samedi 28 mars 2020

pantopie : de hermès à petite poucette Michel Serres

pantopie : de hermès à petite poucette Michel Serres, entretiens avec Martin Legros et Sven Ortoli (Editions le Pommier, 392 pages, 2014)

Incipit :
Vos racines, c'est la Garonne ? Au commencement était le fleuve ?
 On peut prendre la formule au pied de la lettre, parce que l'année de ma naissance, en 1930, il y a eu cette immense inondation qui est restée dans les mémoires gasconnes.
Pantopie revisite une grande partie de l'ensemble de l’œuvre de Michel Serres. Ses personnages conceptuels, de hermès à Petite Poucette. Michel Serres a tendance à m'agacer (Ce qui n'en fait pas un mauvais auteur ni quelqu'un de pertinent, il m'agace c'est tout), à s'approprier ce qui finalement a été dit par d'autres et ne pas en faire crédit à à simplement l'occulter. Il manque de précision, il a le sens de la formule mais parfois cela confine au cliché. On sent qu'il a souffert d'un manque de reconnaissance et cela induit qu'il ressent le besoin de dire qu'il a connu tel ou telle personne sans que cela serve le propos. Il parle d’ailleurs de sa" boutique" Michel Serres, et au moins sur ce point il est sincère, il a un côté commercial pour son propre produit. Il évacue Levi-Strauss (Car ses propose sont non vérifiable) mais trouve bien celui qui s'interroge sur les baleines (Alors que le même reproche pourrait être fait), mais concède à la fin lire Levi-Strauss. Parfois il se contredit d'une ligne à l'autre.  Il rappelle dès qu'il peut qu'il a été premier en ceci, en cela, ami de machin, ami de truc. L'humilité n'est pas ce qui l'étouffe et je trouve cela pénible à la longue. Il dit avoir toujours été précurseur, personne n'avait vu avant lui le lien science et société le changement de paradigme lorsqu'il y a eu Hiroshima/Nagasaki. Vraiment ? Même pas Albert Einstein ? Robert Oppenheimer (Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes) ? Pour la révolution du numérique John Perry Barlow ? Non, toujours pas ? Le Cyberpunk, ring a bell ?  Il y a tout de même des arguments intellectuellement faibles. Il évacue de manière assez simpliste certains penseurs, tout ceux qui remettraient en cause son statut de précurseur. Or cela sonne faux. Décidément l'auteur de Petite poucette m'agace prodigieusement. La science avant Hiroshima, pas de problème ... page 171. Et le gaz moutarde en 1914-1918 ? Les chars, la balistique, les armes à feu, les arcs, flèches, l'usage de virus (cadavres) lors des sièges passés, etc. La science n'a pas attendu Hiroshima pour être au service des puissants et de la mort. Oui le nucléaire permet de détruire l'espèce en une fois (Comme la guerre bactériologique, cf. Biohazard de Ken Alibek).  Une fois de plus M.S. simplifie, édulcore, essentialise. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ne date pas d'hier ... Page 173, la guerre froide s'est passé sans incident. J'ai failli m'étrangler,  et la crise des missiles de Cuba ? Non ? A deux doigts d'un conflit thermonucléaire, il n'y a pas donc pas eu d'accident, c'est un peu se jouer de mot ... Qu'il s'intéresse à Fog of War de McManara. C'est parce qu'on est passé à deux doigts de M.A.D. (Mutual Assured Destruction) que le téléphone rouge a été installé. Pages 175, 176 ou l'art de ne pas répondre à la question. Page 195 : prof principal devrait être le prof de sport, affirmation purement gratuite. Peu étayée. Intellectuellement faible. Comme d'hab. Encore l'erreur entre programmateur et programmeur. Bon, j'arrête là. Car il y a quand même quelques passages intéressants, et j'apprécie grandement son souhait de décloisonner, de latéraliser, de mélanger les savoirs, de faire des passerelles, la transversalité des sciences humaines et scientifiques, bref l'interdisciplinarité. Sur ce point Michel Serres a marqué d'une pierre son parcours. Et ce n'est pas parce qu'il m'agace qu'il n'a pas quelque chose à m'apprendre, ne serait-ce que pourquoi il m'agace. Au moins dans ce livre il finit par admettre que Petite Poucette était un peu naïf, léger. Les auteurs ont du s'y reprendre à trois fois pour qu'il l'admette. Mais il l'avait déjà admis sur l'insistance de Finkielkraut dans son émission Répliques. J'ai quand même pris plaisir à cette galerie de portrait et cette profusion de sujets abordés. Cela me plait !

