samedi 19 juin 2021

Le Cercle de Dave Eggers

 Le Cercle de Dave Eggers (Folio, 576 pages, 2017)

 Incipit :

Mon Dieu, pensa Mae. C'est le paradis.
Une version modernisée ou actualisée du Meilleur des Mondes d'Huxley ou de 1984 d'Orwell. Un panoptique mondial où les réseaux sociaux se substituent au télécran Orwellien. Une exploration de l'esclavage numérique, de l'addiction, de la surcharge d'information, de la soumission à la transparence totale, de la dissolution de la vie privée, de la réduction d'un espace à soi, intime. L'impression de devenir un rat de laboratoire ou d'être cantonné dans une boite de Skinner, à appuyer sur un levier convulsivement, pour être sûr d'avoir sa dose, nouveau drogué du virtuel. La multiplication des écrans, que je vis également, dans une moindre mesure, au travail, me parle directement. Le tracking généralisé de tous nos mouvements, gestes, où tout devient indicateur, métrique, pour classer, noter, évaluer, un culte du tableau de bord pour soi, du feedback temps réel, où l'on croit tout maîtriser à partir du moment où c'est transformé en nombre, comme un miroir narcissique tout aussi bien qu'une version numérique du miroir du Rised, où tout se transforme en positionnement, où on devient côté comme à la Bourse, où le dogme de la transparence en vient au paradoxe où l'on devient dissolu, invisible, soumis à la pression sociale, forme de soft power où, comme le crapaud qu'on chauffe petit à petit, on se laisse mourir sans s'en apercevoir à temps. Là aussi petit à petit nous nous laissons happer, séduire par des outils qui promettent de rendre nos vies meilleures. Nos vies sous algorithme dans une course à la performance, à l'étalage pornographique de soi, colonialisme numérique, un classement totalitaire d'une société de l'hypercontrôle, hygiénisme social qui ne laisse plus de place qu'à un absolu funeste. Voyeurisme généralisé soutenu par les bons sentiments et un idéalisme de perfection béat, réseau-réalité comme télé-réalité où on se transforme en role-model factice et ultra-formaté, hétéronomie d'une communauté qui dérive vers le sectarisme le plus brutal où les rapports vrais se retrouve hors champ, hors caméra, dans des toilettes, lieu de déjection, où la digestion de l'être est ici symbolisée par un requin ... digéré par la tekhnè et aussitôt recraché ... Je me rappelle que le patron de Facebook n'avait pas apprécié de voir des images de sa famille en ligne, lui qui annonçait la fin de la vie privée. Une telle hypocrisie démontre l'indigence de sa pensée et de sa vision. La couverture montre bien que nous sommes des rats dans un labyrinthe numérique, symbole qui peut aussi rappeler le pacman glouton qui frénétiquement avale sans fin des pastilles digitales ... Un thriller qui explore, parfois avec lourdeur, les différents aspects du colonialisme numérique. Nous sommes dedans. Dans la Matrice. En sortiront nous meilleur ? Arriverons nous seulement à en sortir ? A trouver le chemin vers l'autonomie, une élévation de soi plutôt qu'un enfermement ? Trump et Twitter, pour ne citer qu'un exemple parmi des millions, nous rappellent cruellement que non. Tout outil a sa part de libération comme d'aliénation. La question a se poser est aussi : qui manie réellement cet outil ? Dans ce livre au lieu de Google Glass c'est un collier ... qui rappelle en filigrane qu'à un collier il y a une laisse ... L'enfer est pavé de bonnes intentions. Le personnage Ty dans le livre montre que le numérique n'est pas mauvais en soi juste son immixtion dans toutes les strates de la société et la centralisation au sein de mains de moins en moins nombreuses. Le Cercle rappelle par sa forme, son communautarisme et son implantation les Gated Communities américaines.

Note : AAAAAAAAAA

Suzuran d'Aki Shimazaki

 Suzuran d'Aki Shimazaki (Actes Sud, 168 pages, 2020)

Incipit :

La nuit tombe. J'entre dans mon appartement où il n'y a personne.

Une écriture sobre, minimaliste, évanescente  où le symbolisme d'une fleur, Suzuran en japonais, suit l'histoire de bout en bout. Initialement accolée à une poterie il verra sa destinée s'étoffer au fur et à mesure, pétale après pétale. Des phrases courtes qui laissent place au non dit, à l'imaginaire du lecteur. Ce côté tout en retenue me plait beaucoup. J'avais découvert Aki Shimazaki au travers sa pentalogie Tsubaki, que j'ai passé depuis à ma fille. Ici il s'agit d'une histoire où le poison s'instille et se diffuse petit à petit. Où l'ampleur de la trahison se découvre jusqu'à  la perte des feuilles, moment fatidique qui verra l'histoire prendre la tangente, le tout étayé par ce titre évocateur. Alors je croie que j'entamerais dans pas trop longtemps le deuxième tome de cette nouvelle pentalogie.

