samedi 22 août 2020

Qu'est-ce que la connaissance ? de Julien Dutant

 Qu'est-ce que la connaissance ? de Julien Dutant (Vrin, 128 pages, 2018)

Incipit :

Lorsqu'on demande à un philosophe ce qu'est la connaissance, on attend de lui une explication de ce en quoi elle consiste - une théorie de la connaissance.

Déjà je pense avoir à peu près tout suivi et compris. Une gageure sur un livre qui fouille dans le détail la notion de connaissance. C'est suite à une article de Science & Vie (N° 1235, août 2020) sur la démonstration mathématique de la croyance en Dieu que ce sujet m'a intéressé. Mais également à la suite de Free Will, m'interrogeant sur nos fondations mêmes. Cette démonstration de S&V est de suite reformulée dans le sous-titre par "selon les règles de la logique, l'existence de Dieu est nécessaire !" puis dans l'article que Dieu n'est pas véritablement prouvé mais que ne pas croire en la démonstration relèverait de l'irrationnel. Déjà reformuler à qui mieux mieux la problème initial ne va pas en la faveur d'une rigueur scientifique très claire. Mais je ne vois pas en quoi il est plus rationnel de démontrer mathématiquement ce qui relève de la croyance, de la foi et qui échappe en quelque sorte à la connaissance, cette dernière s'appuyant sur quelque chose de réel (Voir les définitions du réel et de la réalité). Il n'est pas clairement étayé non plus que la croyance aux licornes vaudrait moins que la croyance en Dieu sous prétexte que Dieu aurait plus qualités. Dans Harry Potter et la pierre philosophale la Licorne a bien également toutes les qualités de pureté (D'où mon 'L' majuscule). Il semble que se mêlent à tout cela des 'jeux de langage'. Rien que l'athéisme a une définition large et une réduite (Apparait plus clairement dans l'article Wikipédia anglais que celui en français). Mais l'article reprend une démonstration assez ancienne (Saint-Anselme) déjà démontrée au milieu du XXème siècle par Kurt Gödel, il s'agit de l'argument ontologique. Donc rien de vraiment nouveau d'un point de vue argumentaire. Le problème de cet argument, pour faire court et de manière lapidaire, est qu'il présuppose ce qu'il prétend démontrer (Comme le "Je pense donc je suis". Dès le premier "Je", la démonstration peut déjà s'arrêter, ce qui rend circulaire le raisonnement la phrase de Descartes ou la proposition une tautologie). L'avancée réelle, donc, apportée par l'article est en fait l’utilisation de l'informatique pour valider la démonstration de cet argument ontologique par Kurt Gödel, et d'ailleurs y trouver au passage une faille dans ce raisonnement. Mais au final n'est pas clairement séparé l'existence de Dieu de la croyance en l'existence de Dieu, le lien entre langage et réalité, le langage étant un outil permettant d'échanger mais avec un lien diffus avec la réalité (Richard Dawkins le rappelle très bien dans son livre Le gène égoïste, certains croyant aux mots au point d'oublier que les mots sont supposés être un reflet du réel et donc en oublie ... le réel). Bref, suite à cet article j'ai souhaité creuser le sujet, sur connaissance, ignorance, vérité, science et croyance. En premier lieu un livre sur l'épistémologie (de Guillaume Decauwert), un livre sur Philosophie de la connaissance (Dutant et Engel) et ce livre sur "Qu'est-ce que la connaissance ?". Je n'ai pas été déçu, on voit comment cette notion de connaissance est un sujet plus complexe, plus profond, plus difficile qu'il ne pourrait paraître de prime abord. Mais je regrette que cet livre ne soit pas plus clair entre la connaissance qu'à le sujet et la connaissance objectif "indépendante" du sujet. C'est la connaissance au sens un peu classique de "je connais" qui est tout de même liée à la vérité, au vrai, mais comme ces deux dernières notions ne sont pas approfondies on s'attache surtout à ce qu'il est possible de connaitre et ce qu'on entend par connaissance, au niveau de l'individu. Et distingue certitude, ou exonère l'erreur en cas de bonne foi. Cela parle de croyance mais au sens de "je crois que les clés sont dans le tiroir" ce qui n'est pas la croyance au sens de la foi qui n'est pas explicitement évoquée ici non plus. Ce livre montre les recherches sur la connaissance, définition, mais aussi formalisme avec le système formel (calcul des propositions et des prédicats), cela me rappelle quelques souvenirs de programmes en Prolog tout ça ... La deuxième partie reprend quelques sources (B. Russell, voir Logicomix, Peter Unger) et cite Wittgenstein plusieurs fois ce qui m'évoque aussi quelques souvenirs (Enquête, biographie). Globalement ce livre résume assez bien la problématique et les enjeux ainsi que les lignes de dissension entre les différents philosophes. J'ai particulièrement apprécié le trilemme d'Agrippa (P. 86) ainsi que les commentaires suite aux deux testes de B. Russell et Unger mais je reste sur ma faim en ce qui concerne le vrai, la vérité voire la Vérité et la distinction entre la connaissance qu'a un sujet et une connaissance qui serait indépendante du sujet (si elle existe). Le livre semble dire que cette distinction n'a pas d'importance au final et là-dessus il me faudrait y réfléchir plus intensément. Certes un groupe qui renforcerait ou aurait la même connaissance n'est pas un gage (Voir le film Le village de Night Shyamalan, ou le communautarisme ou tout type de groupe cohérent en leur sein, ou à peu près, y compris les complotistes) et puis il y a toujours la position style The Matrix, impossible de savoir si nous sommes dans une simulation (Je prends l'hypothèse qu'il n'y a ni Neo ni Morpheus), ou pire comme dans Simulacron-3 (en film soit Le monde sur le fil ou Passé virtuel) qui explore peut-être la régression infinie et nous perds dans une spirale sans fin. Au final un livre vivifiant et édifiant, un sujet passionnant, je me suis éclaté ...

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA 

 “Those who can make you believe absurdities, can make you commit atrocities.” ― Voltaire.

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