagnol

La Gloire de mon père de Marcel Pagnol (Éditions de Fallois, 240 pages, 2004)

Incipit :
Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers.

La plus ancien souvenir de lecture, quel âge je ne sais pas, mais moins de 10 ans cela est sûr. Cette lecture qui m'a fait réaliser que dorénavant le livre et la lecture feraient partie de ma vie.Comme pour Le Grand Meaulnes que j'ai lu assez jeune aussi. C'est bien raconté, plein d'énergie, d'humour, de facéties. Cela donne le pêche comme lecture !!! Bon je suis pas très torture d'animaux ni très chasse mais à part cela c'est aussi une galerie de portraits où l'auteur s'amuse de leurs travers, avec sympathie, mais c'est assez bien observé. Une lecture truculente qui permet de s'évader. Une autre époque où on pouvait tirer au fusil de chasse dans son jardin (La très drôle de scène où ils tirent sur une cible devant les toilettes du jardin et où, après la séance, une petite voix demande si elle peut enfin sortir ... la chevrotine aurait pu la tuer tout de même ...). Cela me donne envie de lire prochainement Le château de ma mère.

Note: AAAAAA

La composition des mondes de Philippe Descola

La composition des mondes de Philippe Descola.Entretiens avec Pierre Charbonnier (Champs essais, 380 pages, 2017)

Incipit :
Pierre Charbonnier. - On s'imagine souvent que la vie d'un anthropologue doit être un roman d'aventures et que, bien avant d'en faire un métier, il faut avoir développé un goût pour le voyage et pour l'autre. Qu'est-ce qui dans votre parcours, a pu vous conduire sur cette voie ?


Un livre d'entretien qui contient quelques anecdotes intéressantes sur le parcours de l'auteur, sur l'histoire récente et mouvementée de l'anthropologie. Avec nos dirigeants fana d'indicateurs, de ROI, de rentabilité, etc. l'auteur n'aurait pu ouvrir son cours qui, au début, ne comptais que trois étudiants. Le genre de calcul qui tue à petit feu les humanités. Un regard profond et dense sur l'anthropologie. Parfois difficile à suivre. L'auteur regrette que l'écologie et l'anthropologie ne soit pas enseignés à l'école. Je confirme, c'est regrettable. Mais il a peu de poids sur nos politiques ... alors moi. Ce livre contient un message écologique fort, au sens d'un système global qui inclut les humains et les non humains. Au passage ce qui ressemble à un petit taquet gentillet à Michel Serres, citant son livre "écrivains, savants et philosophes dont le tour du monde", ce qui m'a incité à l'acheter. Plus que la thèse de Descola qui me semble ardue. Pas très regardant sur les vols et pillages des objets qui ont nourrit le musée Quai Branly (Il a été lié à sa création), tout en soulignant les dégâts de la destruction des totems sur les peuples (qui en tombent malade), donc il parle peu de ce pillage, bien plus des lois pour ne pas restituer, mais utilise tout de même le terme. Globalement cet ouvrage est un hymne à la vie, pour une vie globale de tous les êtres vivants. Un véritable projet transcendant. Les humains en seront-ils capables ? Un très beau livre, aux messages profonds et édifiants. Il rejoint et complète les ouvrages de Prançois Roddier, Claude Lévi-Strauss, Bruno Latour, Edgar Morin, Abdennour Bidar, Michel Serres, Jean-Claude Carrière, Mark Alizart (mais aussi sur le climat), bref des auteurs qui pensent la globalité, la complexité, l'avenir. Je pourrais y ajouter Pacôme Thiellement et son livre La victoire des sans Roi. Bref un ouvrage qui ouvre l'esprit et propose des perspectives, comme le livre La Voie d'Edgar Morin (Lecture en cours). Je vois bien aussi les trois couches pour l'anthropologie, tout d'abord l'ethnographie (Un stage en immersion dans une peuplade aux confins de l'espace-temps, ici les Ashuars), l'ethnologie qui voie un peu plus large, induction avec des ethnies proches ou au niveau d'un continent, et l'anthropologie qui a un spectre global au niveau de l'humanité (Je résume, l'auteur décrit bien mieux que moi). C'est aussi une bonne introduction sur ce métier transdisciplinaire qui amène à un relativisme tout à fait salutaire.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA

vendredi 24 avril 2020

ABC La Kabbale de Daniel Souffir

ABC La Kabbale de Daniel Souffir (Grancher, 288 pages, 2014)