Note : AAAAAAAA

mercredi 25 mars 2020

Le livre d'Hénoch I & II

Le livre d'Hénoch I & II (Pléiade, 1905 pages, 1987)

Incipit :
Parole de bénédiction d'Hénoch. C'est ainsi qu'il bénit les élus et les justes qui (verront) au jour d'angoisse l'extermination de tous les ennemis et le salut des justes.

Je n'ai pas, pour l'instant, tout lu de ces écrits intertestamentaires, juste les deux parties sur le Livre d'Hénoch. Livre I Hénoch (pages 463-625) et livre II Livre des secrets d'Hénoch (pages 1165-1223)
Les notes de bas de pages sont très importantes, elles changent le regard, proposent des explications qui, sans elles, rendraient le texte abscons ou superficiel. Par exemple le passage avec des animaux est en fait une partie historique avec des peuples. Il y a aussi les liens avec les autres écrits intertestamentaires qui se renvoient l'un à l'autre formant un corpus d'une richesse étonnante.Il m'est difficile de donner un avis à ce stade, cela mérite relecture. Il y a quelques passages très beaux.C'est à la lecture d'un autre texte qui donnait en référence Hénoch que cela m'a incité à aller voir de plus près. Je n'ai pas de regret. Et puis historiquement parlant c'est émouvant de lire ce genre de texte ...

Note : AAAAAAA

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal (Folio, 326 pages, 2018)

Incipit :
Paula Karst apparait dans l'escalier, elle sort ce soir, ça se voit tout de suite, un changement de vitesse perceptible depuis qu'elle a claqué la porte de l'appartement, la respiration plus rapide, la frappe du cœur plus lourde, un long manteau sombre ouvert sur une chemise blanche, des boots à talons de sept centimètres, et pas de sac, tout dans les poches, portable, cigarettes, cash, tout, le trousseau de clés qui sonnent et rythme son allure - frisson de caisse claire - la chevelure qui rebondit sur les épaules, l'escalier qui s'enroule en spirale autour d'elle à mesure qu'elle descend les étages, tourbillonne jusque dans le vestibule, après quoi, interceptée in extremis par le grand miroir, elle pile et s'approche, sonde ses yeux vairons, étale de l'index le fard trop dense sur ses paupières, pince ses joues pâles et presse ..
Bon, il m'a fallu abréger l'incipit qui n'en fini pas, c'est rare (Encore pire, il y a Zone de Matthias Enard, qui, de mémoire est une seule phrase par chapitre, pas de point donc, à chacun de trouver son rythme, ceux qui n'y arrivent pas s'y épuisent ... mais est-ce la faute du livre ?). Un livre délicat, qui parle très bien de nos affects, de la peinture (décor ou d'artiste) avec un très beau passage sur Lascaux. Il parle des creux, de l'indicible, de l'ineffable, de ce qui est évoqué dès la première page par ce magnifique kōan, un classique dans le zen, que je connaissais pour en avoir lu plein. Il ne s'agit pas de les lire mais d'y répondre en quelque sorte, et pas de manière rationnelle, occidentale mais par le cœur, la seule voie véritable. Le vent fait-il du bruit dans les arbres quand il n'y a personne pour l'entendre ? Ce qui ne se sait pas, ne se sait pas. On ne perçoit qu'à l'aune de ses sens, la majeure partie de la vie nous échappe. Un livre  touchant qui parle de la vie, de l'amour, de l'art, et qui le fait bien. 

