samedi 23 mai 2020

Jacques le fataliste de Denis Diderot

Jacques le fataliste de Denis Diderot (Bookking International, 316 pages, 1993)

Incipit :
Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde.

Un classique datant du XVIIIème siècle, celui de Lumières, le Diderot de l'encyclopédie. Un roman atypique, de par sa construction particulière, mélange de discussions, de contes amoureux, de digressions suivant différents niveaux de narration, de ruptures diverses, et jusqu'à l'auteur s'amusant à interpeler son lecteur, à le questionner voire à s'en moquer gentiment. Le fil conducteur étant le conte amoureux que devrait relater Jacques et que l'auteur s'amuse à en retarder le compte-rendu. Diderot en profite pour critiquer les rapports sociaux, les prébendes, le pouvoir sous ses différentes hiérarchies. Dès la première page sont cité les différentes hiérarchies, le maître, le père, le capitaine, la Diable, Dieu, l'être aimé ... égrenant les différents maillons (p. 13), suggérant la thèse sous-jacente à l'ouvrage : le déterminisme. Nous ne sommes pas vraiment libres. Et dans le roman, celui qui manipule le tout est ... le narrateur, allégorie du Dieu qui manipule les fils du destin (p. 14). Le marionnettiste du romancier se substituant à celui des Dieux. Nul surprise à cet égard que Spinoza soit plusieurs fois cité, pour qui tout était agencé par un Dieu bon. La pythie étant remplacée par la gourde. Interrogeons la gourde ! (La dive Bacbuc selon Rabelais, cet hérétique engastrimythe) Au point de s'interroger, que diable allait-il faire dans cette galère ? Que j'aurais plus attribué à Géronte dans Les Fourberies de Scapin, lecture récente, qu'à Harpagon, ici cité. Je n'ai pu vérifier, je n'ai plus L'Avare sous la main (*soupir*). Et Diderot en propose une variante qui n'est pas censée rester dans les mémoires, selon l'auteur : Et que diable faisait-elle à sa porte ? Il a peut-être bien raison, et il s'en amuse ! Comme il s'amuse des codes supposés du roman, au point de dire que ce livre n'est pas un roman, ce dernier étant si facile à écrire (p. 263), recette en fait qu'il applique à son ouvrage, délicieuse autodérision ... Il parle d'un livre rouge page 256, mais je ne vois de quoi il s'agit. Certainement pas de celui de Mao. Ce couple, le Maître et Jacques, me rappelle un autre couple célèbre, celui de Don Quichotte et Sancho Panza (ou Pança), antérieur (1615), peut-être suggéré p. 30, quand Jacques se dit me voilà pansé ? En tout cas cités page 77. Bref, un ouvrage qui s'amuse beaucoup des codes, des apparences, des hypocrisies, de la communication faussée (p. 67) et qui fait pour ainsi dire de la déconstruction bien avant le post-modernisme. Une mise en abyme sur la création même. Un ouvrage novateur pour son époque (Écrit en 1773 mais publié en 1796 à titre posthume), au style truculent, une aventure à multiples rebondissements, très feuilletonesque, facilement moqueur des apparences (Si la mer bouillait il y aurait bien des poissons de cuits, p. 21). Une interrogation sur la vie et le libre-arbitre. Un livre pétillant plein d'esprit. Ce cheminement de Jacques le fataliste, aurait-il un lien avec le Chemin de Jacques, de Compostelle ? Cet aller-retour et ce lien entre l'infini, le haut et le bas (p. 153) ? Il prend ses précautions sur les jugements hâtifs que les ignorants pourraient avoir sur son ouvrage (p. 244 et 245), ce qui explique son attrait pour l'Encyclopédie et éduquer le peuple ? Diderot ne cite-t-il pas cet apophtegme "Rien n'est plus triste dans ce monde que d'être un sot ..." (p. 250). Un livre dont je comprends qu'il soit devenu un classique et qu'il soit né au siècle des Lumières.

Note : AAAAAAAAAA

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