Note: AAAAAAAAA

Ps: je vous recommande le k-drama historique Rookie Historian Goo Hae Ryung.

La Table du Roi Salomon de Luis Montero Manglano

La Table du Roi Salomon de Luis Montero Manglano (Babel/Actes Sud, 600 pages, 2017)

Incipit :

Schem-hamephorash. Le Nom des Noms.


Un livre qui se lit avec une facilité déconcertante, on dirait peut-être de nos jours un page-turner, pour les fanatiques des anglicismes. Une quête qui emprunte un peu à Indiana Jones avec un côté Club des Cinq pour adulte. Cela fait le deuxième livre du mois (Evolution) qui confond programmeur et programmateur (p. 195). Je vais finir par faire une thèse en sociologie pour montrer comment cette confusion déplorable s'immisce dans toutes les strates de la société sans que cela ne fasse la moindre vague. Naaaan je plaisante. Mais quand même les traducteurs font assez mal leur travail, une simple recherche wikipédia leur éviterait cet écueil. Je regrette tout de même le cliché antisémite page 197 où un juif se voit affublé d'un "Gros nez crochu". Sinon l'histoire est captivante, pleine de rebondissements, rondement menée, et parsemée de références à l'histoire de l'Art et bien sûr aux spoliations au cours de l'Histoire. La France s'en prend un peu dans les dents, à juste titre, et en particulier cette saloperie de Napoléon, le gugusse qui a mis à feu et à sang l'Europe, un boucher que certains idéologues vénèrent. Je veux bien faire la part de choses, mais de là à l'idolâtrer comme un doudou il y a un pas que je ne franchirais pas. Les mêmes probablement qui trouvent que Pétain était un bon militaire, les guerres d'attrition étant d'un autre âge (L'Antiquité) je dirais que c'était ce qui se fait de pire comme militaire, une défaite de la pensée comme de l'action, et j'inclus l'Allemagne de la même période, la première guerre mondiale, aussi nulle sur le sujet. Une défaite de la diplomatie, des soi-disant élites dirigeantes, une honte. Mais bizarrement l'histoire est embellie et réécrite. Alors vous allez me trouver hors sujet. Que nenni, ce livre d'aventure est aussi un rappel de l'Histoire au travers des vols d'objets d'art et offre un éclairage bien moins complaisant des musées, centres de recel légaux. Le musée des Arts Premiers quai Branly étant un exemple étonnant, beaucoup d'objets sacrées ayant été volés. Bon je ne sais plus dans quel ouvrage c'est explicité avec force référence, tant pis faite vos recherches vous-mêmes. Pour finir les personnages sont attachants avec un côté atypique et des surnoms particulier comme Enigma que j'aime bien. J'ai commencé ce livre samedi matin et l'ai fini dimanche soir. Oui j'ai beaucoup lu ce week-end là. Cela pourrait faire une série télé intéressante. J'ai déjà entamé la suite L'Oasis éternelle.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Ps: je vous recommande le k-drama Move to heaven. J'ai adoré.


Evolution de Marc Elsberg

Evolution de Marc Elsberg (Livre de poche, 637 pages, 2021)

Incipit :

Seul le pupitre était encore debout sur la scène de la salle d'hôtel comble, le secrétaire d’État américain était étendu, immobile, à son pied.