Incipit :
Bienvenue !
Entre, n'aie pas peur.
Une excellente introduction sur la Kabbale, une autre approche que La rose aux treize pétales ou L'arbre de vie selon la Cabale, plus pragmatique, presque du coaching si ce mot ne me hérissait pas le poil, surtout dans le domaine spirituel. Une entrée en manière claire, encourageante. Vers la fin cela me parlait moins. Le guide des lettres hébraïques et leurs correspondances, comme pour l'astrologie et ses planètes, et le discours mystique de la fin, hummm, non, pas trop pour moi. Là on entre dans la croyance et une pratique quasi religieuse. Mais cela reste une bonne entrée en matière.

Note : AAAA

lundi 20 avril 2020

Où atterrir ? de Bruno Latour

Où atterrir ? Comment s'orienter en politique de Bruno Latour (La découverte, 156 pages, 2017)

Incipit :
Cet essai n'a pas d'autre but que de saisir l'occasion de l'élection de Donald Trump, le 11 novembre 2016.
Un livre qui présente de manière claire, argumentée, sourcée, les trois phénomènes majeurs récents qui ont chamboulé la politique et qui redéfinissent notre avenir, pour peu que nous en prenions conscience et que la politique s'en saisisse. L'auteur analyse clairement ce qu'il se passe et comment les fractures idéologiques ont été modifiés et que malgré leur obsolescence reconnues par les politiques autant que par les médias restent sur le même axe d'analyse ce qui fait qu'on n'y comprend plus rien. L'élection de Trump a permis de clairement définir le nouvel axe (au point où l'auteur le ... remercie). Dans le sens de Trump c'est celui du déni, de ressources infinis, de la consommation à outrance. Qui sert ceux qui sont conscient qu'une planète est insuffisante pour tous et qu'il va y avoir de la perte. Mais, estiment-ils, pas pour eux. Et donc de l'autre côté de cet axe, celui de la raison, de la prise en compte de la biosphère, de l'ensemble des êtres qui l'habitent, qui forme un tout, le Terrestre. Ce que Philippe Descola explique parfaitement (Par exemple le podcast sur la pandémie, mais vous pouvez en trouver plein d'autres sur France Culture). Cela fait écho à Mark Alizart Le coup d'état climatique, ou encore à François Roddier La thermodynamique de l'évolution, ou encore à Yuval Noah Harari 21 lessons for the 21st century. Voir également le site de Bruno Latour. Ce livre propose les fondations d'une société post-pandémie, une nouvelle possibilité de mise en place de la politique Gauche/Droite mais autour d'un nouvel axe. C'est fondamental pour que la politique retrouve son rôle, qu'enfin tout le monde comprenne et s'y retrouve, et ne pas laisser les plus malins, les plus riches, mener leur programme funeste (Y compris Bill Gates qui se repeint en chevalier blanc, avec une hagiographie Netflix, mais qui a quand même quelques journalistes pour y voir un peu plus clair, comme ici et ici, qui ne donne que 50 millions alors que le fondateur de Twitter 1 milliards. Au regard de la fortune colossale de Bill Gates (105 milliards en 2019),  il s'agit bien d'une opération communication ... à petit budget). Revenons à ce livre. Un livre fondateur, à lire absolument. Comme les autres ouvrages de Bruno Latour et ceux de Descola.

Note : Il s'agir de sauver la planète, alors ... note infinie

mercredi 15 avril 2020

Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier

Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier (Le livre de poche, 218 pages, 2018)

