mardi 19 mai 2020

Guerre et Paix de Léon Tolstoï

Guerre et Paix de Léon Tolstoï (Pléiade, 1660 pages, 1952)

Incipit :
EH bien, mon prince, Gênes et Lucques ne sont plus que des apanages, des domaines de la famille Buonaparte.

Un grand livre qui décrit de nombreux personnages un peu comme les caractères de La Bruyère, oscillant entre l'élite aristocratique très humaine (paix) et les périples des hommes de guerre. Une réflexion sur l'Histoire, comment elle est appréhendée, comment elle s'écrit (Livre 3), comment les évènements sont mal compris et tordus selon le regard de l'historien. Une magnifique explication : p. 793.  "Celui-là soutiendra qu'une montagne pesant des milliers de tonnes et sapée à sa base s'est écroulée par suite du dernier coup de pioche donné par le dernier des terrassiers ;". L'historien fait l'Histoire au travers du dernier terrassier, de sa vision, de son importance, occultant au passage tous les autres terrassiers. On ne peut mieux dire. Et puis l'histoire est écrite par les vainqueurs ... Et il enchaine "Dans les faits historiques, les prétendus grands hommes ne sont que des étiquettes qui, tout en donnant leur nom à l'évènement, n'ont avec celui-ci aucune espèce de lien". On notera au passage que la femme est très largement ignorée (Une fois de plus), renforçant en creux, pour ainsi dire en abyme, les propres propos de l'auteur. C'est une longue dissertation (En particulier l'épilogue) sur l'histoire, des considérations historiographiques et illustrée par un roman. L'auteur n'hésite pas à proposer l'analyse d'une des batailles, ses considérations historiographies, les rapprochant d'une intégration d'une infinité d'évènements, utilisant en cela les notions mathématiques d'intégrale, de différentielles, n'hésitant pas à critiquer vertement les historiens  et leur manière de rapporter, remonter, recadrer les faits  (Ayant de l'avance sur l'ouvrage d'Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire). La déconstruction méthodique du mythe qui considèrent que les évènements tournent autour de personnages clés. Au passage Napoléon s'en prend plein les dents. Un criminel. Ce qui me parait assez vrai. Le tout agrémenté par la destinée de quatre familles, trois en particuliers et de deux personnages, Nicolas et Pierre. C'est aussi une réflexion sur le pouvoir, les société secrètes, l'aristocratie, la polémologie. Un livre majeur de la littérature. Dans mon panthéon à l'instar des Misérables, Mémoires d'Hadrien, du Comte de Monte Cristo et bien d'autres. Des destinées de personnages très travaillées. Quelques réflexions sur la religion. Bien avant Nietzsche (Dieu est mort dans Le Gai savoir, 1882) Tolstoï écrit (Guerre et Paix 1869) : La foi est détruite. J'ai pris de très nombreuses notes tant ce livre est une mine, j'ai un nombre de citation pas possible. Il y a plusieurs passages surprenant, notamment sur la Franc-Maçonnerie, où l'auteur décrit une initiation. Pour moi un chef d’œuvre ! A part deux petits passage vers la fin, deux scènes de peu d'importance, le reste se lit avec grand plaisir.

Note : c'est un chef d’œuvre je vous dit !

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