Ce livre m'a tenté car il adresse des enjeux liés aux biotechnologies, un domaine pour le moins fascinant. J'avais suivi Biohackers, une série allemande sur Netflix, pour essayer de renouer avec l'allemand (heu ... pas simple, je suis une quiche, en partie lié à un enseignement mortifère à souhait, l'impression qu'en dehors de la seconde guerre mondiale impossible d'étudier l'allemand. J'espère que cela a progressé depuis), et j'avais apprécié à la fois comment ces technologies se diffusent de plus en plus auprès du grand public et comment elles étaient mise en œuvre dans des laboratoires personnels, un peu comme le garage américain a permis l'essor de l'ordinateur personnel. Frank Herbert dans La Mort Blanche, que j'ai du lire vers la fin des années 80, explorait déjà l'idée qu'un simple individu pouvait concevoir dans son coin quelque chose de terrible. Et aujourd'hui il est même possible de jouer avec des kits Crispr/cas9 (Exemple et ). Bon maintenant je m'en amuse mais encore un livre qui confond programmeur et programmateur (page 550), non pas l'auteur je suppose mais plutôt le traducteur, ce qui est un peu lamentable, mais bon, quand même un livre sur la culture numérique fait l'erreur ou un livre de quelqu'un du milieu, ChatBot le Robot, tout est possible. C'est tout de même un peu navrant. Bref, ce livre explore les manipulations génétiques, genre transhumanisme par l'ADN, avec plusieurs visions qui s'affrontent mais qui remettent en question l'existence même de Sapiens en tant qu'espèce, style Sapiens 2.0 mais en mode amélioration continue, les technologies permettant de passer à la génération suivante ses propres gènes modifiés, une course à la performance, à l'élitisme, etc, tout à fait dans l'esprit du temps, une version accélérée et technologique de La rivière pourpre. Plus Bene Tleilaxu que Bene Gesserit. L'éthique, la morale etc ne suivant pas vraiment, on peut se demander si Sapiens est mûr pour de tels changements.

Note : AAAAAAAAAA

Ps: je vous recommande le k-drama It's okay not to be okay

Jujutsu Kaisen 01 de Gege Akutami

 Jujutsu Kaisen 01 de Gege Akutami ( Ki-oon, 188 pages, 2020)

A cause, ou grâce à ma fille, je relis des mangas (Et comme en général je regarde aussi l'animé, je me suis remis aux animés également). Ce qui m'a accroché c'est l'humour décalé, voire absurde ainsi que les personnages atypiques (Le panda, celui qui ne parle qu'avec des mots de cuisine) mais également l'univers de magie et d’horreur. Le dessin est parfois inégal mais certaines planches sont impressionnantes. Il y a des personnages qui me plaisent beaucoup en particulier Gojo Satoru. Enfin je sens la culture japonaise sous-jacente ou disons plutôt asiatique. Et comme je lis La souplesse du Dragon (pensée chinoise) je ressens une part de symbolisme oriental sans pouvoir l’expliciter clairement. Bref cela faisait longtemps que je n'avais lu de manga, j'avais adoré 21th Century Boy, Quartier Lointain, GTO, Genshiken, Monsters, Death Note, Gantz etc. et je suis plutôt content de renouer avec un manga, d'autant que c'est ma fille qui les achète, hi hi hi. Bon je n'en suis pas au tome 1 mais au sept je crois. Mais je ne vais pas faire d'entrée à chaque tome. Peut-être au neuf dans l'attente de la parution de la suite.

Note: AAAAAAAAAA

Ps: je vous recommande le k-drama Itaewon Class

Dune Messiah by Frank Herbert

 Dune Messiah by Frank Herbert (Berkley Book, 256 pages, 1975)

 Incipit :

Muad’dib’s Imperial reign generated more historians than any other era in human history.  

Un peu plus perché que le premier volume avec une intrigue sophistiquée et le retour inattendu d'un personnage clé qui puisent dans l'idée de la psychogénéalogie notamment. Enjeu de pouvoir et comment s'en sortir. Quelques idées intéressantes comme "voir sans les yeux", comme une réalité augmenté par un autre sens. J'ai cru comprendre que ce volume était une transition vers le suivant et préparait la suite, ce qui expliquerait sa mauvaise réception  à sa sortie. Bon peu m'importe, je suis dans la suite, Les enfants de Dune. Ce que j'aime par dessus tout c'est le riche Univers créé, l'ambiance particulière qui s'en dégage, les enjeux sous-jacents.

Note : AAAAAA

jeudi 3 juin 2021

Le Gang de la Clef à Molette d'Edward Abbey

Le Gang de la Clef à Molette d'Edward Abbey (Gallmeister, 487 pages, 2005)

Incipit :

Lorsqu’un nouveau pont entre deux États souverains des États-Unis est achevé, arrive l’heure des discours, des drapeaux, des fanfares et de la rhétorique techno-industrielle amplifiée par haut-parleurs. 