Incipit :
Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189...
Je souhaitais un jour relire Le grand Meaulnes, une lecture adolescente qui m'avait marqué, l'impression pour la première fois de vivre un rêve éveillé. Je parle de la soirée de la fête au Domaine, je trouvais cela magique, cela m'a envoûté. J'ai compris à cette occasion le pouvoir des mots, comment ils pouvaient manipuler vos émotions intimes. Puis je me rappelais vaguement que cela se terminait 'pas très bien', qu'il partait à la guerre. En fait, pas du tout j'avais complètement oublié la suite de la fête. J'ai pris beaucoup de plaisir à le relier, même si le côté tragique est un peu plombant. Mais c'est d'un romantisme fou. Le plus troublant est que j'ai découvert à cette occasion à quel point c'est lié à l'enfance de l'auteur et à son amour contrarié. Cela transparait clairement dans la courte chronologie de la vie de l'auteur, à la fin de l'ouvrage. Je me suis mis à le lire en apprenant dans le NouvelObs la sortie en Pléiade de ce livre, puis le jour même où je comptais le commencer, son passage au Masque & la Plume. A ce propos Arnaud Viviant, au masque est, une fois de plus, imprécis, disant, je crois, avoir vu le mot adolescence deux fois. Il apparait sept fois. Trois fois au début, une fois au milieu et deux fois vers la fin. Ok, j'ai l'avantage d'avoir utilisé le logiciel Tropes. Mais ce passage sur l'adolescence, comme concept récent, et le fait qu'à l'époque on passait directement de l'enfance au monde adulte, me paraissait censé, et ce livre est bien cela. Donc j'ai été attentif à cela lors de ma lecture. S'il s'agit bien d'un passage alors peut-être n'est-ce pas un hasard que le substantif le plus usité est le mot 'porte' qui apparaît 113 fois. Que les deux adjectifs les plus usités sont petit (171 fois) et grand (320 fois). Mais je vous laisse avec mes analyses personnelles. J'ai été très heureux de relire ce livre qui m'a rappelé, de très nombreuses années après, mon adolescence.

Note : AAAAAAA

lundi 13 avril 2020

Une chambre à soi de Virginia Woolf

Une chambre à soi de Virginia Woolf (10/19, 171 pages, 1996)

Incipit:
Je sais, vous m'avez demandé de parler des femmes et du roman.

Un essai très bien écrit, fin, drôle parfois, très ironique. Mais d'un autre côté, devant le constat du patriarcat et de la mise sous le boisseau de la moitié de l'humanité, il y a de quoi. Cela dit beaucoup de notre société dite moderne. Le sexisme n'a pourtant toujours pas disparu. Le mépris des femmes non plus. Les violences conjugales encore moins, qui ont augmentées gravement en cette période de confinement. Mais c'est aussi un hymne à la création et au roman en particulier. Je lis un livre atelier D'écriture de Laure d'Astragal qui dit, dans son ouvrage page 55 "../.. il est toujours plus efficace de faire comprendre les choses que de les dire". Et j'ai trouvé ce conseil, illustré, lumineux. J'ai pu constater comment Virginia Woolf utilisait à bon escient ce qui relève de la bonne littérature. Par exemple p.39 au lieu de dire "../.. une chambre banale, ../.." elle écrit "une chambre, comme des milliers d'autres, ../..". Là j'ai pris un exemple simple mais il y en a des bien plus aboutis(p. 42 avec l’aloès, ou les huiles essentielles de la vérité). Elle utilise aussi des couleurs, évocatrices, p. 48 le noir serpent de la colère,  p.50 ils ont été écrits à la lumière rouge de l'émotion et non à la lumière blanche de la vérité. Virginia W. a une analyse fine, sociologique, de l'humanité, p. 98 qui remet en cause le génie solitaire ex nihilo, p. 103 sur la révolte (au sens Camusien ?), p. 104 sur la pauvreté source de déclassement social total (Que Bourdieu et sa Distinction n'a fait que confirmer, et sa remarque perfide à l'encontre de Camus de montrer, à l'instar de Sartre, le mépris de classe d'un petit bourgeois), bref, p.162 que la liberté intellectuelle dépend des choses matérielles (D'où le titre de son ouvrage). Elle a d'excellentes recommandations pour écrire un roman, sur la création (p. 159). Elle est drôle, sur les "experts" qui mettent les gens dans des cases (p. 158) ou sur l'impossibilité des femmes d'écrire (p. 162). Bref, comme elle le dit si bien, laisser la ligne de la pensée s'enfoncer profondément dans l'eau du fleuve (p. 163). Une belle lecture ...

Note : AAAAAAAA

samedi 11 avril 2020

Odyssée d'Homère

Odyssée d'Homère (Pléiade, pages 561-878, 2013)

Incipit :
C'est l'homme aux mille tours, Muse, qu'il faut me dire, Celui qui tant erra quand, de Troade, il eut pillé la ville sainte, celui qui visita les cités de tant d'hommes et connut leur esprit, Celui qui, sur les mers, passa par tant d'angoisses, en luttant pour survivre et ramener ses gens.