Note : AAAAAAAA


Chemins de sagesse traité du labyrinthe de Jacques Attali

Chemins de sagesse traité du labyrinthe de Jacques Attali (Fayard, 236 pages, 1996)

Incipit :
Quatre histoires pour commencer
Doom
 En des temps encore très lointain, des chimères cannibales envahiront la Terre.

Le début surprend, cela parle du jeu Doom (1993 !) auquel j'ai joué sur un PC 486. C'est de la balle ce jeu, le son dément, la nouveauté, l'innovation technique, l'ambiance post-apo, une claque vidéoludique cosmique ! Un voyage qui vous transforme ! Effectivement labyrinthique, peuplé de pièges, d'impasses qui me renvoie aux livres dont vous êtes le héro, Le labyrinthe de la mort de Ian Livingstone, oui on voit mes travers qu'évoque ce traité du labyrinthe, alors quand l'auteur parle de réseau mondial, d'architecte réseau et j'en passe, d'ailleurs un peu daté dans ce domaine, le cyberspace étant bien connu du monde littéraire avec par exemple William Gibson et, entre autre, son Neuromancer (1984), ou encore Les mailles du réseau (1988) de Bruce Sterling, romans parmi tant d'autres que j'ai dévoré à cette époque, fasciné par ce monde entièrement nouveau. Autant dire que ce livre de Jacques Attali me parle, à de multiples niveaux, et qu'il fasse des liens avec l'aube de l'humanité ou que le labyrinthe évoque un inconscient collectif archétypal est une douceur spirituelle qui m'élève. L'encart d'illustré au milieu est fabuleux, cela rassemble les peuples, de ce qui fait humanité. Dommage que ce livre ne soit plus édité et disponible qu'en occasion (Bon aussi en numérique, mais pas pareil ...). Bonne bibliographie, cela fait rêver. j'aurais souhaité un index, c'est le type d'ouvrage qui le nécessite. J'apprécie la couverture et tout ce qu'elle évoque ... Petite erreur page 95 qui indique que le labyrinthe d'Amiens a été détruit en 1825. En tout cas depuis que je suis né je l'ai parcouru de nombreuses fois et il y a encore à peine deux ans, je l'ai même pris en photo. Non, ce labyrinthe existe toujours. Sa frontière est un octogone, particularisme qui en fait toute sa saveur. "La femme est le premier labyrinthe de l'homme." je n'ai pas noté la page ... J'ai pensé aussi à l'excellent Le nom de la Rose d'Eco pour son labyrinthe de livres, ou encore Carlos Ruiz Zafron, L'ombre du vent et son cimetière des livres oubliés ou son dernier livre Le labyrinthe des esprits ...


Note : AAAAAAAAAAAAA

vendredi 20 mars 2020

Pierre, de Christian Bobin

Pierre, de Christian Bobin (Gallimard, 96 pages, 2019)

Incipit :
Je me moque de la peinture.

Un livre de sensations, sur un postulat irréel, la visite impromptue de l'auteur chez Pierre Soulages. L'incipit est rigolo vu que je viens de commencer un livre de Kerangal, Un monde à portée de main, qui porte sur la peinture. Vous vous en tapez complètement, je m'en doute bien. Je commence à apprécier Christina Bobin, il était temps. Et puis au détour de ses errances, des phrases qui font mouche. Il a l'air évocateur des démiurges, faisant naitre ne moi des images inédites ou des pensées fugaces. Gloire lui soit rendu en cette période de confinement. Quelques phrases que j'ai noté ? ok.


p. 7 : « Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions »

p. 8 : « Il y a une présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant »

p. 11 : « Je ne vois jamais photographiquement mais en esprit, ce qui est l’exacte façon de voir »

p. 22 : « Je t’aime assez pour me mettre en travers de ta mort et l’empêcher d’avancer ».