Je n'ai pas lu la version illustrée par Crumb (Carrément adapté à l'ambiance du livre !!) car trop chère. J'ai appris aussi qu'il y a une suite. Je ne sais pas si je la lirais, je trouve que cet ouvrage se suffit à lui-même, bien que je sois curieux de ce qui advient à certains personnages, Doc ou Abbzug. Comme les luddites, un groupe épars se réunit en vue de commettre des actes de sabotages, on dirait peut-être éco-terrorisme de nos jours, à l'encontre du modernisme industriel salissant, détruisant, saccageant l'environnement. C'est aussi dans le courant de la contre-culture, voire qui prend racine dans la désobéissance civile de Thoreau. Il y a un côté subversif, comme avec la BD les Pieds-nickelés, mais aussi un hymne à la liberté, à la vie, même à vivre la vie par les deux-bouts, avec limite un soupçon de punk voire de No Future. Comme je ne suis guère pour le vandalisme l'épopée me dérange un peu mais en même temps me fait m'interroger sur moi, la société, le futur. La préface de Robert Redford donne un éclairage singulier sur l'auteur, très taciturne, avare de mots, allant à l'essentiel. Un peu le contraire de ses personnages un peu loufoques, extravagants, qui revivent une sorte de conquête de l'Ouest. Une lecture vivifiante qui interroge notre modernisme, notre société de consommation, tous ces clichés limités éculés mais qui nous rappelle que sous nos yeux il y a la vie, la nature, les relations et que c'est là l'essentiel. En pleine pandémie et télétravail cela fait d'autant plus sens. 

Note:  AAAAAAAAAAAA

 

Dune by Frank Herbert

 Dune by Frank Herbert (Berkley Book, 537 pages, 1983)

Incipit :

In the week before their departure to Arrakis, when all the final scurrying about had reached a nearly unbearable frenzy, an old crone came to visit the mother of the boy, Paul.
Une relecture, je l'ai lu la première fois l'année de mon bac, il y a ... longtemps. Cela m'avait marqué par le côté total du roman, écologie, économie, anthropologie, religion, géopolitique, etc. Avec une ambiance unique, un côté psychologique très accentué, des rapports de force cruels, perfides, sophistiqués. Et des organisations fascinantes comme le Bene Gesserit. Je regrettais à l'époque de ne pas être une fille pour m'imaginer en faire partie. Puis rapidement être un Fremen, aux yeux entièrement bleus. J'avais ramé à le lire, mon premier roman en anglais et, encore maintenant, ce n'est pas ce qu'il y a de plus simple à lire. Mais j'ai pris grand plaisir à le relire, à détester le baron Harkonnen, à être fasciné par le désert et ce recyclage de l'eau, par la magnificence des vers géants d'Arrakis. Des personnages forts, Paul, Jessica mais aussi Liet Kynes, un étranger qui s'est acclimaté et a été accepté par les Fremen. Un livre qui pose question sur tant de sujet et qui arrive à le faire au travers d'une histoire prenante, limite mystique. Il y a un côté bouddhiste par l'interdépendance du tout, systémique voire holistique, comme la pensée chinoise. L'usage de la voix comme pouvoir rappellera Bourdieu, la dualité de la parole, aussi bien porteuse d'espoir et de vie que de mort et de haine. Cette relecture a agrégé en moi tout ce que j'ai appris, découvert, éprouvé depuis sa première lecture. Et je constate que ce livre n'a rien perdu de sa force, au contraire, il permet de projeter tellement de choses qu'il révèle alors toute sa puissance cachée. Il y aurait tant à dire, mais à chaque lecteur de parcourir son chemin, sa "traversée du désert", à l'instar de Paul, personnage christique. Ahhh et les mentats ... Moi qui souhaitait être informaticien à l'époque, cela me parlait !

Note : AAAAAAAAAAAAAAAA

Edison de Torben Kuhlmann

Edison La fascinante plongée d'une souris au fond de l'océan de Torben Kuhlmann (Nord Sud, 108 pages, 2019)

Un ouvrage jeunesse superbement illustré, les décors sont riches, détaillés, immersifs. Les personnages sont trop chou. La mise en scène inventive, en hommage à Edison, même si ce dernier n'arrive pas à la cheville de Nikola Tesla et bénéficie d'une aura un peu usurpée par rapport à Tesla. Une histoire fictive pour parler de l'invention la plus connue, bien qu'il n'en soit pas l'inventeur initial, il en a amélioré le principe, il s'agit de l'ampoule. Éclairage à l'efficacité assez médiocre, 5% étant pour la lumière le reste en chaleur. Mais surtout Edison a inventé des choses tout aussi importantes comme le phonographe. Donc le seul bémol est de renforcer les clichés et l'histoire habituelle en quelque sorte et de ne pas avoir préféré Nikola Tesla. Les couleurs, le dessin, une aventure qui se délecte, surtout avec les dessins qui m'ont fait voyager ainsi que l'inventivité du vaisseau sous-marin. En fait l'auteur a fait toute une série, il y a également Armstrong ou encore Einstein

Note : AAAAAAAAAA