Un classique de la littérature. Que je n'avais jamais lu. J'ai tenté l'Iliade pour commencer dans l'ordre, mais ces joutes verbales et ces Dieux belliqueux et si humains dans leurs comportements violents ne m'ont pas incité à poursuivre. Et puis les batailles, bof. L'Odyssée en revanche est une aventure pleine de rebondissements avec des voyages, comme de celui de l'Hadès, ou ce passage entre Charybde et Scylla, sont passionnants et éminemment symboliques, repris parfois dans certains proverbes. La structure est relativement complexe, ce qui ne veux pas dire compliqué, le travail de Pénélope, repris là aussi dans les proverbes, est évoqué mais en fait décrit lors du passage dans l'Hadès à la toute fin. J'aime bien cette richesse et ces ramifications. Le lire en Pléiade est bien sûr un plaisir de fin gourmet, surtout en cette période de confinement. D'autant que je suis malade alors me réfugier dans cet imaginaire est une véritable évasion. Et pour éviter de postillonner mes miasmes sur le papier Bible, je lis avec un masque. Je lis confiné, en somme.

Note : AAAAAAAAAA

Le mythe de Sisyphe d'Albert Camus

Le mythe de Sisyphe d'Albert Camus (Folio essais, 189 pages, 2018)

Incipit :
Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide.
Je ne comprends pas qu'on puisse reléguer Camus à un philosophe pour lycéens. Ce livre a des passages complexes, fait appel à une culture diverses (entre autre grecque) et pas que littéraire (Entre autre Plotin, Kierkegaard, Pascal, Nietzsche). Le thème n'est pas que l'absurde mais si ce thème est central, mais il y a l’existentialisme que d'une certaine manière Camus critique, ce qui, après L'homme révolté, ne fera que creuser l'écart avec Sartre. J'ai regardé quelques vidéos youtube (Par exemple La Grande Libraire, Les vies d'Albert Camus, j'ai abandonné celle de Michel Onfray car la personne qui fait l'interview n'a pas compris ce qu'une une interview, prise de parole longue, questions longues, parle comme si elle était en conversation avec Onfray oubliant le public, s'écoutant parler etc.). Je pourrais extraire une bonne dizaines d'idées fortes. Je ne tirerais que deux, à vous de le lire pour le reste.

"Un homme est plus un homme par les choses qu'il tait que par celles qu'il dit". p. 117

"Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne le fidélité supérieure qui nie les lieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux". (page 168).

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAA

L'exil et le royaume d'Albert Camus

L'exil et le royaume d'Albert Camus (Folio, 187 pages, 2007)

Incipit :
Une mouche maigre tournait, depuis un moment, dans l'autocar aux glaces pourtant relevées.

Un recueil de six nouvelles. Je les ai toutes appréciées à l'exception de la dernière. Avec une préférence sur la nouvelle Jonas, qui me semble assez inspiré de la vie compliquée de l'auteur. Une autre sur l'endoctrinement, si je puis dire, est forte, violente. On y retrouve les thématiques chères à l'auteur notamment l'exil, l'étranger, l'humanisme, la violence, la création, l'absurde, la vie. J'avais étudié au lycée l'une des nouvelles, et ce souvenir était resté ancré en moi. J'ai pris plaisir à les lire (sauf la dernière donc), c'est bien écrit, c'est entrainant. J'aime bien Camus.

Note : AAAAAA

lundi 30 mars 2020

La peste d'Albert Camus

La peste d'Albert Camus (Folio, 279 pages, 1987)
Le rat d'eau de la Méduse
Incipit :
Les curieux évènements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran.

Un livre que je n'avais jamais lu. A cause de l'actualité, il a le vent en poupe, et je me suis dit pourquoi pas. Un livre commencé et quasi fini avant que Le Masque & Le Germe le recommande.Et puis Arnaud Viviant, que je trouve assez agaçant, qui préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Camus (!), m'incite encore plus à lire Camus. Le bateau en couverture évoque Le Grand Saint-Antoine, en plus moderne, lors de la peste de Marseille en 1720. Nos états modernes n'ont rien préparés, je ne suis pas surpris, la logique du profit, la manière dont on gère les risques, quels qu'ils soient, la priorité à la finance, à la performance, la logique comptable, en laissant crever les hôpitaux, les riches feront appel aux cliniques privées de luxe, tout cela me désespère. Une explication pédagogique de fin mars, de DirtyBiology qui reprend en autre la cartographie du Coronavirus Ressource Center du Johns Hopkins University & Medecine, ma 'a convaincu de lire ce livre. Certes c'est une parabole de la peste brune (camps, fours, un être froid passionné par les trains qui envoie à la mort) mais aussi de la violence le Mal que chacun porte en soi. C'est très fort. Mais aussi, au premier degré, une excellente analyse psychologique et sociale lors d'une pandémie, comme on la retrouve également dans La mort blanche de Frank Herbert, ou I'm Legend de Richard Matheson (Surtout pas le film). Il y a beaucoup de passages forts intéressants et d'autres qui pourraient être des citations, comme, page 110, "C'est au moment du malheur qu'on s'habitue à la vérité, c'est-à-dire au silence." Une lecture édifiante ...