p. 38 : « Nous devrions savoir d'abord que tout est loin à jamais, sinon ce ne serait pas la vie» (De Dhotel en fait, mais cité)

p. 74 : « Mourir c'est laisser ses sandales sur le seuil du temps, pour entrer pieds nus dans la chambre d'une rose ou dans l’œil renversé d'une poupée »

p.88 :  « Qu'il est sublime de tâcher d'être humain et sourire d'échouer si parfaitement »

p. 93 : « La grande amitié c'est d'oser dire ses désaccords, faisant sursauter écureuils et étoiles »

p. 95 :  « L'intérêt des livres, c'est qu'ils taillent nos yeux, retendent la chair de nos âmes  »

Note : AAAAAA

Assise. Une rencontre inattendue de François Cheng

Assise. Une rencontre inattendue de François Cheng (Albin Michel, 51pages, 2014)

Incipit :
J'ai eu le privilège de choisir, à un moment clé de ma vie, mon propre prénom.
Un livre court sur une rencontre, entre l'auteur et Saint François d'Assise. Comme toujours chez Cheng c'est empreint de délicatesse, d'observation fine de la vie, d'aspects spirituels. Une belle écriture au service de l'humain. Avec en postface le Cantique des créatures cité dans le livre. Un ouvrage bref, c'est vrai, mais qui m'a emporté. Une belle édition au papier épais assez doux, j'aime bien ... J'allais commencer un autre livre de cet auteur L'éternité n'est pas de trop, que j'avais donc déjà lu. Je ne m'en suis pas rendu compte de suite ... c'est l'âge ...

Note : AAAAAA

dimanche 8 mars 2020

Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry

Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry (Folio Junior, 95 pages, 1980)

Incipit :
Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la Forêt Vierge qui s'appelait «Histoires Vécues».

Ce n'est pas exactement cette couverture, l'exemplaire que j'ai date de la 5ème K (édition de 1980), objet d'étude au collège. Il fatigue un peu mais je l'ai gardé, relu, toutes ces années.Un conte initiatique sur l'enfance, le passage à l'adulte, et cette part de soi qui est sacrifié pour on ne sait quel but mais qui nous fait oublier la voie du cœur, cette faculté du merveilleux et de l'étonnement. Cette histoire me touche toujours autant au fil du temps. Cela doit toucher quelque chose qu'on sent au fond de soi. Parfois je suis tenté de le faire lire à certains adultes de mon entourage, afin qu'ils s'aperçoivent, peut-être, qu'il y a des choses essentielles dans la vie, et qu'il convient de ne pas les oublier.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA

Le songe de Monomotapa de Jean-Bertrand Pontalis

Le songe de Monomotapa de Jean-Bertrand Pontalis (Gallimard, 166 pages, 2009)

Incipit :
Quand nous nous réunissions pour décider du prochain thème dont traiterait la Nouvelle Revue de psychanalyse, il est arrivé plusieurs fois que notre choix se portât sur l'amitié.

Un livre sur les différents formes de l'amitié et comment ces formes mouvantes évoluent dans le temps, s'amenuisent, se délitent ou naissent de manière plus ou moins spontanée. Ce qui les renforce, ce qui les distingue de l'amour, comment deux êtres en arrivent à une relation si singulière qu'elle en défie presque les lois sociales. Un livre intime, touchant qui révèlent les arcanes de ce lien si fort qui pourtant peut disparaître, comment le statut de meilleur(e) ami(e) peut voir défiler une personne puis une autre au gré du flux de la vie. Cela me remet en perspective ma façon particulière de l'amitié. Un livre direct, sensible, dont l'écriture fine me plait particulièrement. Merci à l'amie de me l'avoir prêté, il me révèle à moi-même.

Note : AAAAAAAAAAAAAA