samedi 29 février 2020

La panthère des neiges de Sylvain Tesson

Le chant du cygne du prédateur alpha
La panthère des neiges de Sylvain Tesson (Gallimard, 168 pages, 2019)

Incipit :
Je l'avais rencontré un jour de Pâques, après une projection de son film sur le loup d'Abyssinie.

Retour à la nature, à sa beauté, aux cycles de la vie et la mort. La beauté du monde, de notre planète, de ses habitants dont cette Panthère des neiges, royale, indifférente à la folie humaine et ses dérives de toutes sortes. C'est une critique acerbe, lucide, terrible de ce prédateur dominant qu'est l'espèce humaine, au point que celle-ci détruit son biotope, de manière irrémédiable et méthodique. La chronique d'une mort annoncée, celle de l'humain. L'article de l'Express (Édition du 26 février) ne voit en Sylvain Tesson qu'un être qui fréquente l'extrême droite, atypique, réac. Pas un mot sur la destruction de la planète, logique pour un journal des riches qui planifie cette destruction qu'ils croient créatrice. Les dés sont lancés et je n'y puis grand-chose. Un livre bourrés de sentences, d'adages, de préceptes, d'aphorismes, tant l'auteur a cet art d'une pensée synthétique où, en quelques mots, on dit beaucoup, le sens de la formule qui fait mouche. En contrepied de nos sociétés de la vitesse, de la surconsommation, une glorification de l'affût, la patience, le silence, l'aventure dans toute sa noblesse. Un très beau livre. Captivant. Envoutant. Essentiel. Merci à l'amie qui me l'a offert. Cette panthère des neiges sera notre juge. Elle disparaitra, indifférente aux errances humaines, symptôme d'une humanité déshumanisée. Léa Salamé a besoin d'apprendre à regarder ? Vraiment ? Elle ose cette question ? Qu'elle visite le musée de l'évolution à Paris, qu'elle écoute cette horloge au premier étage, qu'elle médite devant la taille des pêches des milieux halieutiques, qu'elle se promène en forêt ou qu'elle aille se promener en bord de Loire. Apprendre à regarder aux aveugles ? Étonnant cette limitation de vue, de pensée, de vision devant l'abysse, ces questions lénifiantes devant le danger imminent, cette réduction de l'espace et de la vie au profit du prédateur ultime. Ce n'est pas cela qui est vertigineux pour Nicolas Demorand mais la photo où apparait la panthère alors que le photographe et le spectateur pressé ne l'avaient pas décelé. Voilà un bon résumé. Devant l'incendie on s'intéresse à son lacet défait. En ce qui me concerne c'est cela que je trouve vertigineux. Ce déni. Parler de "quête spirituelle" de la part de Léa Salamé, fait un peu court pour circonscrire la destruction de la planète, non ? Un prix Renaudot mérité, est-ce que cela changera quelque chose sur la prise de conscience planétaire ? J'en doute.

Note : est-ce nécessaire devant l'inévitable ?

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