Note : AAAAAAAAA

samedi 28 mars 2020

pantopie : de hermès à petite poucette Michel Serres

pantopie : de hermès à petite poucette Michel Serres, entretiens avec Martin Legros et Sven Ortoli (Editions le Pommier, 392 pages, 2014)

Incipit :
Vos racines, c'est la Garonne ? Au commencement était le fleuve ?
 On peut prendre la formule au pied de la lettre, parce que l'année de ma naissance, en 1930, il y a eu cette immense inondation qui est restée dans les mémoires gasconnes.
Pantopie revisite une grande partie de l'ensemble de l’œuvre de Michel Serres. Ses personnages conceptuels, de hermès à Petite Poucette. Michel Serres a tendance à m'agacer (Ce qui n'en fait pas un mauvais auteur ni quelqu'un de pertinent, il m'agace c'est tout), à s'approprier ce qui finalement a été dit par d'autres et ne pas en faire crédit à à simplement l'occulter. Il manque de précision, il a le sens de la formule mais parfois cela confine au cliché. On sent qu'il a souffert d'un manque de reconnaissance et cela induit qu'il ressent le besoin de dire qu'il a connu tel ou telle personne sans que cela serve le propos. Il parle d’ailleurs de sa" boutique" Michel Serres, et au moins sur ce point il est sincère, il a un côté commercial pour son propre produit. Il évacue Levi-Strauss (Car ses propose sont non vérifiable) mais trouve bien celui qui s'interroge sur les baleines (Alors que le même reproche pourrait être fait), mais concède à la fin lire Levi-Strauss. Parfois il se contredit d'une ligne à l'autre.  Il rappelle dès qu'il peut qu'il a été premier en ceci, en cela, ami de machin, ami de truc. L'humilité n'est pas ce qui l'étouffe et je trouve cela pénible à la longue. Il dit avoir toujours été précurseur, personne n'avait vu avant lui le lien science et société le changement de paradigme lorsqu'il y a eu Hiroshima/Nagasaki. Vraiment ? Même pas Albert Einstein ? Robert Oppenheimer (Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes) ? Pour la révolution du numérique John Perry Barlow ? Non, toujours pas ? Le Cyberpunk, ring a bell ?  Il y a tout de même des arguments intellectuellement faibles. Il évacue de manière assez simpliste certains penseurs, tout ceux qui remettraient en cause son statut de précurseur. Or cela sonne faux. Décidément l'auteur de Petite poucette m'agace prodigieusement. La science avant Hiroshima, pas de problème ... page 171. Et le gaz moutarde en 1914-1918 ? Les chars, la balistique, les armes à feu, les arcs, flèches, l'usage de virus (cadavres) lors des sièges passés, etc. La science n'a pas attendu Hiroshima pour être au service des puissants et de la mort. Oui le nucléaire permet de détruire l'espèce en une fois (Comme la guerre bactériologique, cf. Biohazard de Ken Alibek).  Une fois de plus M.S. simplifie, édulcore, essentialise. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ne date pas d'hier ... Page 173, la guerre froide s'est passée sans incident. J'ai failli m'étrangler,  et la crise des missiles de Cuba ? Non ? A deux doigts d'un conflit thermonucléaire, il n'y a pas donc pas eu d'accident, c'est un peu se jouer de mot ... Qu'il s'intéresse à Fog of War de McManara. C'est parce qu'on est passé à deux doigts de M.A.D. (Mutual Assured Destruction) que le téléphone rouge a été installé. Pages 175, 176 ou l'art de ne pas répondre à la question. Page 195 : prof principal devrait être le prof de sport, affirmation purement gratuite. Peu étayée. Intellectuellement faible. Comme d'hab. Encore l'erreur entre programmateur et programmeur. Bon, j'arrête là. Car il y a quand même quelques passages intéressants, et j'apprécie grandement son souhait de décloisonner, de latéraliser, de mélanger les savoirs, de faire des passerelles, la transversalité des sciences humaines et scientifiques, bref l'interdisciplinarité. Sur ce point Michel Serres a marqué d'une pierre son parcours. Et ce n'est pas parce qu'il m'agace qu'il n'a pas quelque chose à m'apprendre, ne serait-ce que pourquoi il m'agace. Au moins dans ce livre il finit par admettre que Petite Poucette était un peu naïf, léger. Les auteurs ont du s'y reprendre à trois fois pour qu'il l'admette. Mais il l'avait déjà admis sur l'insistance de Finkielkraut dans son émission Répliques. J'ai quand même pris plaisir à cette galerie de portrait et cette profusion de sujets abordés. Cela me plait !

Note : AAAAAAAA

mercredi 25 mars 2020

Le livre d'Hénoch I & II

Le livre d'Hénoch I & II (Pléiade, 1905 pages, 1987)

Incipit :
Parole de bénédiction d'Hénoch. C'est ainsi qu'il bénit les élus et les justes qui (verront) au jour d'angoisse l'extermination de tous les ennemis et le salut des justes.

Je n'ai pas, pour l'instant, tout lu de ces écrits intertestamentaires, juste les deux parties sur le Livre d'Hénoch. Livre I Hénoch (pages 463-625) et livre II Livre des secrets d'Hénoch (pages 1165-1223)
Les notes de bas de pages sont très importantes, elles changent le regard, proposent des explications qui, sans elles, rendraient le texte abscons ou superficiel. Par exemple le passage avec des animaux est en fait une partie historique avec des peuples. Il y a aussi les liens avec les autres écrits intertestamentaires qui se renvoient l'un à l'autre formant un corpus d'une richesse étonnante.Il m'est difficile de donner un avis à ce stade, cela mérite relecture. Il y a quelques passages très beaux.C'est à la lecture d'un autre texte qui donnait en référence Hénoch que cela m'a incité à aller voir de plus près. Je n'ai pas de regret. Et puis historiquement parlant c'est émouvant de lire ce genre de texte ...

Note : AAAAAAA

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal (Folio, 326 pages, 2018)

Incipit :
Paula Karst apparait dans l'escalier, elle sort ce soir, ça se voit tout de suite, un changement de vitesse perceptible depuis qu'elle a claqué la porte de l'appartement, la respiration plus rapide, la frappe du cœur plus lourde, un long manteau sombre ouvert sur une chemise blanche, des boots à talons de sept centimètres, et pas de sac, tout dans les poches, portable, cigarettes, cash, tout, le trousseau de clés qui sonnent et rythme son allure - frisson de caisse claire - la chevelure qui rebondit sur les épaules, l'escalier qui s'enroule en spirale autour d'elle à mesure qu'elle descend les étages, tourbillonne jusque dans le vestibule, après quoi, interceptée in extremis par le grand miroir, elle pile et s'approche, sonde ses yeux vairons, étale de l'index le fard trop dense sur ses paupières, pince ses joues pâles et presse ..
Bon, il m'a fallu abréger l'incipit qui n'en fini pas, c'est rare (Encore pire, il y a Zone de Matthias Enard, qui, de mémoire est une seule phrase par chapitre, pas de point donc, à chacun de trouver son rythme, ceux qui n'y arrivent pas s'y épuisent ... mais est-ce la faute du livre ?). Un livre délicat, qui parle très bien de nos affects, de la peinture (décor ou d'artiste) avec un très beau passage sur Lascaux. Il parle des creux, de l'indicible, de l'ineffable, de ce qui est évoqué dès la première page par ce magnifique kōan, un classique dans le zen, que je connaissais pour en avoir lu plein. Il ne s'agit pas de les lire mais d'y répondre en quelque sorte, et pas de manière rationnelle, occidentale mais par le cœur, la seule voie véritable. Le vent fait-il du bruit dans les arbres quand il n'y a personne pour l'entendre ? Ce qui ne se sait pas, ne se sait pas. On ne perçoit qu'à l'aune de ses sens, la majeure partie de la vie nous échappe. Un livre  touchant qui parle de la vie, de l'amour, de l'art, et qui le fait bien. 

Note : AAAAAAAA


Chemins de sagesse traité du labyrinthe de Jacques Attali

Chemins de sagesse traité du labyrinthe de Jacques Attali (Fayard, 236 pages, 1996)

Incipit :
Quatre histoires pour commencer
Doom
 En des temps encore très lointain, des chimères cannibales envahiront la Terre.

Le début surprend, cela parle du jeu Doom (1993 !) auquel j'ai joué sur un PC 486. C'est de la balle ce jeu, le son dément, la nouveauté, l'innovation technique, l'ambiance post-apo, une claque vidéoludique cosmique ! Un voyage qui vous transforme ! Effectivement labyrinthique, peuplé de pièges, d'impasses qui me renvoie aux livres dont vous êtes le héro, Le labyrinthe de la mort de Ian Livingstone, oui on voit mes travers qu'évoque ce traité du labyrinthe, alors quand l'auteur parle de réseau mondial, d'architecte réseau et j'en passe, d'ailleurs un peu daté dans ce domaine, le cyberspace étant bien connu du monde littéraire avec par exemple William Gibson et, entre autre, son Neuromancer (1984), ou encore Les mailles du réseau (1988) de Bruce Sterling, romans parmi tant d'autres que j'ai dévoré à cette époque, fasciné par ce monde entièrement nouveau. Autant dire que ce livre de Jacques Attali me parle, à de multiples niveaux, et qu'il fasse des liens avec l'aube de l'humanité ou que le labyrinthe évoque un inconscient collectif archétypal est une douceur spirituelle qui m'élève. L'encart d'illustré au milieu est fabuleux, cela rassemble les peuples, de ce qui fait humanité. Dommage que ce livre ne soit plus édité et disponible qu'en occasion (Bon aussi en numérique, mais pas pareil ...). Bonne bibliographie, cela fait rêver. j'aurais souhaité un index, c'est le type d'ouvrage qui le nécessite. J'apprécie la couverture et tout ce qu'elle évoque ... Petite erreur page 95 qui indique que le labyrinthe d'Amiens a été détruit en 1825. En tout cas depuis que je suis né je l'ai parcouru de nombreuses fois et il y a encore à peine deux ans, je l'ai même pris en photo. Non, ce labyrinthe existe toujours. Sa frontière est un octogone, particularisme qui en fait toute sa saveur. "La femme est le premier labyrinthe de l'homme." je n'ai pas noté la page ... J'ai pensé aussi à l'excellent Le nom de la Rose d'Eco pour son labyrinthe de livres, ou encore Carlos Ruiz Zafron, L'ombre du vent et son cimetière des livres oubliés ou son dernier livre Le labyrinthe des esprits ...


Note : AAAAAAAAAAAAA

vendredi 20 mars 2020

Pierre, de Christian Bobin

Pierre, de Christian Bobin (Gallimard, 96 pages, 2019)

Incipit :
Je me moque de la peinture.

Un livre de sensations, sur un postulat irréel, la visite impromptue de l'auteur chez Pierre Soulages. L'incipit est rigolo vu que je viens de commencer un livre de Kerangal, Un monde à portée de main, qui porte sur la peinture. Vous vous en tapez complètement, je m'en doute bien. Je commence à apprécier Christina Bobin, il était temps. Et puis au détour de ses errances, des phrases qui font mouche. Il a l'air évocateur des démiurges, faisant naitre ne moi des images inédites ou des pensées fugaces. Gloire lui soit rendu en cette période de confinement. Quelques phrases que j'ai noté ? ok.


p. 7 : « Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions »

p. 8 : « Il y a une présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant »

p. 11 : « Je ne vois jamais photographiquement mais en esprit, ce qui est l’exacte façon de voir »

p. 22 : « Je t’aime assez pour me mettre en travers de ta mort et l’empêcher d’avancer ».

p. 38 : « Nous devrions savoir d'abord que tout est loin à jamais, sinon ce ne serait pas la vie» (De Dhotel en fait, mais cité)

p. 74 : « Mourir c'est laisser ses sandales sur le seuil du temps, pour entrer pieds nus dans la chambre d'une rose ou dans l’œil renversé d'une poupée »

p.88 :  « Qu'il est sublime de tâcher d'être humain et sourire d'échouer si parfaitement »

p. 93 : « La grande amitié c'est d'oser dire ses désaccords, faisant sursauter écureuils et étoiles »

p. 95 :  « L'intérêt des livres, c'est qu'ils taillent nos yeux, retendent la chair de nos âmes  »

Note : AAAAAA